Dans le cadre d’une étude publiée le 1er septembre 2021, des chercheurs de l’Inrae (1), en partenariat avec des homologues européens, ont étudié l’effet de la nutrition au pollen des abeilles sur leur sensibilité aux produits phytosanitaires.

« Certains pollens ont des effets bénéfiques plus importants que d’autres, cela étant dû à des différences dans leurs compositions en nutriments et en composés phytochimiques selon les espèces florales », rapporte ainsi le communiqué de l’Inrae, en date du 15 septembre 2021.

Réduction des risques de mortalité

Pour cette étude, les chercheurs ont observé la sensibilité des abeilles exposées au sulfoxaflor (substance active insecticide de la classe des sulfoximines, au mode d’action similaire aux néonicotinoïdes), sur la base de trois régimes alimentaires :

  • sans pollen ;
  • avec un pollen à base de brassicacées et chêne pédonculé ;
  • avec un pollen à base de saule.

Pour une exposition chronique (10 jours), « l’alimentation en pollen a permis de diminuer le risque de mortalité des abeilles exposées au sulfoxaflor », illustre l’institut. En effet, pour une faible concentration de sulfoxaflor, le risque de mortalité des abeilles est multiplié par 1,5 avec un régime sans pollen et l’augmentation n’est pas significative avec un régime comprenant du pollen. Le risque de mortation passe de 12 (sans pollen) à 5 (avec pollen) lorsque les abeilles sont exposées à de fortes concentrations.

Influence de l’acide p-coumarique

Les chercheurs ont par ailleurs observé une tolérance différente selon les pollens administrés, avec un effet « détox » plus important pour le pollen à base de saule. Une hypothèse retenue serait la concentration en acide p-coumarique, plus faible dans celui-ci.

« Les précédents travaux ont montré que des concentrations relativement faibles d’acide p-coumarique ont des effets positifs sur la longévité et les capacités de détoxification des abeilles, alors que des concentrations élevées n’ont pas d’effets ou au contraire deviennent toxiques », expliquent alors les chercheurs.

Préserver les ressources florales en qualité et quantité

Les résultats de cette étude montrent ainsi l’intérêt des pollens pour réduire la sensibilité des abeilles exposées aux produits phytosanitaires, en facilitant leur élimination dans le corps.

« La baisse des ressources florales, en quantité et en qualité, dans les agrosystèmes pourrait augmenter la sensibilité des abeilles aux pesticides, ce qui constitue un argument supplémentaire en faveur de la restauration de la diversité des ressources florales dans ces habitats, afin de protéger les abeilles », conclut l’Inrae.

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Charlotte Salmon

(1) Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement.