La semaine dernière, le mercure est descendu en dessous du zéro, notamment en Lorraine, avec des gelées entre –1 et –6°C sous abri, selon les secteurs. « Ces températures minimales ont été croisées avec un vent du nord relativement constant et soutenu, avec des rafales jusqu’à 40 km/h, qui a joué un rôle important d’accentuation du gel », a indiqué Aurore Baillet, ingénieure chez Terres Inovia, lors d’un webinaire de l’institut technique le 2 avril 2020.

Une plante moins protégée

« Autour de la végétation se forme une couche d’air un peu plus chaud et humide, appelée couche limite, a-t-elle expliqué. Celle-ci a été balayée par le vent. L’air froid entre alors directement en contact de la plante et provoque un assèchement en surface. » La plante mobilise de l’énergie pour contrer ce phénomène, constituant un facteur aggravant face au gel. « Le contexte de 2020 est particulier, la forte pluviométrie a entraîné des anoxies, et une forte présence de larves de grosses altises ou charançons. »

« Un colza endurci peut résister jusqu’à des températures de –17°C en plein hiver. À floraison, les températures négatives vont avoir une incidence. » Peu d’information existe en revanche sur la phase de montaison. « Par expertise, on estime les températures seuils à –5 ou –6°C. On a parfois été surpris par l’impact du gel dans certains secteurs, avec des tiges abîmées, qui forment des U inversés. Aucun dégât racinaire n’a été observé. »

Des dégâts plus ou moins importants

Des cas extrêmes, heureusement minoritaires, ont été observés, avec des zones de parcelles complètement détruites. « On rencontre beaucoup de situations intermédiaires, avec des tiges pliées. Dans la majorité des cas, les ramifications ne sont pas gelées et vont prendre le relais. Il faut refaire une évaluation après dix jours », poursuit Aurore Baillet. La floraison sera alors décalée, et la récolte plus tardive. « Si la proportion de tiges cassées est minime, ce n’est pas un problème. La plante pourra compenser. »

Adapter la conduite

« Pour ce type de stress, l’intérêt de soutenir la plante par un apport nutritionnel n’a pas été démontré. La nutrition est plutôt à surveiller en amont, pour rendre la plante moins sensible aux stress biotiques et abiotiques, ajoute la spécialiste. Il faut raisonner avec une approche technico-économique, et s’interroger sur l’intérêt d’un investissement supplémentaire sur la culture, d’autant plus si elle est handicapée. »

La météo des prochaines semaines sera également à surveiller, en regard du risque de développement de maladies cryptogamiques. « On se souvient en 2012 du botrytis sur colzas abîmés. L’expérience nous dit que si les conditions sont favorables aux maladies, les fongicides ne seront pas assez efficaces. Il est cependant intéressant de maintenir la protection fongicide à la floraison. »

Retourner la parcelle : points de vigilance

« En cas de retournement, attention à la rémanence des produits utilisés », rappelle Aurore Baillet. Il faut également prendre en compte la disponibilité de semences, qui est tendue cette année en maïs et tournesol, et le potentiel de la parcelle. « Le plus urgent est de faire de diagnostic des parcelles, et de se laisser dix jours pour voir comment elles évoluent, avant de prendre une décision. Il faudra également calculer l’intérêt économique de cultures de remplacement. »

Justine Papin
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