Alors que la dérogation réautorisant les néonicotinoïdes sur betteraves vient d’être adoptée, le collectif « La Ronce » a déclaré la guerre aux grandes marques de sucre de betterave (Béghin-Say, Daddy, Saint Louis) et aux grandes surfaces qui les vendent dans leurs rayons. Le but du collectif est de les pousser à arrêter de commercialiser ce sucre.

Le « harcèlement » comme stratégie

Pour l’opération baptisée « Épines sucrées », le mystérieux groupe demande à ses sympathisants sur son compte Twitter d’ouvrir les paquets de sucre dans les supermarchés. Il revendique 55 000 actions de ce type en une semaine.

Autre mode d’action, La Ronce a diffusé les numéros de téléphone des groupes sucriers sur son compte Twitter @LaRonce. Le collectif invite les militants anti-néonicotinoïdes à exercer une pression auprès des standards téléphoniques et de la direction de chacune des marques ciblées. Il a aussi publié une liste de dirigeants de l’industrie sucrière digne des avis de recherche d’Interpol. Son objectif : obtenir le numéro de téléphone de toutes ces personnes.

Un collectif secret

Contacté par La France Agricole, le collectif La Ronce refuse toute conversation téléphonique. Seule une adresse sécurisée permet quelques échanges. Même les vidéos sont cryptées, ce qui leur donne une ambiance particulière. Le groupe semble souhaiter rester secret.

La Ronce a publié le 8 octobre 2020 son manifeste sur le site Reporterre.fr et a chargé le youtubeur « Partager C’est Sympa » de relayer sa communication. Il n’en est pas à sa première action. Dégonflage des pneus de SUV, débouchage des bouteilles de Roundup (sans glyphosate), de Coca-Cola, il propose à ses militants de nombreuses actions.

« Faire plier la multinationale »

La raison d’être du collectif est de « stopper la destruction du vivant, a-t-il expliqué à La France Agricole. S’attaquer aux responsables, partout. Offrir aux très nombreuses personnes qui sentent cette même impuissance un moyen simple de regagner du terrain. Nos actions visent en particulier à réaliser des petits gestes qui, s’ils étaient reproduits par des centaines de milliers de personnes en même temps, partout, en ciblant un produit ou une marque en particulier, auraient un impact financier tel que nous ferions plier la multinationale qui le fabrique. Ou a minima, lui faire perdre des plumes. »

Sur un ton ironique, le groupe prétend même agir pour rendre service aux industriels. « Rester poli, jamais insultant, en toutes circonstances. Nous sommes là pour les aider », peut-on trouver dans les conseils aux militants. Dans sa vidéo, le collectif La Ronce demande à Carrefour « de retirer les sucres de betteraves aux néonicotinoïdes ».

« Face à ce genre de vandalisme, nous sommes consternés », expliquent les représentants de la filière sucrière. Ce qui préoccupe le plus les acteurs de la filière, c’est le harcèlement envers les personnes. Une note interne de Carrefour appelant ses salariés à la vigilance a été diffusée.

Renaud d’Hardivilliers