Une entente qui fait parler d’elle. Alain Canteau, premier édile de Fors, un village situé au sud de Niort dans les Deux-Sèvres, « ne se réjouissait pas de voir un agriculteur obligé de traiter » une parcelle jouxtant l’école de sa commune et un skate-park.

En septembre 2020, il rencontre Christophe Pasquier, céréalier et éleveur d’une dizaine de bovins, pour lui proposer une entente à l’amiable. En échange d’une contrepartie financière, l’agriculteur s’engage à étendre sa zone de non-traitement (ZNT) au-delà des cinq mètres réglementaires. Témoignages.

Le maire de Fors a décidé de verser une aide à Christophe Pasquier, céréalier dont les parcelles jouxtent l’école primaire, pour qu’il ne traite pas au-delà des cinq mètres réglementaires. © Google Maps

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« Le mauvais œil des enseignants et parents d’élèves »

Le maire Alain Canteau l’affirme : l’agriculteur « n’entend pas faire de reconversion. C’est un agriculteur traditionnel d’une cinquantaine d’années. Pour autant, ça ne le satisfait pas de traiter cette partie de terre car il est intimement convaincu que ça peut être dangereux. »

Sur cette parcelle d’environ 30 ares, Christophe Pasquier prenait donc soin d’utiliser des pesticides en fonction des horaires de l’école maternelle et primaire de 162 enfants. « Il fallait que je travaille en dehors des heures où il y avait les enfants, pour être sûr de ne pas poser de problème. Donc soit pendant les vacances, soit tôt le matin ou les week-ends », explique-t-il.

Une organisation qui ne lui facilitait pas le quotidien, d’autant que « le relationnel n’était pas toujours facile, ajoute-t-il. J’en avais marre aussi de voir atterrir les ballons des enfants sur mon terrain qu’ils venaient récupérer sans autorisation. »

« Le mauvais œil des enseignants et parents d’élèves compliquait la situation. Il n’y a pas eu de plaintes particulières, mais de fortes inquiétudes sur la santé des enfants, renchérit le maire de cette commune de 1 855 habitants. Et ma principale préoccupation est de protéger nos enfants. »

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Une somme versée par l’association des parents d’élèves

C’est donc pour répondre aux craintes des riverains qu’Alain Canteau et sa conseillère municipale sont allés à la rencontre du céréalier en septembre dernier. « Il a vraiment tendu la main. Il a dit ne pas être à l’aise avec la situation et qu’il ne voulait surtout pas travailler caché, tout en affirmant qu’il ne pouvait pas ne pas traiter. »

Alors plutôt que de prendre un arrêté anti-pesticides qui, selon le maire, « ne fait que montrer du doigt les agriculteurs plutôt que de penser aux solutions », ce retraité élu maire en mai 2020 a décidé de verser une contribution à Christophe Pasquier pour qu’il passe des 5 mètres de ZNT réglementaires à 30 mètres.

Une délibération s’est donc organisée avant que le préfet ne retoque la décision sur le plan juridique. « Une commune n’est pas habilitée à verser une aide à un agriculteur ou à un commerçant, seule la Région est compétente, détaille Alain Canteau. Puisque ça ne peut pas se faire au titre d’une collectivité, ça se fera au titre d’une association privée. »

« J’ai réuni les deux parties, agriculteur et parents d’élèves, et obtenu leur accord pour que la somme soit versée par l’association chaque année à la Saint-Michel, ajoute-t-il, et ce pendant trois ans. Après ça, on verra si la réglementation a changé. »

Une entente qui « fait des jaloux »

Le montant de 450 euros a été arrêté. « Ne plus traiter mérite une contrepartie, selon moi. C’est une espèce de gratification », note encore le maire. « Le montant a été calculé par rapport à l’entretien de cette parcelle, de la perte de ma marge nette et du loyer que je paie, précise le céréalier. On s’est mis d’accord pour que je ne fasse qu’un broyage sur cette jachère. »

Une somme que considère Christophe Pasquier comme « une aide, à l’image de celles de la politique agricole commune. Ça va aussi compenser les pertes dues à la baisse des aides agricoles. »

Mais si l’agriculteur a accepté cette aide « pour la tranquillité de tout le monde », il espère qu’il ne le regrettera pas. Car cette entente fait parler d’elle : « Ça questionne. Ça fait aussi des jaloux dans le milieu et de l’autre côté, certains riverains voudraient la même chose autour de leurs maisons », constate-t-il avec une pointe d’inquiétude.

Oriane Dieulot