« Depuis plusieurs années, la majorité des États européens s’obstine à refuser d’appliquer le document le plus adapté pour l’évaluation de l’impact des pesticides sur les abeilles, estime l’Unaf, Union nationale de l’apiculture française. Les discussions entre États prévues pour les prochains jours seront décisives. Il y a un risque réel qu’en la matière, l’Europe retourne 10 ans en arrière. »

L’Unaf indique que depuis 2013, l’Efsa a proposé un nouveau document d’orientation d’évaluation des impacts des pesticides sur les abeilles qui prend en compte les différentes voies d’exposition des abeilles (pollen, eau, poussières, etc.), la toxicité aiguë et chronique pour les larves et les abeilles adultes. Il tient aussi compte des effets sublétaux et cumulatifs et il propose une évaluation spécifique pour les bourdons et abeilles sauvages. C’est donc à ce jour, selon le syndicat, le document le plus adapté pour évaluer de manière rigoureuse les impacts des pesticides sur les abeilles et les pollinisateurs sauvages.

Réunion à la mi-décembre

« Pourtant, à la fin d’octobre, les États membres, réunis en comité permanent à Bruxelles, ont encore une fois informé la Commission de leur désaccord pour une application de ce document d’orientation, déplore l’Unaf. Au prochain comité de décembre (des 12 et 13 décembre 2018), la Commission présentera une nouvelle proposition consistant en la seule application des tests de toxicité aiguë et repoussant de plusieurs années les tests de toxicité chronique et sublétale, alors même que les effets chroniques et sublétaux sur les abeilles sont documentés depuis de nombreuses années. Les évaluations sur les abeilles sauvages et les bourdons seront également repoussées bien que ces populations d’insectes soient encore plus vulnérables aux pesticides. »

Pour Gilles Lanio, président de l’Unaf, « refuser l’application de ce document revient à occulter dans l’évaluation des pesticides tout un pan des connaissances scientifiques en matière d’impact de ces produits sur les pollinisateurs et c’est scandaleux. Aujourd’hui, les masques tombent. Certains États européens, qui par ailleurs font mine de s’alarmer du déclin des abeilles, font le choix politique de privilégier les pesticides au détriment des pollinisateurs. »

L’Unaf informe que la France, quant à elle, s’est déclarée favorable à l’application de ce document d’orientation. Le syndicat l’appelle donc à « déployer tous les efforts nécessaires pour une adoption européenne rapide du document d’orientation dans son ensemble ».