« La France prévoit 3 fois plus de cadmium dans les engrais que ne le prévoit l’Anses (2) » : c’est le constat fait par Pascal Michaux, secrétaire général de Safer Phosphates (1) lors d’un webinaire organisé le 7 décembre 2021.

En effet, l’association avait souhaité étudier un projet de décret (qui devrait paraître prochainement) fixant les critères de qualité agronomique et d’innocuité des matières fertilisantes et supports de culture.

Limiter les apports de cadmium au sol

Dans un avis du 28 janvier 2021, l’Anses avait recommandé une teneur maximale de 1 mg de cadmium par kg de matière sèche, pour toutes les matières fertilisantes et supports de culture.

« Cette valeur seuil permet de garantir que le flux annuel d’apport en cadmium ne dépasse pas 2 g/ha/an, quelle que soit la nature (engrais ou amendement, origine organique ou minérale…) et la quantité totale de matière(s) fertilisante(s) apportée(s) au sol agricole », précise Pascal Michaux. Ce flux est recommandé afin de « maîtriser la contamination des sols et des productions agricoles et, par conséquent, l’exposition alimentaire associée », ajoute ce dernier.

Selon Safer Phosphates, cette recommandation n’a pas été suivie par le gouvernement dans son décret. Elle déplore ainsi une volonté politique qui ne donne pas la primauté aux intérêts de santé publique (le cadmium étant classé cancérigène pour l’homme).

Des alternatives non contraignantes

Pour Safer Phosphates, limiter ce flux est possible en choisissant des engrais phosphatés à faible teneur en cadmium, qui ne soulèvent pas de contraintes particulières :

  • Un approvisionnement « en mesure de satisfaire le marché européen et français », sur des capacités suffisantes ;
  • Une qualité supérieure (1 mg de cadmium par kg d’acide phosphorique, pour un marché en contenant en moyenne 60) ;
  • Une différence de prix « mineure » avec les engrais classiques.

Pourtant, ces engrais ne sont pas encore suffisamment utilisés à ce jour : pour l’association, il s’agit surtout d’un manque de communication et de sensibilisation auprès des citoyens, ainsi qu’un soutien politique envers les origines marocaines, au détriment d’autres.

Inciter à l’utilisation d’engrais plus « propres »

Pour Pascal Michaux, une solution pour une plus large utilisation de ces engrais pourrait venir des distributeurs, par exemple en exigeant dans les contrats l’utilisation d’engrais phosphatés dotés du label vert. Des incitations financières, au travers de la Pac notamment, pourraient aussi être mobilisées.

Concernant le décret en lui-même, Safer Phosphates souhaite que ses préoccupations soient relayées au Parlement et espère que des amendements pourront être ajoutés aux textes actuels.

À lire aussi : Les solutions pour limiter l’exposition des consommateurs au cadmium font débat (17/05/21)

Charlotte Salmon

(1) Association d’entreprises internationales dont l’objectif est d’informer et de sensibiliser les consommateurs et utilisateurs sur les risques liés à la présence de contaminants dans les fertilisants.

(2) Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail.