« Les surfaces en production de semences enregistrent cette année une baisse plus ou moins forte selon les groupes d’espèces, a constaté Thomas Bourgeois, président de la Fédération nationale des agriculteurs multiplicateurs de semences (Fnams).

Selon les chiffres « de date à date » de Semae, au 17 mai 2022, les surfaces de multiplication de céréales à paille reculent de 4 %, à 122 000 ha, celles de protéagineux, de 7 % à 12 000 ha, de fourragères de 10 % à 51 000 ha, de betteraves sucrières de 16 % à 5100 ha… seules les surfaces de semences de potagères restent stables à 21 500 ha, contre 21 400 en 2021.

« Les surfaces de céréales hybrides sont particulièrement concernées », poursuit Anne Gayraud, directrice administrative et des affaires syndicales. Les blé, orge et triticale hybrides perdent 1 400 ha sur les 5 100 ha implantés en 2021, soit une baisse de 27 % ! Le bio atteint, quant à lui, un palier.

Un manque de compétitivité

La Fnams explique cette baisse quasi généralisée des surfaces par un manque d’intérêt des productions de semences par rapport au blé, au colza ou au tournesol conso, surtout en fourragères.

« En récolte de 2021, la marge nette de la production de semences de luzerne était de –300 à –400 €/ha, celle de fétuque élevé de 0 €/ha et de dactyle, de 100 €/ha, lorsque celles des céréales de consommation sont entre +400 et +450 €/ha » déplore son président.

Impact du climat et disparition de solutions phytosanitaires

« L’évolution du climat impacte aussi plus fortement les productions de semences que celles de conso, surtout pour les espèces qui ne sont pas cultivées pour faire des graines, comme la luzerne, les oignons, les carottes… », précise Jean-Albert Fougereux, directeur technique de la Fnams.

L’arrêt de certaines matières actives, notamment contre les ravageurs, découragent aussi les producteurs de semences. « C’est un gros souci en protéagineux par exemple, nous n’avons plus de solution contre la bruche, regrette Thomas Bourgeois. Résultat, il est très difficile de trouver des agriculteurs prêts à produire des semences de féverole ou de pois. »

De grosses inquiétudes pour 2023

« A priori, nous ne manquerons pas de semences pour les prochains semis, même si la sécheresse impacte les potentiels chaque jour, estime le président de la Fnams. Par contre, nous sommes très inquiets pour la mise en place des productions de semences en 2023. » Et donc les semis « conso » de 2023-2024.

L’UFS a déjà alerté les pouvoirs publics à ce sujet (lien avec l’article UFS du 14 avril) « mais nous n’avons eu aucune réponse à ce jour », regrette Laurent Miché, vice-président de la Fnams et président de la section fourragères.

Des solutions qui restent à identifier

Les solutions vont être à trouver par groupes d’espèces. Pour le moment faute de pistes, les négociations avec les semenciers se font de gré à gré. « Nous sommes en train d’analyser avec eux, l’évolution des coûts de production, précise Jean-Albert Fougereux. Ils grimpent de 20 % en céréales à paille, 12 % en betteraves sucrières, 10 à 20 % en fourragères et 10 à 15 % en potagères ».

En céréales à paille, le prix des productions de semences est indexé sur celui de la consommation, ce groupe d’espèces ne devrait pas être impacté. « Et historiquement, lorsque le prix du blé est élevé, le taux d’utilisation de semences certifiées remonte lors des semis suivants », indique-t-il. Il s’est effrité ces dernières années, pour atteindre 45 % à l’automne 2021 en blé.

« En fourragères, nous demandons un accompagnement sur le prix de reprise des semences par les établissements, précise Laurent Miché. La solution pourrait peut-être aussi venir d’aides aux éleveurs en aval de la filière pour renouveler leurs surfaces de prairies. En semences de gazon, avec la loi Egalim, les jardineries ont accepté une augmentation du prix des semences, ce qui a permis de mieux rémunérer l’ensemble de la filière et en amont les agriculteurs multiplicateurs. »

Les zones Natura 2000

Autre sujet d’inquiétude pour les agriculteurs-multiplicateurs de semences, le projet de révision des cahiers des charges de « produits phyto » dans les zones Natura 2000. Trois départements sont particulièrement concernés en production de semences, l’Aude, le Loir-et-Cher et l’Eure-et-Loir.

Blandine Cailliez