« Santé Canada a conclu qu’une interdiction totale des pesticides néonicotinoïdes n’est pas justifiée », a expliqué lors d’un point de presse Scott Kirby, chargé du dossier des pesticides au ministère de la Santé. Une réévaluation des données scientifiques a permis d’établir que « certaines utilisations de l’imidaclopride ne présentent pas de risques pour la santé humaine ou pour l’environnement, alors que d’autres utilisations présentent effectivement des risques », a-t-il ajouté.

À lire aussi : Le Canada renonce à interdire deux néonicotinoïdes (01/04/2021)

Les limitations imposées à l’utilisation de l’imidaclopride par le Canada visent surtout les graines traitées avec ce pesticide et plantées à l’extérieur, où elles risquent d’être mangées par les oiseaux. Elles s’appliqueront également aux cultures de légumes en extérieur, de tabac et au traitement du gazon.

Un débat politique, et plus scientifique…

Le Canada avait pourtant proposé d’interdire les néonicotinoïdes en 2018. « Cela fait vingt ans qu’il y a des bégaiements réglementaires sur les néonicotinoïdes, rappelle Axel Decourtye, directeur de l’Itsap, l’institut de l’abeille. Des pays ont autorisé, interdit, mis en place des dérogations… Il y a plus de 500 publications qui montrent un effet de l’imidaclopride sur les pollinisateurs. Le débat n’est plus scientifique, mais politique : il porte sur la tension entre risque et intérêt économique à court terme des cultivateurs. »

En avril 2019, l’Agence de réglementation de la lutte antiparasitaire (Arla) du Canada avait par ailleurs révélé les conclusions de sa réévaluation de l’impact des trois néonicotinoïdes sur les pollinisateurs. De nouvelles règles avaient été décidées pour réduire le risque que les pollinisateurs entrent en contact avec les plantes et les fleurs contaminées par ces trois composés.

Parmi ces mesures figure par exemple l’interdiction de la plupart des traitements foliaires avant la floraison. « Nous n’avons aucun recul sur les mesures d’atténuation, analyse Axel Decourtye. On sait que l’imidaclopride, le néonicotinoïde le plus utilisé depuis 20 ans, est extrêmement rémanent. On a du mal à comprendre comment ces produits se transfèrent dans l’environnement et se dégradent. »

… toujours d’actualité en France

En France, le Conseil d’État a validé à la mi-mars leur réautorisation provisoire dans la filière de la betterave sucrière, pour faire face à la chute des récoltes après l’invasion d’un puceron vecteur de la jaunisse.

> À lire aussi : Betteraves sucrières, voici comment vous pouvez utiliser les néonicotinoïdes en 2021 (06/02/2021)

« C’est un compromis entre durabilité économique d’une filière et risque avéré, estime Axel Decourtye. Les agriculteurs considèrent qu’ils n’ont pas d’alternative assez efficace pour lutter contre la pression des bioagresseurs, qui tend à augmenter avec le réchauffement climatique, alors on revient à la solution chimique pratique. C’est une politique qui peut se concevoir. Le risque, cependant, est d’hypothéquer notre chance de baser l’agriculture sur des processus écologiques. »

Justine Papin, avec l’AFP