La Fondation Nicolas Hulot (FNH) a publié le 9 février 2021 un rapport qui se penche sur le lien entre les financements publics et privés, et l’usage des pesticides, réalisé avec le Bureau d’analyse sociétale pour une information citoyenne (Basic).

Agriculture bio et certaines MAEC

Selon les deux structures, 23,2 milliards d’euros de financements publics sont versés chaque année aux acteurs de l’alimentation (agriculteurs, industries agroalimentaires, coopératives, chambres d’agriculture, instituts techniques…). Sur ce montant, « moins de 1 % a un effet positif sur la réduction de l’usage des pesticides, soit 220 millions d’euros », estime Christophe Alliot, du Basic.

Comment est estimée cette part ? Le Basic a considéré que seuls deux types de financements ont un impact réel : les subventions et aides fiscales dédiées à l’agriculture biologique (à hauteur de 200 millions d’euros), et certaines mesures agroenvironnementales (MAEC, pour 20 millions d’euros).

Ces dernières doivent disposer de critères spécifiques sur la réduction des pesticides pour être prises en compte, précise Christophe Alliot, qui se réfère à une étude de France Stratégie, publiée en 2020.

11 % de la somme totale, soit 2,7 milliards d’euros, aurait des « intentions vis-à-vis de la réduction des pesticides » (paiement vert de la Pac, MAEC, subventions et aides pour l’agriculture biologique, Ecophyto).

Les financements privés, chiffrés à 19,5 milliards d’euros par an sous forme de prêts aux agriculteurs et aux industries agroalimentaires, sont quant à eux caractérisés par « une quasi-absence de critères de durabilité », estime-t-il.

Mobiliser la Pac et la fiscalité « bonus/malus »

La Fondation Nicolas Hulot souligne ainsi des moyens importants, mais juge qu’ils sont inefficacement alloués, ce qui explique « l’échec » des politiques de diminution de l’utilisation des produits phytosanitaires.

Pour Caroline Faraldo, responsable de l’agriculture et de l’alimentation à la FNH, « le poids de l’échec est trop souvent mis uniquement sur les épaules des agriculteurs. La responsabilité est également du côté des pouvoirs publics et de l’ensemble des acteurs du monde agricole ».

La FNH estime que deux outils peuvent être majoritairement mobilisés. D’une part, la politique agricole commune (Pac) en cours de négociations, qui « peut être très ambitieuse d’un point de vue environnemental et climatique », estime Caroline Faraldo. Et d’autre part, la fiscalité de type bonus/malus applicable à l’ensemble des acteurs du système alimentaire. La FNH estime qu’elle doit être « prévisible et progressive, et basée sur le principe pollueur payeur ».

Hélène Parisot