« Les pratiques de protection des cultures existantes, nouvelles et émergentes, pourraient contribuer à réduire l’utilisation des produits phytosanitaires conventionnels », considère le Parlement européen dans cette étude diffusée le 16 septembre 2021. La question est de savoir notamment quelle est la combinaison de pratiques la plus efficace pour réduire cette utilisation et en même temps économiquement prometteuse.

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De quelles pratiques est-il question dans ce rapport ? Des techniques mécaniques, l’agriculture de précision, le biocontrôle, la sélection végétale, la résistance induite des cultures, l’application de principes écologiques pour accroître la biodiversité ou encore l’utilisation de produits phytopharmaceutiques « verts ».

Six types d’exploitations considérées

Pour cette étude de l’unité de prospective scientifique du Parlement européen, quatre groupes de pays (A à D) (1) et six types d’exploitations spécialisées en productions végétales ont été pris en compte (exploitations arables en céréales, oléagineux et protéagineux, exploitations arables avec d’autres cultures, légumes de plein champ, vignobles, oléiculture, culture de fruits et/ou d’agrumes.

« Le secteur agricole de l’Union européenne est très diversifié en termes de spécialisation des cultures, de répartition de la taille des exploitations, de la disponibilité en main-d’œuvre et en coût de fonctionnement », notent les auteurs de l’étude.

Coût de protection relativement élevé en France

L’étude montre que « les États membres qui sont connus pour avoir des plans de culture intensive ont tendance à avoir des coûts de protection des cultures par hectare élevés. C’est particulièrement vrai pour les Pays-Bas, la Belgique, le Luxembourg et Malte. » La France, l’Irlande et le Portugal ont aussi un coût de protection par hectare relativement élevé, suivis par l’Allemagne, la Grèce, l’Italie et la Slovénie.

Selon l’étude, le désherbage mécanique et l’agriculture de précision demandent des investissements importants mais peuvent être très efficaces pour réduire l’utilisation des produits phyto. Idem pour le biocontrôle et la sélection végétale, dont le coût par hectare est nettement inférieur pour les agriculteurs.

« Cependant, le biocontrôle se concentre sur des espèces de ravageurs spécifiques et ne peut pas être facilement appliqué à un large éventail de ravageurs », nuancent les auteurs. Par ailleurs, la sélection des plantes prend du temps, mais l’adoption et la mise en œuvre des nouvelles variétés sont beaucoup plus faciles pour les cultures annuelles que pour les permanentes, qui ne se renouvellent qu’une fois tous les 25 à 40 ans. »

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Recherche et développement nécessaire

« Davantage de recherche et développement sont nécessaires pour rendre ces pratiques plus robustes », détaille le Parlement européen. C’est aussi le cas pour l’application des principes écologiques visant à augmenter la biodiversité et les produits phytosanitaires « verts ».

« Tous les concepts examinés sont prometteurs, mais nécessitent des recherches supplémentaires pour garantir des systèmes de culture robustes », alerte l’étude, qui incite à une combinaison de différentes options pour rendre efficace le contrôle des bioagresseurs et la rentabilité.

« La rentabilité est également liée aux revenus moyens par hectare, écrivent aussi les auteurs. En moyenne, les revenus par hectare sont les plus élevés dans le groupe D (pays de l’Europe du Nord-Ouest dont la France) et les plus bas dans le groupe B (principalement l’est et pays de l’Europe du Nord).

« En conséquence, les agriculteurs du groupe D peuvent se permettre un coût plus élevé d’alternatives à la protection des cultures, y compris la formation, que leurs homologues des trois autres clusters. »

D’autre part, les agriculteurs du groupe D ont déjà le coût moyen de protection des cultures le plus élevé par hectare, ce qui s’explique en partie par les revenus relativement élevés générés par les types de cultures intensives cultivés.

Le coût d’application des méthodes de protection durable des cultures peut être estimé le plus précisément pour les méthodes de désherbage mécanique. En revanche, les coûts d’application des technologies qui nécessitent des investissements dépendent de l’échelle de mise en place et privilégie les grandes exploitations. C’est notamment le cas de l’agriculture de précision.

Biocontrôle et agriculture de précision demandent de la formation

L’étude insiste par ailleurs sur un point : la formation. Elle est « nécessaire pour les techniques qui nécessitent des connaissances supplémentaires pour assurer application. C’est le cas de techniques telles que le biocontrôle et l’agriculture de précision. » Mais aucune indication ne peut être faite pour le coût de la recherche et du développement nécessaires pour développer les techniques de protection des cultures existantes et émergentes.

Isabelle Escoffier

(1) Groupe A : Portugal, Italie, Grèce, Slovénie et Espagne ; Groupe B : Bulgarie, Estonie, Hongrie, Lituanie, Lettonie, Pologne, Roumanie, Finlande et Suède : Groupe C : Tchéquie, Danemark, Croatie, Autriche et Slovaquie ; Groupe D : Belgique, Allemagne, France, Irlande, Luxembourg et Pays-Bas.