Les phytos d’automne devraient être tous disponibles

Les fabricants d’intrants agricoles se sont adaptés à la crise du Covid-19, pour permettre la continuité de la campagne agricole. En phytos, la situation reste tendue même si les sites de production français et européens n’ont jamais été arrêtés depuis le début de la crise. « Les raisons de cette tension sont davantage d’ordre humain que technique, explique Pierre-Yves Busschaert, responsable des affaires économiques à l’UIPP (Union des industries de la protection des plantes) qui évoque un absentéisme de 15 à 20 % dans les usines, du fait du Covid-19 (maladie, garde d’enfant…). L’autre souci rencontré vient du transport des produits, avec des délais allongés (trois à cinq jours contre un à deux avant). »

La fourniture de produits phytopharmaceutiques pour cet automne en France devrait toutefois être bien assurée. « Les plannings de fabrication sont à peu près respectés malgré cet absentéisme, affirme Pierre-Yves Busschaert. Mais le moindre petit grain de sable pourrait gripper la machine ! »

Des questions restent en suspens, notamment sur la situation en Chine, pays où certaines matières actives phytosanitaires sont fabriquées. Certains évoquent de nouvelles fermetures de sites de production en cas de deuxième vague d’infection par le coronavirus. Par ailleurs, le transport matitime est très aléatoire.

Challenge réussi pour les semences de printemps

Le secteur des semences a pu aussi faire face à la crise, étant considéré également comme l’amont de la chaîne alimentaire. « On a globalement pu travailler, avec 90 % des salariés en grande majorité sur les sites de production, d’expédition, les stations de recherche, etc., précise Claude Tabel, président de l’UFS (Union française des semenciers). Ce qui fait que toutes les semences de printemps sont chez les agriculteurs en France et hors de France. Heureusement, nous étions en fin de fabrication et de livraisons. Cela a été toutefois plus compliqué et plus cher car on a aussi été impactés par la question des transports mais on a réussi le challenge. »

Assurer la prochaine campagne

La difficulté aujourd’hui est d’essayer d’assurer les opérations pour la prochaine campagne, avec notamment les contrôles au champ des parcelles de multiplication et les épurations (pour garantir une pureté optimale des semences). « Il faut se mettre au rythme des plantes et pouvoir intervenir régulièrement pour éviter les fécondations croisées. Mais les semenciers sont confrontés à la problématique des déplacements des équipes, du recrutement de la main-d’oeuvre occasionnelle, de la disponibilité en masques… », détaille Claude Tabel.

Le président de l’UFS se veut optimiste : pour cet automne, il ne devrait pas y avoir de difficultés pour l’approvisionnement. « On aura des questions de conditionnement et de logistique mais globalement en termes de volume et de disponible il n’y a, a priori, aucune crainte de pénurie de semences, d’autant plus que toutes n’ont pas été semées à l’automne dernier, il y a donc des stocks. »

Et d’insister : « Les espèces semées en France sont majoritairement produites en France et ne sont pas délocalisables ». Pour le printemps de 2021, la disponibilité en semences dépendra de la qualité de la production de cette année. Le défi, c’est d’amener les semences de base chez les agriculteurs multiplicateurs.

Tous les sites de production d’engrais en activité

Du côté des engrais, « aujourd’hui, tous les sites de production sont en activité et, pour leur très grande majorité, en activité complète, a informé l’Unifa (Union des industries de la fertilisation) le 27 avril 2020 dans un communiqué. Les entreprises ont mis en place rapidement et efficacement les modalités nécessaires à la poursuite d’une production de produits indispensables aux agriculteurs en cette période printanière, pour les cultures en cours et à venir. »

Au moment de l’entrée en confinement, l’Unifa estimait qu’un tiers des apports en fertilisants, notamment minéraux, devait encore être produit et distribué aux agriculteurs pour terminer dans des conditions optimales la campagne agricole en cours.

Dans les usines et les entrepôts, les opérateurs étaient présents en continu, avec en moyenne « une activité effective à 75 % des effectifs depuis le début du confinement, estime le syndicat des producteurs d’engrais. Les fonctions vitales de production ont fait l’objet de précautions particulières, avec notamment la mise en place d’équipes de réserve pouvant prendre rapidement le relais. »

Réflexion commune avec l’amont agricole

Là encore, « des complexités liées au transport (acheminement de matières premières et distribution des produits) et à la maintenance des sites industriels ont suscité quelques inquiétudes. Au cas par cas, les entreprises ont su trouver des solutions. », précise l’Unifa, qui réfléchit désormais aux « modalités de la prochaine campagne agricole ». Et de se porter volontaire « pour engager une réflexion commune avec les acteurs de l’amont agricole et les pouvoirs publics ».

Isabelle Escoffier