Les prix des céréales et du colza repartent en nette hausse cette semaine à cause des révisions en baisse des récoltes mondiales et sous l’effet d’une demande très soutenue que ce soit en grains ou en huile.

Récolte de blé encore revue à la baisse à l’échelle mondiale et européenne

Le Canada a de nouveau influencé les prix sur le marché mondial cette semaine mais, cette fois c’est à la hausse, avec une seconde estimation officielle de la récolte de blé inférieure à la précédente (21,7 millions de tonnes au lieu de 22,9 millions auparavant).

Cette révision à la baisse n’est pas une surprise (notre chiffre se situait à 22,2 millions), mais elle est venue rappeler cruellement les dégâts importants du pays et rediriger de nouveau l’attention des opérateurs sur les déboires de la récolte de 2021.

De son côté, FranceAgriMer a publié cette semaine une nouvelle estimation de la récolte française à 36,06 millions de tonnes, en baisse par rapport aux 37,1 millions de tonnes de son estimation de juillet. Nous travaillons sur la base d’un chiffre encore plus bas de 35,6 millions de tonnes.

Le 15 septembre 2021, Arvalis et FranceAgriMer ont mis à jour les résultats de leur enquête qualitative, confirmant la faible part des blés français dont le PS est supérieur à 76 kg/hl (32 % seulement). En revanche, les taux de protéines sont confirmés à de bons niveaux (la moyenne se situant à 11,9 % sur la base de la matière sèche).

La France n’est pas la seule à avoir souffert en fin de cycle, et les dégâts allemands, scandinaves et polonais nous ont conduits hier, jeudi 16 septembre 2021, à réviser la récolte de blé tendre de l’Union européenne des 27 : 129,1 millions de tonnes, soit une baisse de 2,4 millions de tonnes en un mois.

Crainte en Russie pour les semis de blé d’hiver

La Russie n’est pas en reste non plus : sa récolte est estimée aux alentours de 75 millions de tonnes avec, tout de même, une grande marge allant de 72,5 à 81 millions de tonnes. Mais cette semaine, ce sont les semis d’hiver dans ce pays qui ont animé le marché : certains opérateurs les attendent en baisse marquée et avancent une chute de 1 million d’hectares pour le blé tendre.

Cette chute serait due, d’une part, au temps sec récent et, d’autre part, aux taxes à l’exportation qui pèsent fortement sur les prix payés aux producteurs. Il convient de rester prudent néanmoins par ce genre d’appréciation qui se répand très vite.

Certes, le temps et les taxes ont été défavorables mais les marges des producteurs russes restent élevées dans le contexte actuel malgré la taxe. La chute des surfaces sera probablement nettement moins forte que les estimations qui circulent actuellement.

Les prix du blé rebondissent nettement en France

Quoi qu’il en soit, la situation mondiale et européenne du blé tendre est très tendue (et celle du blé dur encore plus) et la production mondiale de blé ne dépasse plus celle de l’an dernier, alors qu’elle était attendue en forte hausse il y a quelques mois. Cela continue de soutenir les prix.

En France se pose la question de l’aptitude des blés locaux à répondre aux exigences qualitatives des pays importateurs. Cela n’est certainement pas simple et suscite un gros travail en amont des chargements pour « constituer » des bateaux homogènes, répondant aux spécifications des acheteurs.

Néanmoins, après l’Algérie et l’Arabie, il est intéressant de noter que la Chine cette semaine a annoncé qu’elle diminuait son exigence de PS pour les blés français de 77 à 75 kg/hl. Cela a déjà permis le chargement de deux bateaux (de 60 000 tonnes) et d’autres vont suivre puisque la Chine aurait déjà acheté au moins un million de tonnes de blé français (achats remontant au printemps).

Dans ce contexte, les blés meuniers rendu Rouen ont gagné 9 €/t cette semaine, à 249 €/t (base juillet), pour l’échéance d’octobre-novembre. Sur Euronext, l’échéance de décembre a gagné 10 €/t entre le niveau coté en ce vendredi 17 septembre 2021 après-midi et la clôture de vendredi dernier.

L’augmentation des prix fourragers a été beaucoup plus forte que celles des blés meuniers (+18 €/t en une semaine à 231 €/t, base juillet) : cela illustre le fort intérêt porté à ces blés fourragers français, qui étaient jusqu’à maintenant les moins chers du monde (y compris parmi les blés fourragers).

L’activité sur le marché mondial demeure soutenue : l’Arabie a acheté 382 000 tonnes de blé à la fin de la semaine dernière, le Pakistan 405 000 tonnes ; la Jordanie vient de lancer un appel d’offres pour 120 000 tonnes sans oublier les achats asiatiques (par le Japon, la Corée et Taïwan).

Prix en hausse pour les orges fourragères

Les orges fourragères françaises ont suivi le blé à la hausse et gagnent 8 €/t rendu Rouen (à 229 €/t, base juillet). Néanmoins, la montée des prix n’a concerné que Rouen, les prix restant stables en Fob Moselle. Cela souligne que l’activité à l’exportation tire les prix.

Désormais, les orges françaises valent 275 $/t Fob Rouen. Alors que l’écart s’était réduit la semaine dernière entre les orges françaises et les orges ukrainiennes, il se reconstitue cette semaine, les orges françaises valant de nouveau presque 15 $/t de plus que les orges de la mer Noire (dont le prix s’est affaissé entre-temps). Cela risque de limiter la hausse française mais comme les disponibilités mondiales sont très faibles, les prix n’ont probablement pas de grand potentiel de baisse.

En orge aussi, le Canada vient de publier une nouvelle estimation de récolte très basse à 7,1 millions de tonnes, qui vient tendre un peu plus le bilan canadien et mondial déjà explosif.

Les prix brassicoles, quant à eux, marquent une pause autour de 255 €/t pour les variétés d’hiver et 278 €/t pour les variétés de printemps Fob Creil dans un contexte où le niveau des prix ralentit les achats.

Le maïs suit le blé et l’orge

Alors que le prix du maïs avait tiré celui du blé vers le bas à la fin d’août sur le marché mondial, c’est maintenant l’inverse : le blé qui se renchérit soutient les prix du maïs. Le fait que le bilan mondial de maïs restera assez serré vient de nouveau pousser les prix du maïs vers le haut. Ces derniers gagnent environ 15 $/t au départ des USA (les exportations étant encore handicapées par les dégâts des ouragans récents) et du Brésil, 11 $/t au départ de l’Argentine.

En France, les prix Fob Rhin gagnent 2 €/t, à 232 €/t, et les prix Fob Bordeaux 8 €/t, à 227 €/t. À l’échelle de l’Union européenne, nous revoyons en baisse notre prévision de récolte de 1,4 million de tonnes à 65 millions de tonnes à cause des excès de sécheresse en Europe du Sud et de l’Est.

La récolte française, quant à elle, s’annonce bonne à 14,2 millions (+1 million de tonnes par rapport à 2020). Avec une récolte européenne assez modérée, les maïs français vont être demandés à l’exportation vers les autres membres de l’UE et les stocks seront probablement assez bas de nouveau en fin de campagne.

Le prix du colza au-dessus des 600 €/t

Cette semaine, les cours du colza ont été soutenus par la légère hausse des prix du soja (redémarrage des exportations US après l’ouragan Ida), de la hausse du pétrole (baisse des stocks US) et de celle de l’huile de palme à Kuala Lampur (la baisse des taxes sur l’importation d’huiles en Inde a stimulé la demande indienne). Les prix du colza ont aussi fortement rebondi en raison de la publication du nouveau rapport StatCan sur les productions de grandes cultures au Canada.

En effet, alors que les récoltes de canola continuent au Canada, de nouvelles estimations de rendement amoindrissent la production. Après avoir utilisé les images satellitaires au 31 août, StatCan prévoit désormais une production à hauteur de 12,8 millions de tonnes, soit 2 millions de moins que la précédente estimation et 34 % de moins que l’année dernière !

Les records de température combinés à la sécheresse de ces derniers mois ont réduit significativement les rendements du plus gros pays producteur et exportateur de canola et par conséquent l’offre disponible à l’exportation. Cette estimation de StatCan ne semble pas trop pessimiste, puisqu’elle reflète bien les rendements réalisés sur le terrain.

Ainsi, les prix du canola à Winnipeg ont rebondi de 20 $/t cette semaine pour atteindre 660,2 $/t à échéance de mai 2022, entraînant dans leur sillage une hausse des prix européens. Le prix du colza rendu Rouen a augmenté de 27 €/t, dépassant ainsi le seuil des 600 €/t pour atteindre un nouveau record historique à 602 €/t.

Les prix ont aussi augmenté en Fob Moselle (+21 €/t, à 597 €/t) et sur le marché à terme d’Euronext (+28 €/t pour l’échéance de novembre).

Avec l’avancée des récoltes canadiennes, la production de canola devrait davantage se préciser. En effet, pour le moment, entre 50 et 60 % des surfaces ont été moissonnées dans les 3 grandes provinces de l’Ouest canadien. Le caractère inédit de cette campagne culturale renforce l’incertitude sur les rendements qui seront finalement constatés. Les retours du terrain, une fois les moissonneuses rangées, pourraient faire évoluer les cours à la baisse comme à la hausse durant les prochaines semaines.

Le soja grimpe également

Les déboires logistiques en Argentine (très bas niveau du fleuve Paraná) et aux États-Unis (exportations fortement perturbées par les dégâts de l’ouragan Ida sur les installations portuaires du golfe du Mexique) continuent de secouer les marchés. Cela a soutenu notamment les prix du soja brésilien, qui bénéficient d’un afflux de demande.

Les acheteurs chinois peinent à trouver les volumes nécessaires à leur approvisionnement, et sont prêts à payer des primes élevées pour des livraisons sur octobre-novembre. Malgré les quelques bateaux encore disponibles au Brésil, les besoins des triturateurs chinois à court terme ne devraient être que tout juste couverts, au prix d’une chute des réserves locales. Dans les ports chinois, les stocks de soja sont ainsi bien inférieurs à ceux de l’an dernier à la même date (–1,1 million de tonnes à 6,43 millions de tonnes selon le Centre national d’information sur les céréales et les huiles, organisme de l’État chinois).

Les prix Fob du soja brésilien ont ainsi augmenté de 11 $/t en une semaine. Les prix du soja à Chicago ont aussi augmenté (+8, à 9 $/t), malgré une moindre demande chinoise sur le court terme. Cela résulte de la forte réduction de la récolte de canola canadienne par StatCan. Avec moins de canola et d’huile de canola disponible en 2021-2022, la demande en huile de soja devrait en effet être très soutenue sur les mois à venir.

Au Brésil, les semis de la nouvelle récolte de soja débutent tout juste. Le manque de pluies sur les mois précédents a sévèrement entamé l’humidité des sols, notamment dans le nord de l’Argentine et dans un grand nombre des États producteurs de soja au Brésil.

Des pluies seront nécessaires dans les prochaines semaines pour assurer des bonnes conditions de semis et de germination. Des précipitations suffisantes sont prévues sur la prochaine quinzaine dans le nord de la principale région de production, mais elles pourraient être déficitaires sur une grande partie sud (à l’exception du Rio Grande do Sul qui devrait être bien arrosé). La météorologie des prochains mois est à surveiller de près, d’autant plus que le risque d’apparition du phénomène la Niña, accompagné très souvent de sécheresses au Brésil et en Argentine, semble assez élevé.

Le tourteau suit

Le prix du tourteau de soja à Montoir est en hausse de 7 €/t sur la semaine. La difficulté pour se procurer des tourteaux argentins a entraîné un report de demande vers la marchandise brésilienne et américaine, dont les disponibilités sont actuellement très limitées. Les cours ont ainsi augmenté également à Chicago cette semaine (+6 $/t) malgré l’imminence des récoltes de soja US et un temps plutôt clément sur la fin de la campagne.

Le pois fourrager se renchérit encore un peu plus cette semaine, pour atteindre 305 €/t départ Marne, un nouveau record ! Il suit l’évolution de son principal concurrent, le tourteau de soja et bénéficie de la tension actuelle sur le marché mondial du blé et des matières riches en protéines.

Le cours du tournesol encore en hausse

Le prix du tournesol français (récolte de 2021) augmente presque sans discontinuité chaque semaine depuis la fin de juin. À Saint-Nazaire, les prix ont augmenté de 15 €/t cette semaine, à 440 €/t (qualité standard). La qualité oléique a même vu son prix progresser de 20 €/t.

À ce niveau, le prix n’est pas loin de renouer avec les records de la moisson précédente. Il a été soutenu par la forte hausse des prix du colza français, mais aussi par le déficit en tournesol qui se prolonge en mer Noire. Bien que les récoltes y progressent, elles sont très en retard par rapport à l’an dernier, et les graines nouvellement récoltées ne sont pas encore disponibles pour les triturateurs.

Au retard de livraison physique se rajoute la rétention des agriculteurs, encore réticents à commercialiser leur nouvelle récolte très en dessous des prix records de l’an dernier. En effet, le tournesol Fob mer Noire vaut 570 $/t, alors que les prix ont atteint en moyenne 730 $/t sur la période de mars-juin 2021. Le prix mer Noire a tout de même progressé de 5 $/t cette semaine, malgré la progression des moissonneuses dans les champs.

Tallage

À suivre : exportations de blé et d’orge de la France et de l’UE, résultats qualitatifs, semis d’hiver pour l’hémisphère Sud, récoltes de soja (USA), de canola (Canada), de tournesol (mer Noire), climat en Europe (colza de la nouvelle récolte), prix du pétrole, achats d’huiles de la Chine et de l’Inde.

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