Les prix du blé et l’orge ont été orientés en hausse cette semaine suite aux interrogations climatiques et à la politique chinoise. Statut quo en maïs français sur fond de rechute mondiale. Le soja reste comprimé par les incertitudes concernant les achats chinois à venir alors que le colza profite modérément de la hausse du pétrole et de l’huile de palme.

Le blé en hausse pour la nouvelle récolte

Le prix du blé s’est affaissé cette semaine en ancienne campagne (-2 €/t à 188 €/t rendu Rouen en base juillet), avec la demande à l’exportation dirigée essentiellement sur la nouvelle campagne.

En revanche, la tendance a été en légère hausse pour les blés de la nouvelle récolte à cause d’inquiétudes, à nouveau, concernant les apports hydriques sur certaines régions de l’Europe et de la mer Noire.

Le ministère de l’agriculture en Russie a réduit de 4 % cette semaine son estimation de la récolte de grains du pays, à cause surtout de mauvaises performances attendues dans le Sud. D’autres sources locales ont également revu à la baisse leurs estimations mais restent plus optimistes.

Néanmoins, alors que ce n’était pas le cas la semaine dernière, on voit maintenant des craintes de dégâts potentiels pointer dans l’est du pays alors que des précipitations sont annoncées dans le Sud et l’Ouest pour la prochaine quinzaine.

Dans l’Union Européenne (UE), les dégâts dus à la sécheresse d’avril sont déjà pris en compte en Europe du sud-est notamment, mais la situation s’annonce encore assez sèche sur une grande partie de l’ouest européen pour les deux prochaines semaines.

Aux États-Unis, enfin, la notation sur l’état des blés d’hiver s’est légèrement dégradée cette semaine. L’estimation de la récolte du Kansas selon le traditionnel « crop tour » du mois de mai (avec une méthodologie adaptée à la situation sanitaire cette année) s’est avérée inférieure à la prévision USDA (ministère américain de l’agriculture).

Les prix de la nouvelle récolte ont donc gagné 4 €/t sur la semaine à 186 €/t rendu Rouen (base juillet). Euronext cote 188 €/t ce vendredi 22 mai 2020 après-midi après avoir grimpé jusqu’à 190 €/t le 21 mai (+ 5 €/t par rapport au niveau du 14 mai) pour l’échéance septembre.

Toutefois, la tension semblait se relâcher légèrement ce vendredi en milieu de journée. La notation en hausse de Céré’Obs (FranceAgriMer) aujourd’hui où 57 % de blés sont classés bons à excellents, contre 55 % la semaine dernière, y a sûrement contribué. Cette notation demeure cependant en forte baisse par rapport à celle de la même date l’an dernier (79 %).

L’Éthiopie a bouclé un achat de 600 000 tonnes et une partie importante sera sans doute constituée de blé russe. Le chargement commencera deux mois après l’ouverture de la lettre de crédit.

La corne Est de l’Afrique est très sévèrement touchée par les attaques de criquets, de même que certaines régions du Proche Orient et de l’Asie. La menace est si grave que la Banque Mondiale vient d’autoriser des dons et des prêts à faible taux d’intérêt pour 500 millions de dollars afin d’aider les pays concernés à lutter contre ce fléau.

La Chine taxe les orges australiennes

Ça y est : la Chine a décidé de taxer les orges australiennes à 80,5 %. Cette mesure arrive dans le cadre d’une longue période de tension diplomatique entre les deux pays.

La Chine a probablement choisi l’orge pour se rebeller, car d’une part, elle peut facilement remplacer l’Australie par d’autres origines mondiales (dont la France). D’autre part, les exportations d’orge australienne vers la Chine ont déjà bien diminué en 2018-2019 et en 2019-2020, à la fois à cause de la sécheresse en Australie, mais surtout à cause de la menace des taxes, menace en place depuis près de 18 mois déjà.

En conséquence, de cette situation, le prix des orges fourragères a grimpé de 2 €/t cette semaine (à 165 €/t rendu Rouen en base juillet). La taxation des orges australiennes par la Chine est effectivement un élément porteur pour les orges françaises mais il convient de ne pas exagérer les conséquences potentielles de cet événement.

Voir aussi : « La Chine va suspend ses importations de bœuf australien » (13/05/2020)

Le marché mondial de l’orge demeure très lourd, malgré le fait que la récolte européenne s’annonce au mieux stable cette année et que la récolte française est attendue en baisse. Après la hausse des prix français, les orges de la mer Noire valent maintenant 12 $/t de moins que les orges françaises. Les orges anglaises sont alignées sur les prix de la mer Noire. La concurrence s’annonce donc toujours rude pour les orges de l’hexagone.

Sur le segment brassicole, c’est l’inquiétude qui domine. L’état des cultures s’est dégradé cette semaine malgré les pluies du début mai : 52 % des plantes en catégorie bonne à excellente contre 62 % la semaine dernière, et 88 % l’an passé à la même date selon Céré’Obs.

Les prix brassicoles bougent peu cependant car le bilan des orges de printemps s’annonce très lourd. Malgré des opportunités en hausse vers la Chine, il faudrait vraiment une grosse dégradation des récoltes par rapport à la situation attendue aujourd’hui pour que la situation devienne haussière pour les prix.

Le maïs américain en baisse sur la semaine

Après une phase de reprise modérée, les prix du maïs sur le marché mondial s’affaissent légèrement cette semaine. Le retour de pluies et la prévision de températures élevées sur les plaines américaines sont de bon augure pour le développement des plants.

Par ailleurs, les acheteurs sont déjà bien couverts et les grands importateurs du sud-est asiatique sont maintenant dans une phase d’observation. La récolte américaine s’annonce plus élevée que jamais et le climat n’est pas au beau fixe entre la Chine et les États-Unis. Cette situation pèse sur les prix du soja. A leur tour, ils compressent ceux du maïs cette semaine malgré la remontée des prix du pétrole et la petite révision en baisse de la récolte brésilienne (campagne 2019-2020). Dans ce contexte les acheteurs patientent.

Les États-Unis viennent de mettre en place une aide particulière afin d’aider les producteurs américains à faire face aux conséquences du coronavirus. Cette aide, de presque 13 $/tonne, pourra être touchée par les producteurs pour un volume égal à la moitié de leur récolte 2019, ou bien un volume égal à ce qui leur restait à vendre au 15 janvier dernier. L’annonce de ce programme a déclenché un mouvement de vente de la part des producteurs.

Sur le marché français, les prix bougent peu : stabilité Fob Rhin à 162 €/t et +1 €/t sur la façade atlantique à 162,25 €/t. Les cultures ont légèrement souffert par endroits des basses températures aux alentours du 10 mai, avec par exemple le gel de feuilles en Île-de-France selon Arvalis.

Les dégâts finaux ne seront pas très élevés mais FranceAgriMer baisse quand même sa note sur l’état des cultures cette semaine à 86 % en catégorie bonne à excellente contre 87 % la semaine dernière. La situation reste meilleure toutefois que l’an passé à la même date (83 %).

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Le colza retrouve des couleurs

Le prix du colza français regagne du terrain cette semaine. Il est soutenu par le temps sec qui pénalise les cultures dans de nombreux pays d’Europe. Toutefois, le renforcement de la monnaie européenne face au dollar cette semaine a limité les gains. Le prix du colza français rendu Rouen monte de 2 €/t sur le rapproché, et la graine Fob Moselle augmente de 3 €/t. Les prix sur Euronext augmentent de 4,5 €/t pour l’échéance août et de 5 €/t pour l’échéance novembre (+10 $/t environ).

La production européenne de colza est désormais attendue en recul de 1,5 % par rapport à 2019, année déjà marquée par une mauvaise performance. Le temps sec en avril et mai, malgré un retour des pluies sur la première décade de mai, a entraîné des pertes de potentiel en Europe centrale, en Allemagne, en France et au Danemark, ainsi qu’en Europe de l’est. La situation pourrait encore se dégrader dans l’ouest de l’UE, en Hongrie et dans les états Baltes.

Un temps plus sec que la normale y est attendu sur les 10 prochains jours. Au contraire, des fronts pluvieux proches ou supérieurs aux normes sont prévus sur l’est de l’Allemagne, la Pologne, l’Europe centrale, l’est de l’UE. Cela pourrait permettre de stabiliser l’état des cultures, voire l’améliorer.

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Contribution du pétrole et de l’allégement des mesures de confinement

Le rebond du cours de l’or noir (+23 % cette semaine à 34 $ le baril) a également soutenu les cours de la graine de colza dans l’UE. La fin progressive des restrictions de circulation et des mesures de confinement dans de nombreux pays du monde entraîne un rebond de demande en carburants et en biocarburants. Cela soutient l’ensemble des prix des huiles. Ces dernières ont aussi subi l’influence haussière d’un courant d’achat d’huile de palme par l’Inde et la Chine.

Les relations diplomatiques entre Inde et Malaisie se sont pacifiées, ce qui accélère les échanges entre les deux pays. En Chine, la réouverture des restaurants et de la plupart des écoles pousse les fournisseurs de ces structures à couvrir leur approvisionnement sur la période juin-septembre.


Le canola canadien, au contraire de son homologue européen, a vu ses prix stagner cette semaine. Les récoltes de canola de 2019 avancent et provoquent un afflux de marchandises sur le marché. Les semis de la nouvelle récolte 2020 progressent et atteignent 38 % dans le Saskatchewan pour le canola. Ils sont en retard par rapport à l’an passé (63 %).

Dans le Manitoba, les semis ont démarré lentement, les semis de céréales ayant été faits en priorité par les agriculteurs. Mais le temps sec prévu sur les 10 prochains jours dans ces deux provinces devrait permettre une forte accélération des implantations.

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Les cours du soja se stabilisent

Pas de grand mouvement cette semaine pour les prix de la fève. À Chicago, elle recule de 1 $/t sur juillet 2020 et augmente de 1 $/t sur novembre 2020 (à 311 $/t).

Des achats de la Chine ont été rapportés cette semaine par le gouvernement américain. Ils s’élèveraient à presque 1 million de tonnes, dont 0,7 million de tonnes officiellement annoncées. Les prix du soja ont été aussi soutenus par la hausse de l’huile de soja sur le marché de Chicago (+3,5 % cette semaine), conséquence du regain de consommation de biodiesel avec la reprise progressive des déplacements en voiture dans le pays.

Néanmoins, les achats chinois se tournent encore majoritairement vers l’origine brésilienne, plus compétitive. Les exportations brésiliennes de soja pourraient égaler en mai le record atteint au mois d’avril, durant lequel 16 millions de tonnes avaient été exportées.

Par ailleurs, les semis aux États-Unis progressent bien, avec 58 % des surfaces déjà implantées contre 38 % en moyenne quinquennale. Ils se font dans de bonnes conditions climatiques, ce qui pèse également sur les prix. Éléments haussiers et baissiers se sont ainsi contrebalancés cette semaine sur le marché du soja.

Le tournesol stagne

Le prix du tournesol français est stable cette semaine, à 335 €/t sur le rapproché à Saint-Nazaire. Avec des marges peu attractives sur la fin de campagne en France, le tournesol n’est pas particulièrement recherché par les triturateurs.

Les semis de tournesol progressent dans l’UE, avec de bonnes conditions d’implantation à l’est de l’Europe et en Espagne. Le temps reste toutefois trop sec en Hongrie, et les conditions sont mitigées en France : le sud ayant bénéficié de pluies abondantes, tandis que le centre et l’est de la France sont plutôt secs.

En Ukraine, les pluies du mois de mai ont donné un bon départ aux cultures de tournesol.

En mer Noire les prix du tournesol de la récolte 2019 progressent de 5 $/t sur la semaine (à 410 $/t Fob mer Noire). Le manque de disponibilité en graines et la forte demande en huile de tournesol font encore grimper les cours. Ils ont retrouvé le niveau élevé atteint en janvier dernier.

Tallage

À suivre : précipitations des prochaines semaines dans l’hémisphère nord, prix du pétrole, achats de soja US par la Chine, prix du baril de pétrole, semis en Amérique du Nord (soja et canola)

Votre analyse quotidienne du marché - Céréales

Recul du blé sur Euronext

Les prix du blé reculaient vendredi en fin de journée dans un marché qui reprenait son souffle, au lendemain d’une forte hausse provoquée par des inquiétudes climatiques.
Votre analyse quotidienne du marché - Oléagineux

Le colza en légère hausse sur Euronext

Les prix du colza poursuivaient leur progression vendredi après-midi, soutenus par les cours du pétrole, en hausse après l’annonce d’une réunion samedi au sujet des réductions de production.