Il a trois ans jour pour jour, Emmanuel Macron twittait : « J’ai demandé au gouvernement de prendre les dispositions pour que l’utilisation du glyphosate soit interdite en France dès que des alternatives auront été trouvées, et au plus tard dans trois ans ». Ce 27 novembre 2020, un nouveau conseil de défense écologique à l’Élysée s’est tenu, et devait notamment aborder ce sujet.

Selon l’Élysée, le président souhaite en effet « porter la question au niveau européen, où pour l’instant seul le Luxembourg s’est engagé à se passer du glyphosate d’ici à la fin de 2020 ». Il semble en effet que l’objectif qui avait été fixé lui sera difficile à atteindre si nos voisins ne font pas de même.

Une véritable provocation

Pour le collectif Sauvons les fruits et légumes de France, cette « proposition signe une véritable provocation à l’égard des producteurs ainsi qu’une négation des données agronomiques et scientifiques ».

« Cette proposition vient quelques semaines après la publication par l’Anses (1) des résultats de son évaluation comparative avec les alternatives non chimiques disponibles, ajoute le collectif. Dans ce rapport sont listées un certain nombre d’alternatives possibles à l’usage du glyphosate mais aussi les usages sur lesquels aucune alternative crédible n’est disponible à ce jour. » Il tient à signaler au président de la République que « ce n’est pas en deux ans que de nouvelles alternatives vont être découvertes » et rappelle qu’« à ce jour, aucune preuve formelle de la cancérogénicité du glyphosate n’a été apportée ».

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Il conclut : « La demande d’un arrêt total de son usage à la fin de 2022 serait synonyme de la mort de nombreuses exploitations. »

Déception des ONG

Quant aux ONG, elles voient le dossier glyphosate sous un tout autre point de vue. « Un conseil de défense écologique pour éclipser une promesse glyphosate non tenue ? », s’interroge Arnaud Schwartz, de France Nature Environnement. « Le gouvernement a berné les citoyens en faisant une promesse qu’il ne tient plus », reproche de son côté Agir pour l’environnement.

« Annoncé au dernier moment, il n’a débouché sur aucune annonce concrète, juge pour sa part Greenpeace. Emmanuel Macron a beau promettre une interdiction du glyphosate au niveau européen, rien ne garantit que celle-ci sera actée par les 27 en 2022. Raison de plus pour la France d’avancer sur ce sujet et de respecter la promesse initiale du Président. »

« L’opérationnalisation de la sortie du glyphosate patine avec pas de nouveaux moyens financiers pour accompagner les agriculteurs aux changements de systèmes agricoles et un suivi de l’évolution du glyphosate qui laisse à désirer (les derniers chiffres publiés datent de 2018) », ajoute la Fondation Nicolas Hulot

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Céline Fricotté, avec l’AFP

(1) Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail.