Le chemin est en train de s’ouvrir pour la reconnaissance du cancer de la prostate comme une maladie professionnelle des agriculteurs. Le mercredi 20 octobre 2021 au Sénat, Joël Labbé, sénateur écologiste du Morbihan, interrogeait le ministre de l’Agriculture sur l’inscription de ce cancer à la liste des maladies professionnelles. Julien Denormandie : « La réponse est oui ! Nous venons de recevoir l’avis de la commission paritaire en charge de cette liste (Cosmap). Oui, je prendrais le décret en ce sens. »

Joël Labbé lui a répondu qu’il serait vigilant, lui et les associations de défense des victimes, aux conditions d’accès « non restrictives » à l’indemnisation. Et de préciser ses attentes : un délai d’exposition de cinq ans et un délai d’indemnisation de quarante ans.

Écoutez la question de Joël Labbé et la réponse de Julien Denormandie

Une commission paritaire

Joël Labbé s’appuyait sur un avis du 12 octobre 2021 de la Commission supérieure des maladies professionnelles en agriculture (Cosmap) qui demandait cette inscription du cancer de la prostate en lien avec l’exposition aux produits phytosanitaires. Son avis n’est que consultatif et il ne ressort que du ministre d’agir en ce sens.

Le 20 octobre 2021, deux syndicats d’exploitants (Confédération paysanne et Coordination rurale), ainsi que quatre syndicats de salariés agricoles (Unsa, Fnaf-CGT, CFT-FGA et FO-FGTA) et une association de victimes s’en réjouissaient en « demandant des actes » : « Les victimes des pesticides souffrant d’un cancer de la prostate sont nombreuses, en métropole, comme dans les outre-mer. La reconnaissance officielle du lien entre le cancer de la prostate et les pesticides serait une première avancée. » Le matin même, le sénateur Joël Labbé interpellait la Mutualité sociale agricole (MSA) sur ce sujet lors d’une rencontre de l’organisme social avec les sénateurs.

Un avis de l’Anses

Pour rendre son avis, la Cosmap s’appuie elle-même sur plusieurs rapports scientifiques qui établissent le lien entre ce cancer et l’exposition aux produits phytosanitaires. Entre autres, un rapport de l’Agence nationale de la sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses), daté de mars 2021, fait référence dans l’établissement du tableau des maladies professionnelles.

En analysant les précédentes études sans trouver de quoi les remettre en cause, l’expertise de l’Anses conclut « à un lien probable entre expositions aux pesticides et la survenue du cancer de la prostate ». Toutefois, ce rapport dit aussi que la population agricole est globalement, tous cancers confondus, moins atteinte que le reste de la population.

> À lire aussi : Enquête épidémiologique : moins de cancers chez les agriculteurs (03/12/2020)

Ce que va changer l’inscription aux maladies professionnelles

Il existe déjà en agriculture un tableau des maladies professionnelles en lien avec les pesticides pour la maladie de Parkinson et les hémopathies malignes. L’Anses remarque que le nombre de demandes pour les cancers de la prostate est « particulièrement faible » : seulement une douzaine de demandes entre 2011 et 2018.

Pour obtenir une reconnaissance de leur maladie, les victimes doivent s’en remettre au système complémentaire, géré par le fonds d’indemnisation des victimes des pesticides depuis janvier 2020. Or, dans cette procédure, la maladie n’est pas présumée d’origine professionnelle. S’engage alors un travail des victimes pour prouver le lien entre leur exposition et la maladie. C’est cette présomption que va inverser l’inscription au tableau des maladies professionnelles qu’a promise le ministre de l’Agriculture.

Éric Young