Il n’a pas fallu attendre longtemps pour que le sujet des zones de non-traitement (ZNT) et des pesticides fasse son entrée au Salon international de l’agriculture. À l’entrée d’un des halls du parc des expositions de la porte de Versailles, deux agriculteurs ont pu interpeller le président de la République sur ce sujet, le samedi 22 février 2020.

La question du moratoire

« On met les agriculteurs en insécurité sur le sujet des ZNT, a expliqué Damien Greffin, le président de la FNSEA du grand Bassin parisien (FRNBP). On est dans une impasse juridique, les riverains attaquent les agriculteurs. Ils sont livrés à la vindicte populaire. Est-ce que vous pouvez avoir une parole rassurante pour nous ? On attend un moratoire, poursuit-il. Vous ne pouvez pas nous laisser dans cette insécurité juridique et livrés à la population. »

Emmanuel Macron a d’abord tenu à rappeler l’effort demandé au monde agricole, « une transformation historique, aussi historique que l’après-guerre. Il y a de l’impatience d’une partie de la population française, a ajouté le président de la République. Si on va trop vite, on risque d’abîmer notre agriculture et importer davantage. Il faut faire collectivement ce chemin. »

Il y a de l’impatience d’une partie de la population française.Emmanuel Macron, président de la République

À la demande de moratoire sur ces ZNT, la réponse est claire : « Je ne peux pas dire moratoire, car sinon le gouvernement va se prendre une condamnation, mais je vous entends sur la sécurité juridique pour les semis de printemps ou d’automne et ça, on l’apportera. Il est important que vous vous engagiez dans cette démarche. On n’a pas le choix. Il faut que dans les six mois ces chartes se construisent. Ça ne peut pas être le contentieux permanent. »

Des compensations économiques

Deuxième interpellation adressée au président de la République : « Comment pouvez-vous laisser passer une chose comme ça sans avoir des compensations ? On va avoir des hectares en moins, ce sont des terres qu’on loue ou pour lesquelles les agriculteurs se sont endettés pour acheter. Il nous faut des réponses rapides. Entendez la colère du monde paysan. »

Là encore, Emmanuel Macron a rappelé l’engagement de 25 millions d’euros du gouvernement pour l’achat de matériel plus performant dans la maîtrise des risques de dérive. Une enveloppe jugée insuffisante par les agriculteurs présents qui réclament une véritable compensation économique : « Vous serez interpellés, il nous faut des réponses absolument sur ce salon. Sinon, il y aura une cassure entre vous et nous. »

Interrogé après ses échanges avec le président de la République, Guillaume Cabot administrateur de Jeunes Agriculteurs (JA) prévient : « On est dans la construction et on est écouté. Sur les ZNT, le gouvernement est en train de cadrer les choses. On est dans cette impulsion de progrès mais on saura rappeler, nous syndicats, si les choses ne seront pas bien appliquées. »

Les céréaliers restent sur leur faim

Le président de la République s’est ensuite rendu au pavillon du végétal pour rencontrer les représentants des grandes cultures, dont Éric Thirouin, le président de l’AGPB. Celui-ci avoue être resté « sur sa faim » à l’issue des échanges : « On a pu aborder les problèmes de ZNT. Le président a eu beaucoup de messages de stabilité mais pas d’accompagnement. Ce n’est pas satisfaisant. »

La possibilité d’un moratoire a de nouveau été évoquée. « Aujourd’hui, on a des difficultés de mise en place, de compréhension des choses, poursuit le syndicaliste. Dès que les chartes auront été déposées, il y aura la possibilité d’avoir les réductions [de distance] pour les grandes cultures à 3 mètres. Mais on a besoin d’avoir une sécurité juridique. Le président s’est engagé à avoir une sécurité juridique sur l’application de ces ZNT sous cette forme-là. »

Éric Thirouin, le président de l’AGPB, reste sur sa faim au terme de son entretien avec le président de la République concernant les ZNT ? © M.-A. Batut/GFA

En attendant la rédaction de ces chartes, Emmanuel Macron n’a pu apporter de réponse concrète. « On doit se dépêcher à rédiger les chartes », conclut Éric Thirouin. Quant aux 25 millions promis par le gouvernement, ils n’ont pas satisfait la profession. « Nous lui avons dit que ce n’était pas normal, que ce fonds de 25 millions qui est un petit fonds soit réservé à certaines filières et pas d’autres », explique le président de l’AGPB.

Concernant la création d’un fonds de compensation des pertes de récolte, le président de la République s’est engagé à y travailler, dévoile Éric Thirouin. « Je reste sur ma faim. On est en attente. On va continuer notre combat », promet-il.

A. Gambarini