Des experts du monde entier ont alerté sur l’état préoccupant des sols de la planète, cause de migrations massives, de guerres, de disparition d’espèces et de changement climatique. Une étude exhaustive a été réalisée pendant trois ans par une centaine de chercheurs bénévoles de 45 pays pour le compte de la Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES), qui s’est réunie le 26 mars en Colombie. Selon cette étude, la dégradation des terres dans le monde devient critique, compromettant le bien-être de 3,2 milliards de personnes. Des mesures sont proposées pour limiter les dégâts avant qu’il ne soit trop tard.

« D’ici à 2050, la combinaison de la dégradation des terres et du changement climatique devrait réduire les rendements agricoles mondiaux de 10 % en moyenne. »Luca Montanarella, coprésident de l’étude de l’IPBES

En tant que principal utilisateur des terres, le secteur agricole a un rôle majeur à jouer, en changeant ses méthodes. « Labourer moins souvent, et avec des outils un peu différents, peut grandement aider à restaurer la matière organique du sol au lieu de la dégrader », déclare à l’AFP l’un des coauteurs du rapport, Bob Scholes. Pour Robert Watson, président de l’IPBES, une partie de la solution réside dans une « agriculture de précision ». « Nous devons apprendre à utiliser les engrais, les pesticides, l’eau de manière adéquate, […] donner aux cultures exactement ce dont elles ont besoin » et pas plus.

Les subventions agricoles visées

L’IPBES recommande de remplacer des « incitations perverses », qui favorisent la dégradation des sols, par des mesures positives de gestion durable. Ainsi les engrais subventionnés : « Si cela coûte peu à l’agriculteur de les surutiliser, bien sûr ! il va le faire », selon Bob Scholes. Les subventions agricoles en général doivent être révisées, selon l’IPBES, car elles incitent à la surproduction aux dépens de la nature. « Cela amène à cultiver des terres où autrement le risque serait trop grand, mais comme il y a des subventions, le pari est valable », déplore l’expert.

« La dégradation des terres est rarement, voire jamais, le résultat d’une cause unique », indique l’étude de l’IPBES. Elle incite les gouvernements à travailler globalement sur la protection de la planète et à cesser de fragmenter agriculture et environnement d’un côté, économie, énergie, infrastructures, de l’autre.

A.M. avec l’AFP