Cette trente-cinquième édition du rapport Cyclope s’intitule « Cette obscure clarté qui tombe des étoiles », d’après un ver tiré du Cid de Corneille. « La lecture des marchés aujourd’hui nous offre une obscure clarté dans laquelle nous essayons de trouver notre chemin », justifie Philippe Chalmin, professeur à l’Université Paris-Dauphine.

La fin d’une ère

« La crise de 2020 est un tournant majeur, qui marque la fin de nouvelles « 30 Glorieuses », celles de la mondialisation. Elles se terminent avec la remise en cause d’un modèle qui avait vu le triomphe d’une certaine forme d’économie de marché, plutôt libérale », explique-t-il. Il évoque également la prise en compte de plus en plus importante de « la nécessité d’une transition énergétique ou écologique, et d’un verdissement des politiques publiques. »

« Nous sommes aussi marqués par une effervescence sur les marchés de matières premières : un vent de folie a touché un certain nombre de produits, avec des niveaux de prix records, pour le maïs, le blé ou le soja notamment », ajoute-il.

« Des accidents de récoltes et surtout une énorme demande chinoise qu’on n’attendait pas ont poussé les prix de toutes les céréales à la hausse à partir de septembre pour atteindre des sommets inconnus depuis des années », précise le rapport Cyclope.

La Chine, un acteur majeur

« Relativement peu affectés par la pandémie, les marchés agricoles ont été soutenus en 2020 et encore dans les premiers mois de 2021 par quelques tensions climatiques (La Niña) et surtout par un appétit chinois qui a surpris la plupart des observateurs bien au-delà des produits « classiques » (soja, viande porcine) », indique le rapport.

« Un autre élément du grand tournant est le triomphe chinois, appuie Philippe Chalmin. Le paradoxe étant que la crise sanitaire est née en Chine, mais que la Chine est en sortie de loin le plus rapidement, avec une asymétrie totale de la reprise économique. »

Le pays joue un rôle de plus en plus fondamental. « On l’a découvert cette année sur les céréales, indique Philippe Chalmin. Avec probablement plus de 50 millions de tonnes d’importation de céréales sur la campagne de 2020-2021, soit les niveaux de l’URSS en 1980, la Chine est devenue un des acteurs majeurs. »

Justine Papin