La crise du Covid-19 a des effets sur le marché du sucre et de l’éthanol. Ainsi, la remontée des cours du sucre observée depuis octobre 2019 du fait d’un déficit mondial prévu à 10 Mt, a été stoppée net à partir de la mi-février, avec une « chute historique » durant un mois (jusqu’au 19 mars 2020).

« Le sucre roux a perdu jusqu’à 32 % de sa valeur pour descendre à 10,6 cents la livre, détaille Timothé Masson, responsable des affaires internationales à la CGB (Confédération générale des producteurs de betteraves) dans une vidéo diffusée le mercredi 1er avril 2020. Le sucre blanc a perdu presque autant, pour descendre à 327 dollars la tonne. »

Sucre blanc meilleur que le roux

Depuis, de légers signes de reprise sont observés « timides mais continus » puisque les cours arrivent aux environs de 11-11,5 cents la livre pour le sucre roux et 350 dollars la tonne pour le sucre blanc. Ce dernier s’en sort mieux que le roux : c’est ce qu’on appelle la « prime de blanc » qui dépasse 100 dollars la tonne (contre 60-70 dollars la tonne en début de campagne). Il y a moins de disponibilité en sucre blanc (produit majoritairement en Europe, en Thaïlande et en Inde) et davantage de prévisions de disponibilité en sucre roux.

Le pétrole a perdu 60 % de sa valeur

Une des raisons de cet effondrement des cours mondiaux du sucre est le pétrole. Il a en effet chuté très fortement depuis la crise du coronavirus avec une demande moindre mais aussi avec la guerre commerciale que se livrent les pays producteurs. « Depuis le début de l’année, le pétrole a perdu 60 % de sa valeur, chiffre Timothé Masson. Cela impacte le prix des carburants locaux, notamment brésiliens. Ainsi, l’éthanol brésilien a perdu 20 % de sa valeur en real (35 % en dollar). Dès que le sucre sur le marché mondial va dépasser 11 cents la livre, le pays priviligiera ce débouché au détriment de l’éthanol dont la campagne de production a commencé le 1er avril. Le déficit mondial qui était annoncé va donc, selon le spécialiste, « être moindre puisque le Brésil va produire de 6 à 10 Mt de sucre en plus lors de la prochaine campagne ». En plus, la consommation mondiale peut baisser, jusqu’à 2 Mt, du fait des confinements dans les zones de consommation, comme en Europe ou en Chine.

Effondrement de la monnaie brésilienne

Autre raison évoquée par Timothée Masson : la valeur des monnaies, et notamment celle du Brésil, le real qui a perdu 35 % de sa valeur en un an. On atteint des niveaux jamais enregistrés auparavant. Il faut plus de 5 reals brésiliens pour avoir un dollar quand il en fallait tout juste trois, quatre il y a encore quatre ou cinq ans. La compétitivité du Brésil devient donc bien plus forte. Les Brésiliens peuvent vendre leur sucre moins cher en dollar tout en ayant le même apport d’argent en real. Ce qui peut encore tirer le marché vers le bas. Le Brésil n’est pas isolé car tous les grands pays producteurs de sucre voient leur monnaie souffrir par rapport au dollar (Australie, Inde, Thaïlande, Afrique du Sud).

L’éthanol européen en chute libre

Quel impact de cette baisse des cours sur l’Europe ? Pour l’instant, elle se traduit principalement sur les cours de l’éthanol qui se sont effondrés à 50 €/hl contre 64 €/hl avant la crise, du fait d’une demande moindre en essence (dans lequel il est incorporé) en raison du confinement. Ils devraient même baisser à 45 €/hl à l’échéance de mai !

Fondamentaux européens du sucre sains

« Pour le sucre, il n’y a pas d’effets mesurables à date », souligne Timothé Masson. On ne dispose que des chiffres de janvier pour le sucre livré, donc avant la crise. Les autres chiffres, officieux, sur le marché spot, sont stables. On n’a donc pas d’éléments tangibles pour montrer qu’il y a une crise en Europe », appuie le spécialiste.

D’autant qu’on a des volumes disponibles réduits en Europe. « Les stocks européens sont au plus bas depuis dix ans, alerte-t-il. Et les semis sont estimés en baisse de 2 % pour 2020-2021 par rapport à l’an dernier. » Le volume de sucre produit serait de 17,5 Mt, stable sur trois ans. L’Union européenne devrait à nouveau être importatrice nette de 0,8 Mt environ (hors Brexit). « Les fondamentaux européens sont donc sains et les cours européens remontent », affirme Thimothé Masson.

I. E.