C’est ce qui ressort d’une étude de l’Inra et d’Agrosolutions (Invivo) publiée le 27 février 2017 dans la revue scientifique Nature Plants. Cette étude est basée sur les données d’usage des produits phytosanitaires, de productivité et de rentabilité de 946 fermes de grandes cultures conventionnelles du réseau Déphy-Ferme, ces exploitations présentant « des niveaux contrastés d’usage de pesticides et couvrant une diversité de pratiques agricoles françaises ».

En maintenant la productivité

« Les analyses montrent que la relation entre l’IFT (indice de fréquence des traitements) et la productivité/rentabilité dépend de la situation de production », indique le communiqué de l’Inra. Ces situations de production sont définies comme dépendantes « du type de sol, du climat, de l’association à l’élevage qui facilite la diversification par des cultures fourragères rustiques, de l’accès à l’irrigation, ou de l’accès aux débouchés pour des cultures industrielles ».

En tenant compte de ces différentes situations, l’étude montre que la diminution de l’IFT « n’entraîne pas de gain de performance économique dans 89 % des situations ». Cependant, il serait possible de diminuer l’IFT :

  • En maintenant une productivité équivalente ou meilleure dans 94 % des situations ;
  • En maintenant une rentabilité équivalente ou meilleure dans 78 % des situations.

Un scénario à 30 % de réduction

Un scénario de transition Ecophyto a été étudié par les chercheurs. Il considère que « chaque agriculteur Dephy adopterait les pratiques de l’agriculteur Dephy qui travaille dans le même type de contexte, mais avec un IFT plus faible et une rentabilité au moins équivalente (pour que la transition soit acceptable économiquement) », explique l’Inra.

Selon ce scénario, « la baisse d’IFT moyenne des fermes qui changeraient de système de culture serait de 42 %, sans baisse ni gain de rentabilité, soit une baisse moyenne extrapolée à l’échelle du territoire national de 30 %, compte tenu des fermes qui ne pourraient changer leur système sans perdre en rentabilité ». Dans cette projection, les réductions de produits phytosanitaires concerneraient les herbicides (37 %), les fongicides (47 %), et les insecticides (60 %).

Diversification, polyculture-élevage...

« Ces résultats montrent que la réduction de l’usage des pesticides sans perte de performances est possible du point de vue technique et économique », conclut l’Inra. Cependant, cela nécessitera des « adaptations conséquentes des systèmes de culture ». Les exemples cités sont nombreux : « la diversification des cultures, avec introduction de cultures rustiques ou de prairies temporaires en régions d’élevage, la diversification des variétés, l’ajustement des dates de semis et des modalités de fertilisation associées à la modération des objectifs de rendement sur certaines cultures, l’utilisation des techniques de faux semis et de désherbage mécanique ».

Des mesures d’incitation indispensables

Pour aider à la mise en œuvre de ces pratiques, plusieurs obstacles se présentent. Dans son communiqué, l’Inra estime que cette « mise en œuvre […] requiert un accompagnement des agriculteurs, par le conseil, l’organisation des filières, la couverture de l’augmentation de l’exposition au risque… ». Mais, sans gain économique pour l’agriculteur dans 89 % des situations, « des mesures d’incitation économique semblent également indispensables », note l’Inra, qui propose, par exemple, des paiements pour Services Environnementaux. Ce que les députés appuient pour la Pac post-2020.

A.Cas.