Le 20 avril 2020, dans une note d’étape, le préfet Pierre-Etienne Bisch, coordinateur interministériel du plan de réduction de l’utilisation des produits phyto, fait un constat d’échec des premiers plans Ecophyto dont la « trop lente montée en puissance a plutôt conforté le système en place sans l’engager dans une évolution durable ».

« Toute tentative de réduction de l’utilisation de produits phytopharmaceutiques aura des effets limités si l’agriculteur ne recherche qu’à optimiser le coût des traitements, par le biais de la seule réduction des quantités utilisées », juge le préfet.

« Le plan Ecophyto ne doit pas conforter ce système actuel de production agricole, mais être un levier pour le faire évoluer », poursuit Pierre-Etienne Bisch dans sa note rédigée après avoir rencontré les parties prenantes de chaque région française à l’automne 2019.

Changement possible

Il affirme que pour certains agriculteurs, le changement est possible et soutenable, mettant en avant que « les expériences réussies sont celles pour lesquelles l’agriculteur a eu une approche globale de son exploitation, voire même de son mode de vie, avec a minima une remise à plat des itinéraires techniques. »

« En ce sens, le plan Ecophyto, qui affiche des objectifs chiffrés de réduction et met en avant des moyens centrés sur ce seul objectif chiffré passe en partie à côté de la question et ne porte pas la reconception du système qui permettrait, entre autres, de réduire l’usage de produits phyto, affirme Pierre-Etienne Bisch. Il s’est majoritairement focalisé sur la réduction de l’usage des PPP, qui ne sont qu’un moyen de production et la conséquence d’un système […] mais n’en constituent qu’un outil. »

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Agir sur d’autres leviers

Selon lui, il faut donc agir sur d’autres leviers pour infléchir la consommation de produits phyto. Il demande ainsi une « autre orientation du plan Ecophyto ».

Pour cela, des pistes d’action sont proposées pour accompagner cette « mutation » et « permettre aux agriculteurs de tirer un juste revenu de leur travail » :

  • Développer la formation professionnelle, « tant pour les chefs d’exploitation que pour les professionnels qui vont accompagner le report vers des substituts aux traitements chimiques ».
  • Créer davantage de valeur ajoutée. « Un système sans produits phyto est non seulement possible techniquement mais permet d’augmenter le revenu de l’exploitant et la balance commerciale de la France, remettant en cause le discours convenu des acteurs du secteur », écrit le préfet dans sa note.
  • Favoriser tout ce qui concourt à l’évolution du modèle et l’appropriation du risque au changement via la réforme de la Pac ; favoriser les filières et pratiques « vertueuses » pour que l’agriculteur en tire un avantage économique.
  • Aider à l’émergence de nouveaux projets pour offrir des débouchés aux productions nécessaires à la diversification des cultures. Le plan protéines va dans ce sens, selon Pierre-Etienne Bisch.
  • Développer de nouveaux modes de commercialisation, comme les circuits courts », « porteurs de valeurs, de proximité, d’identité et de qualité ».

Synergies entre filières

Pierre-Etienne Bisch estime que les chambres d’agriculture ont un rôle à jouer pour accompagner les agriculteurs dans cette mutation. « L’approche systémique (ou globale) à l’échelle de l’exploitation doit être relayée et promue à un niveau macroéconomique, estime le coordinateur interministériel. Or la structuration de la profession et des interprofessions en filières a favorisé une approche « en silos » qui ne permet pas cette approche globale. Chaque filière cherche « sa » solution alors qu’elle ne détient qu’une partie de la solution. Rares sont les solutions promouvant les synergies entre les filières. » Selon lui, ce pourrait être un rôle de FranceAgriMer ou des chambres d’agriculture.

Éviter la concurrence déloyale

Dans sa note, le préfet préconise aussi de veiller à « empêcher la concurrence déloyale ». « Les accords internationaux doivent impérativement préserver les filières nationales nécessaires à l’évolution de notre agriculture […] et ne pas autoriser d’importer l’agriculture dont on ne veut pas en France », c’est-à-dire « des productions obtenues dans des conditions environnementales, sanitaires et sociales contraires à notre réglementation intérieure », note-t-il. Et de préconiser une « harmonisation européenne des conditions de production ».

I.E.