1. La croissance des besoins céréaliers sur des marchés dynamiques en Afrique du Nord et subsaharienne

La consommation par habitant augmente en effet dans ces régions, notamment en Afrique subsaharienne, à hauteur de 5 % par an. Les moulins se développent : alors qu’en 2010, les capacités d’écrasement en Afrique subsaharienne s’élevaient à 10 millions de tonnes, en 2020 elles sont actuellement de 19 millions de tonnes. De plus, la demande est en pleine mutation.

« L’offre était jusqu’alors concentrée sur un monoproduit, le pain type baguette, indique Yann Lebeau, du bureau de France Export Céréales à Casablanca. D’un blé de base pour un pain standardisé, nos clients ont désormais des demandes plus caractéristiques pour des offres différenciées (baguette de tradition, beignets, pâtes alimentaires…) qui nécessitent des qualités plus spécifiques. »

La France ne peut plus se positionner comme avant : ce n’est plus le grand frère qui parle à son cadet en montrant la voie. Elle est considérée comme un fournisseur parmi d’autres à l’intérieur de l’Union européenne.Yann Lebeau, responsable de France Export Céréales à Casablanca

« Une relation historique forte rapproche les pays francophones africains à la France, avec un mélange de tradition qui fait que ces pays consomment des produits finis semblables aux nôtres, comme la baguette », poursuit-il.

Si la France peut s’appuyer sur cet avantage, elle doit aussi faire face à la concurrence. « La France ne peut plus se positionner comme avant : ce n’est plus le grand frère qui parle à son cadet en montrant la voie. Elle est considérée comme un fournisseur parmi d’autres à l’intérieur de l’Union européenne, ajoute le spécialiste. Les moulins sont adaptés à un blé français, car il y a une adéquation entre matière première et produit fini. Mais il peut être décidé demain qu’ils auront un profil pour écraser du blé hard red winter. La coopération technique est essentielle. »

« Sur un marché en croissance de 5 % par an, est-on cependant capable, de suivre l’évolution de la demande ? Interroge Yann Lebeau. Je ne vois pas notre offre croître de 5 % chaque année. Il faudra se spécialiser, pour offrir des quantités et qualités dédiées à l’exportation. »

2. Le développement du secteur privé au Proche- et Moyen-Orient

La région de l’Algérie et du Proche- et Moyen-Orient représente 53 % des exportations vers les pays tiers de la France. « C’est une région où le blé est l’aliment de base de la population, contrairement à l’Asie ou à l’Afrique subsaharienne », souligne Roland Guiragossian, responsable de France Export Céréales au bureau du Caire.

La majorité des États de la région ont en place un programme de subvention du pain, géré par les offices publics, comme le Gasc en Égypte. « La situation française dans cette zone est très dépendante des achats des offices publics, qui fonctionnent sur la base d’appels d’offres, avec des cahiers des charges plus ou moins accessibles à notre offre », explique-t-il.

La France doit commencer à investir des nouveaux secteurs privés des différents pays pour se prémunir d’une stabilisation ou d’une baisse des achats des offices publics.Roland Guiragossian, responsable de France Export Céréales au Caire

Confrontés à une forte croissance démographique, les États sont néanmoins dans une démarche de rationalisation des subventions, voire dans un désengagement dans certains cas, pour laisser les secteurs privés jouer le rôle principal dans l’approvisionnement des pays en blé, rapporte l’expert. « En Arabie Saoudite par exemple, un large mouvement de privatisation des moulins publics semble signaler un désengagement progressif de l’État », indique-t-il.

« Tout en continuant à assurer son rôle auprès des offices publics, la France doit commencer à investir des nouveaux secteurs privés des différents pays pour se prémunir d’une stabilisation ou d’une baisse des achats des offices publics », estime Roland Guiragossian. La France dispose d’un certain nombre d’atouts : son image de marque, sa logistique performante, l’absence de taxes à l’exportation et de quotas, « ce qui est important face à la Russie », précise-t-il.

3. La recherche de protéines en Chine

Sur cette campagne, la Chine a importé des volumes conséquents de blé et d’orge (60 % du total d’orge exporté vers la Chine). Cependant, « ne connaissant pas très bien ses caractéristiques, ni le diagramme d’écrasement, les meuniers chinois utilisent la plupart des farines du blé français dans la fabrication de produits standard chinois, résume Li Zhao Yu, responsable de France Export Céréales à Pékin. Or, la meilleure utilisation du blé français est pour la fabrication de produits français, qui est un marché en croissance. Il y a donc besoin d’assistance technique pour mieux valoriser le blé français en Chine. »

Il faut des avantages concurrentiels au niveau qualitatif pour faire face à l’évolution des marchés et aux nouveaux pays exportateurs.Li Zhao Yu, responsable de France Export Céréales à Pékin

Le blé français est mélangé au blé chinois, qui reste similaire d’un point de vue technique, avec un taux de protéines assez faible. « Le blé français a peu d’avantages au niveau qualitatif sur le marché chinois par rapport aux autres fournisseurs », soulève Li Zhao Yu.

« C’est ce qu’il faut anticiper : la Chine manque de blé de force ou blé biscuitier, poursuit l’expert. C’est pourquoi une année normale, elle importe de 3 à 5 millions de tonnes de blé de force américain ou blé améliorant canadien, ou blé biscuitier australien. D’autre part, il faut aussi faire face à la concurrence de nouveaux pays exportateurs, comme le Kazakhstan, limitrophe de la Chine. »

Justine Papin

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