Elle se propage de plus en plus : arrivée d’Amérique du Nord, l’ambroisie à feuilles d’armoise (1) est d’abord apparue dans la vallée du Rhône au milieu du XXe siècle. Elle s’est rapidement propagée à partir des années 1960, explique l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail, l’Anses, dans un article publié le 4 décembre 2020.

L’ambroisie émet un pollen fortement allergisant, avec un pic de pollinisation entre la mi-août et la mi-septembre. Elle se développe préférentiellement sur les bords de route et de cours d’eau et dans les cultures de printemps, comme le tournesol ou le maïs, provoquant d’importantes pertes de rendements.

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Trois types de zones d’infestation

L’Anses définit trois types de zones d’infestation : les zones à forte infestation/implantation dont le Rhône, l’Isère, la Drôme ou encore la Nièvre ou le Cher ; les zones de « front » situées à la limite de zones fortement infestées, à l’image des Charentes, de la Côte-d’Or et du Gard ; et les zones encore très peu ou pas concernées telle que la Bretagne.

Chaque point représente une commue dans laquelle il y a eu au moins un signalement de présence d’ambroisie à feuilles d’armoise. © Observatoire de l'ambroisie - Fredon France

Les graines se propagent principalement par les activités humaines, détaille Marilou Mottet, coordinatrice de l’animation de la lutte contre l’ambroisie au sein de Fredon France : transport de sol ou de semences contaminées, matériel de récolte et de travail du sol, etc.

Une seule plante produit en moyenne 3 000 graines, poursuit Marilou Mottet. Chaque graine peut vivre dans le sol plus de dix ans. C’est pourquoi il est capital de retirer la plante au plus tôt.

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Prévention et lutte adaptée

L’Anses préconise la mise en place d’actions de prévention et de lutte dans les zones de front, ou encore peu concernées par la présence de la plante, avec la nomination d’un référent chargé de la mise en œuvre de la lutte sur le terrain. L’agence recommande également l’intensification et le développement de la surveillance de la plante à l’échelle nationale, et une meilleure sensibilisation à la problématique.

L’observatoire de l’ambroisie propose des guides pour réduire le risque d’infestation, notamment par le nettoyage des outils agricoles entre deux chantiers ou pour la gestion en culture et en interculture : réduire le stock semencier avant l’introduction de la culture, désherbage manuel, mécanique ou chimique, etc.

Une menace pour les cultures

La présence d’ambroisie à feuilles d’armoise peut rapidement représenter un coût non négligeable pour une culture touchée, prévient l’observatoire de l’ambroisie :

  • Capacité à concurrencer la culture infestée, pouvant entraîner des pertes de rendement, avec déclassement de la récolte ou réfaction du prix ;
  • Dépréciation de la valeur du fond sur une parcelle infestée, due à la durée de conservation des graines (> 10 ans) ;
  • Charges supplémentaires de désherbage et de travail du sol ;
  • Une potentielle pénalité Pac pour les exploitants agricoles en cas de récurrence sur zone tampon.

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L’Anses estime que le coût annuel de l’ambroisie à feuilles d’armoise se situe entre 415 et 654 millions d’euros (prise en charge médicale, perte de qualité de vie). Elle ne prend toutefois pas en compte le coût au niveau agricole. Fredon France, qui porte la mission d’« observatoire des ambroisies » a invité le ministère de l’Agriculture à sasir l’Anses afin de l'estimer.

Raphaëlle Borget

(1) On dénombre 49 espèces d’ambroisie dans le monde, dont quatre présentes en France. Trois de ces quatre espèces sont classées nuisibles dans le code de la santé publique (pollen allergisant). L’ambroisie à feuilles d’armoise (la plus présente), l’ambroisie trifide également très problématique en culture, mais encore peu présente (localisée proche de Toulouse), et l’ambroisie psylostachia du côté méditerranéen, moins problématique, selon Marilou Mottet.