Les prix se sont ressaisis cette semaine pour les céréales avec la dégradation des perspectives de récolte pour les blés de printemps, tendres et durs, la prévision de conditions sèches en Ukraine, et le retour de la Chine sur le marché de l’orge. En oléagineux, la situation sèche inquiète au Canada et les conditions du Midwest US restent scrutées de près.

Fortes inquiétudes sur la production de blé de printemps en Amérique du Nord

La dégradation des perspectives de production de blé de printemps, tendre et dur, en Amérique du Nord est l’élément qui a marqué le plus la semaine écoulée.

Les conditions sont restées très sèches dans le nord des États-Unis et les plaines de production canadiennes. Selon le rapport sur l’état des cultures du Saskatchewan (Canada) au 12 juillet 2021, les blés en conditions bonnes à excellentes ne représentent que 25 % du total, en très forte baisse par rapport aux 58 % du dernier rapport publié il y a quinze jours. C’est la pire performance depuis plus de dix ans.

Il convient d’être prudent car la situation peut se « rattraper » partiellement mais nous tablons déjà ce vendredi 16 juillet 2021 sur une forte chute du rendement canadien (presque – 10 % par rapport à l’an passé), ce qui conduirait à une récolte de 29,2 millions de tonnes (contre 35,2 en 2020-2021).

Dans sa publication de lundi dernier, le ministère américain de l’Agriculture (USDA) a entériné cette dégradation canadienne mais de manière très modérée pour l’instant (baissant la production de 0,5 million de tonnes seulement à 31,5 millions de tonnes). Aux États-Unis, la situation est assez catastrophique aussi : l’USDA a abaissé sa production de blé de printemps à 16,5 millions de tonnes, en régression de plus de 40 % par rapport à l’an passé.

Les prix du blé rebondissent

Les cotations se sont envolées cette semaine sur le marché à terme de Minneapolis (marché qui cote le blé de printemps américain), créant un écart important entre les prix des blés très protéinés (teneur en protéines supérieure à 15 % sur la base de la matière sèche) avec celles des autres blés. Les inquiétudes sur les blés de printemps ont aussi exercé un effet haussier sur l’ensemble des blés, effet haussier renforcé par une révision à la baisse des prévisions de récolte en Russie, en dessous du niveau de 85 millions de tonnes.

En parallèle, l’excès de précipitations et les dégradations qualitatives induites en France et dans l’ouest de l’Union européenne inquiètent de plus en plus. En conséquence, les cotations de la plupart des origines mondiales se sont orientées à la hausse cette semaine : les blés d’hiver US ont gagné entre 3 et 7 $/t, les blés argentins 5 $/t et les blés français 10 $/t, à 251 $/t Fob Rouen, soit 207 €/t rendu Rouen base juillet (+9 €/t par rapport à vendredi dernier).

En milieu d’après-midi ce vendredi, l’échéance de septembre sur Euronext était remontée à 213 €/t (16 €/t en une semaine). Les blés de la mer Noire n’ont pas grimpé mais ils ont stoppé la baisse observée ces dernières semaines.

En France, le ministère de l’Agriculture a sorti sa première estimation de la récolte de blé tendre à 37,1 millions de tonnes contre 29,2 millions en 2020. Ce chiffre a un potentiel de hausse mais les intempéries viennent toutefois poser de nombreuses questions concernant les volumes qui seront affectés par la verse et bien sûr le niveau des PS et indices de Hagberg.

Comme déjà souligné la semaine dernière, l’activité reste soutenue : l’Algérie a acheté 30 000 tonnes vendredi dernier ; l’Arabie a contracté 505 00 tonnes de blé pour arrivée au 30 octobre lundi dernier. La Turquie a acheté 395 000 tonnes et l’Égypte 180 00 tonnes (origine roumaine de nouveau).

L’orge se reprend cette semaine

L’orge française a vu son prix rebondir à un niveau équivalent à celui d’il y a deux semaines après avoir gagné 9 €/t entre le 13 juillet et le 15 juillet (à 205 €/t rendu Rouen). Plusieurs facteurs sont à mettre sur le compte de ce renchérissement.

D’une part, les pluies dans le nord du pays empêchent les récoltes d’avancer et la menace de grains germés inquiète.

D’autre part, la Chine a repris ses achats après les avoir décalés et en avoir même supprimé certains. Cette reprise d’activité a permis de stopper la chute des prix ukrainiens qui avait entraîné les prix mondiaux à la baisse. L’orge ukrainienne a d’ailleurs gagné 2 $/t depuis la semaine dernière et l’orge française s’affiche 30 $/t au-dessus de l’orge ukrainienne.

Enfin, le temps sec et chaud en Amérique du Nord est également un facteur de soutien aux prix européens. Les potentiels de rendement des orges au Canada et aux États-Unis se dégradent à vive allure.

Les prix des orges de brasserie n’ont pas varié sur la semaine, même si l’inquiétude est vive concernant la qualité de la récolte compte tenu des pluies de ces dernières semaines et le manque d’activité est responsable de cette absence de mouvement.

Les prix du maïs remontent aussi

Peu d’éléments nouveaux sur le marché mondial du maïs cette semaine : les maïs US entrent en phase de pollinisation ; les températures trop élevées au début de la semaine font craindre ; les conditions restant trop sèches à l’ouest de la Corn-belt inquiètent.

L’USDA a pourtant révisé en hausse lundi sa prévision de la récolte de maïs américain à 385,2 millions de tonnes, un niveau très élevé (360,25 millions de tonnes en 2020). Pas sûr que les rendements puissent atteindre les 179,5 bushels par acre prévus (11,3 tonnes par hectare), mais cela vient souligner le fait que sur la base de la hausse des surfaces semées et des pluies des dernières semaines, la situation US n’est pas du tout dramatique.

Avec des ventes de maïs plus basses que prévu cette semaine, les prix américains ont flanché au milieu de la semaine après une hausse au début de la semaine. Au total, les maïs américains ont gagné 6 $/t Fob Gulf depuis vendredi dernier et les maïs brésiliens 11 $/t avec la confirmation par l’USDA le lundi 12 juillet 2021 d’une très basse récolte brésilienne à 93 millions de tonnes.

Ces évolutions et les bonnes conditions climatiques sur le sud-est et l’ouest de l’Union européenne pour le développement des maïs sont venues comprimer les prix du maïs sur le marché français ; ces derniers ont cédé 9 €/t Fob Atlantique pour la récolte de 2020. Peu de changement en revanche sur la récolte de 2021 à 206 €/t Fob Rhin (base juillet).

Les maïs européens tributaires de l’Ukraine

La grosse question sur le marché du maïs européen pour 2020-2021 est de savoir si l’Union européenne pourra importer autant qu’elle a besoin, malgré une substitution de maïs par du blé dans les formules animales. Avec la remontée attendue des récoltes amércaine et ukrainienne en 2021, brésilienne et argentine en 2022, cela ne devrait pas poser de problème.

Néanmoins, on observe cette semaine une montée des prix pour le maïs ukrainien de 2021 beaucoup plus marquée (+20 $/t) que celle des autres origines mondiales. Cela illustre la fragilité de la situation du maïs et la réactivité des prix à la moindre alerte (situation assez sèche prévue pour la seconde quinzaine de juillet dans la zone de la mer Noire). Après cette hausse ukrainienne, l’intérêt des maïs français délivré en Espagne ou dans le nord de l’Union européenne se voit renforcé et cela est un facteur de soutien.

La forte hausse du prix du canola canadien a entraîné le colza europén

En une seule semaine, le canola canadien s’est apprécié de plus de 80 $/t sur l’échéance de novembre. Cela a résulté d’inquiétudes au sujet des conditions de cultures dégradées dans les prairies canadiennes qui ont été affectées par des températures très excédentaires au cours des dernières semaines.

Les prix du colza de l’Union européenne ont suivi, mais moins fortement : ils ont progressé de 17 €/t en une semaine sur le rendu Rouen et le Fob Moselle, tandis qu’ils sont montés d’un peu plus de 29 €/t sur Euronext sur les échéances d’août et de novembre. L’augmentation des prix de l’huile de palme, soutenue par le retour des acheteurs indiens et chinois, a renforcé la tendance.

Un élément modérateur à noter : les coopératives allemandes ont annoncé des prévisions optimistes sur les récoltes (+4,7 % par rapport à l’année dernière pour un total de 3,68 millions de tonnes).

Les prix du soja ont rebondi

Les cours de la fève de soja ont bénéficié des grandes incertitudes concernant le potentiel de production aux États-Unis. Sur le rapproché, le prix du soja à Chicago a progressé de 21 $/t en une semaine et s’établit (à 532 $/t). Selon les dernières notations, seules 59 % des cultures se trouveraient dans un état bon à excellent, ce qui reste très inférieur aux conditions constatées l’année dernière.

D’autre part, la méfiance règne encore concernant la météo : le temps sec et chaud annoncé jusqu’au milieu de la semaine prochaine reste à surveiller. À ce stade de la saison, 46 % des surfaces américaines sont en floraison selon l’USDA, tandis que 10 % des plants entrent dans la phase clef de remplissage des gousses. L’approvisionnement en eau sur les six prochaines semaines sera déterminant pour le potentiel de rendement.

La hausse des prix du soja a toutefois été ralentie par la révision en hausse de l’USDA concernant les stocks mondiaux des deux campagnes de 2020-2021 et de 2021-2022. Les estimations de production et de stocks aux États-Unis sont, en revanche, restées inchangées. Les prix ont également été refroidis par le léger repli du pétrole résultant de l’annonce par l’Opep d’une hausse potentielle de la production de brut dans l’année.

Concernant les échanges, les flux de graines de l’ancienne campagne sont de plus en plus restreints : les derniers chiffres des douanes confirment la baisse récente et saisonnière des exportations brésiliennes. Les triturateurs chinois, qui ont ralenti leur cadence, disposent actuellement de stocks de fèves conséquents qui leur permettront de patienter jusqu’à l’arrivée de la récolte nord-américaine. Au début de juillet, des ventes de soja US pour près de 9,7 millions tonnes (toutes destinations confondues) seraient déjà engagées sur la nouvelle campagne selon les déclarations d’exportations de l’USDA, soit 20 % de plus par rapport à la campagne antérieure.

Les cours du tourteau de soja n’ont progressé qu’aux États-Unis

Le cours du tourteau de soja à Chicago a évolué à la hausse, dans le sillage de la fève et gagne 8 $/t sur la semaine (à 400 $/t sur le CBOT). Le tourteau de soja français a toutefois mieux résisté à la hausse, faute d’activité notable sur le marché. Il reste valorisé au même niveau de prix que la semaine dernière (à 410 €/t à Saint-Nazaire).

De même, le prix de l’origine argentine n’a presque pas bougé (–1 $/t, à 390 $/t) puisqu’elle reste moins demandée à cause des difficultés logistiques freinant l’exportation. Le rythme des exportations ne devrait se normaliser qu’à l’arrivée de l’automne, avec la remontée des niveaux du fleuve Paraná.

Sur le marché du pois, les excès de pluies qui ont retardé la récolte française soulèvent des interrogations concernant la qualité puisque quelques cas de germinations sur pied ont été rapportés. Les prix départ Marne ont augmenté de 5 €/t sur la semaine (à 250 €/t).

Le tournesol ukrainien s’est nettement valorisé

Le tournesol français de qualité standard n’a pas vu son prix évoluer cette semaine. Il reste valorisé à 480 €/t à Saint-Nazaire. En revanche, la graine ukrainienne s’est appréciée de 15 $/t sur une semaine (à 497,5 $/t), dans le sillage de l’huile.

Tallage

> À suivre : avancement et résultats quantitatifs et qualitatifs des récoltes de blé, d’orge et de colza dans l’Union européenne et en mer Noire, climat dans le nord des États-Unis et au Canada pour le soja, le maïs, le colza et les céréales de printemps, développement du maïs en Ukraine, Union européenne et États-Unis, production d’huile de palme, besoins en huile végétale.

Votre analyse quotidienne du marché - Céréales

Le blé se détend un peu

Les prix du blé se rétractaient, le jeudi 16 septembre 2021 dans l’après-midi sur le marché européen, se maintenant à un niveau élevé, sur fond de production française légèrement en deçà des attentes.
Votre analyse quotidienne du marché - Oléagineux

Nouvelle hausse du colza sur Euronext

Les prix du colza étaient en hausse ce jeudi 16 septembre 2021 après-midi sur le marché européen, au plus haut de l’année, porté par des tensions sur les bilans canadien et européen.