La baisse des prix a continué en blé et colza avant un rebond à la fin de la semaine. Les récoltes de céréales dans l’hémisphère Sud sont très élevées et poussent les prix vers le bas. Le colza, quant à lui, a vu ses marges de trituration diminuer et peser sur ses prix. Le rebond du pétrole à la fin de la semaine et quelques inquiétudes climatiques font cependant repartir les prix à la hausse à la fin de la semaine.

Baisse puis stabilisation des prix du blé

La tendance des prix cette semaine est restée baissière avant un léger rebond en fin de semaine qui ne gomme toutefois pas les baisses récentes. Le blé rendu Rouen perd ainsi 7 €/t, à 271 €/t (en base juillet), et l’échéance de mars d’Euronext est cotée à 276,75 €/t le vendredi 17 décembre 2021 après-midi, également en baisse de presque 7 €/t par rapport à sa clôture de vendredi dernier. À la suite de ces nouvelles baisses, le blé français vaut actuellement, sur le marché mondial, 318 $/t Fob Rouen.

Les autres origines mondiales ont aussi vu leur prix s’affaisser, mais un peu moins fortement : de 1 $/t pour les blés russes avec 12,5 % de protéines à 337 $/t Fob, de 4 $/t pour les blés ukrainiens avec 11,5 % de protéines à 330 $/t, et de 5 $/t pour les blés argentins à 302,5 $/t Fob.

Sur le créneau meunier, les blés français restent les moins chers en prix Fob après les blés argentins. Les chutes de prix des deux dernières semaines ont ainsi accru la compétitivité des blés français.

Des achats de blé de l’Algérie et de l’Iran cette semaine

Malgré tout, pour des raisons qualitatives, il n’est pas certain que les blés français fassent partie des origines choisies par l’Algérie dans son achat de cette semaine : le pays vient de contracter près de 700 000 tonnes de blé d’origine optionnelle mercredi 15 décembre 2021 à un prix de 372-373 $/t (à l’arrivée) pour des gros bateaux, et de 376 $/t pour bateaux plus petits. Les opérateurs semblent penser que le blé français ne fera pas partie de cet achat.

Il est concurrencé par le blé russe à la suite de la modification de l’Algérie concernant son exigence sur le taux de grains infestés de punaises. Il est vrai que le prix contracté correspond aujourd’hui au prix du blé russe délivré Algérie. Néanmoins, l’OAIC (office algérien d’importation) a acheté à un prix beaucoup plus élevé que ceux du blé français ou du blé argentin délivré Algérie (plus près de 350 $/t). Cela pourrait effectivement signifier une forte part russe dans cet achat (ou bien de blés du nord de l’Union européenne) mais l’on peut se demander si l’OAIC pourra se permette cette stratégie pendant longtemps encore.

L’Iran a également fait l’actualité cette semaine avec un gros achat de 500 000 tonnes à un prix bien plus élevé que l’Algérie (entre 368 et 365 €/t, soit 413,5 à 416 $/t). Les origines allemandes, baltes ou russes sont parmi les fournisseurs possibles.

L’activité reste donc soutenue sur le marché mondial du blé, ce qui est venu limiter les baisses de prix en fin de semaine, malgré la confirmation d’une très bonne récolte en Argentine où les estimations pourraient de nouveau remonter avec l’accumulation de bons résultats.

Une inquiétude latente reste également présente : il s’agit de l’état assez sec des sols dans les plaines de blé d’hiver dans le sud des États-Unis. Le cumul des précipitations y est nettement inférieur à la normale des 30 dernières années malgré les pluies récentes dans certaines zones. Par ailleurs, la Russie serait en train de revoir en légère baisse le quota qu’elle octroiera pour les exportations de février à juin, ce qui a soutenu les prix vendredi 17 décembre.

En orges, les prix fourragers français se stabilisent, mais pas les brassicoles

Cette semaine, les prix français de l’orge ont peu évolué, perdant seulement 1 €/t rendu Rouen à 250,50 €/t. La Chine est restée absente des destinations des bateaux au départ des ports français, préférant l’Argentine, plus compétitive sur le marché mondial. Cela continue de peser sur les prix français.

Cette semaine, seul un bateau d’orges de brasserie était prévu à destination des Pays-Bas. A contrario, les prix des orges de brasserie s’affichent en progression cette semaine : l’orge brassicole d’hiver Fob Creil a gagné 1 €/t à 345 €/t, tandis que l’orge de printemps a grimpé à 375 €/t (+10 €/t), toujours Fob Creil, à cause des très faibles stocks européens.

La production européenne d’orge de brasserie a en effet largement diminué par rapport à l’année dernière, à la suite des mauvaises récoltes en Scandinavie. En revanche, la demande mondiale, quant à elle, augmente avec l’amélioration de la situation sanitaire. De plus, les inquiétudes sur la qualité des orges australiennes soutiennent les prix brassicoles.

Dans les prochains mois, l’arrivée de la concurrence des orges argentines (sur le segment brassicole et fourrager) dans les ports chinois devrait à nouveau peser sur les prix français, alors que la demande du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord en orge fourragère s’est largement ralentie.

À 293 $/t Fob Rouen, les prix français sont proches des prix ukrainiens (seulement 0,70 $/t d’écart), mais la récolte fourragère australienne s’annonce importante et les prix Fob australiens sont très compétitifs à seulement 263 $/t. Les prix français devraient donc poursuivre leur travail de baisse, d’abord sur le segment fourrager, puis sur le segment brassicole dans le sillage des orges fourragères.

Les prix des maïs français corrigent à la baisse

Depuis une semaine, le prix des maïs Fob Rhin a corrigé à la baisse, perdant 6 €/t pour atteindre 251 €/t (base juillet). Le maïs Fob Bordeaux a, quant à lui, perdu 3 €/t, à 244 €/t.

L’arrivée d’une récolte française conséquente sur le marché continue de peser modérément sur les prix. Les maïs français ont également baissé dans le sillage du blé.

À l’international, il y a peu de changements sur les prix. Les maïs US, brésiliens et ukrainiens sont restés stables à respectivement 272 $/t, 274 $/t et 272,5 $/t. Les actualités haussières et baissières pour les prix du maïs se sont compensées les unes les autres cette semaine.

La baisse de la production d’éthanol a pesé sur les prix américains au milieu de la semaine. Mais ensuite, la publication par l’USDA (ministère de l’Agriculture américain) jeudi 16 décembre 2021, faisant état d’exportations nettes hebdomadaires du pays de 1,95 million de tonnes (niveau très élevé) a effacé la baisse de prix du milieu de la semaine.

Plus globalement, la poursuite d’un temps sec dans le sud-est du Brésil et le nord de l’Argentine suscite des inquiétudes quant au potentiel de production de ces deux producteurs majeurs, soutenant les prix.

Dans le même temps, la demande chinoise semble se maintenir à un niveau élevé. À l’inverse, bien que les inquiétudes autour du variant Omicron se soient amoindries, elles continuent de peser sur les cours du pétrole (et donc de l’éthanol), qui n’ont toujours pas retrouvé leur niveau d’avant la mi-novembre. Quoi qu’il en soit, les prix de toutes les origines affichent toujours des niveaux élevés.

Rebond du soja américain, mais baisse au Brésil

Les prix du soja à Chicago suivent les cours du tourteau, celui-ci retrouvant de l’importance dans la valorisation du soja. Sur l’échéance de janvier, la plus rapproché, le soja gagne 5 $/t en une semaine (469 $/t). La trajectoire légèrement haussière depuis le début du mois de décembre se poursuit. L’échéance de mai gagne 2 $/t (472 $/t).

En revanche, le soja Fob Brésil recule après la hausse de la semaine dernière à la suite de précipitations généreuses dans les régions du Mato Grosso, du Mato Grosso do Sul et du nord-est du Brésil. Sur le rapproché, il perd ainsi 18 $/t.

Les semis brésiliens se sont achevés vers le 14 décembre. Si l’état des cultures est pour le moment très bon dans les régions centrales, les régions du Sud, au contraire, sont toujours en déficit hydrique. Il est trop tôt pour dire si cela aura un impact sur les rendements de soja dans ces zones. Cela reste à surveiller de près, car les pluies s’annoncent encore déficitaires sur les deux prochaines semaines au Paraná et au Rio Grande do Sul.

En Argentine, les semis se poursuivent : au 16 décembre 2021, la surface plantée représentait deux tiers des intentions. Un temps très sec attendu sur les deux prochaines semaines devrait permettre une accélération des travaux d’implantation. Des pluies seront nécessaires assez rapidement pour permettre une bonne émergence des plants.

Les inquiétudes d’une persistance de la Niña jusqu’au printemps restent d’actualité. Cela pourrait affecter à la fois les rendements et les capacités d’exportation du pays (niveau des eaux déjà très bas sur le fleuve Paraná). Si le manque d’eau se prolonge en janvier, cela constituera un facteur de soutien et de volatilité des cours mondiaux.

Progression du tourteau de soja

Le tourteau de soja s’apprécie de nouveau cette semaine, soutenu par une bonne demande mondiale à laquelle répondent les États-Unis et le Brésil. L’activité de trituration est bonne aux États-Unis, ce dont témoignent les données d’octobre et de novembre publiées par l’association des triturateurs américains (NOPA). Les exportations américaines de tourteau de soja se maintiennent par ailleurs à un niveau équivalent à celui de l’année dernière.

Les prix sur le rapproché gagnent 4 $/t à Chicago et en Argentine, tandis qu’à Montoir, le prix du tourteau progresse de 13 €/t, à 436 €/t. La compétitivité du tourteau face aux céréales se maintient néanmoins. Le tourteau de soja devrait représenter une part plus élevée que d’habitude dans les apports énergétiques et protéiques des cheptels européens pour la campagne de 2021-2022.

Le prix du pois reste toujours historiquement haut

Le prix du pois fourrager départ Marne s’est apprécié de 4 €/t sur la semaine à 340 €/t, dans le sillage du tourteau de soja. Les cours du pois restent également soutenus par des bilans d’offre et de demande tendus au niveau mondial et par la bonne demande à l’exportation.

Selon les données de FranceAgriMer, les ventes de pois vers les pays tiers s’affichent en hausse de 32 % sur la période de juillet à septembre 2021 (par rapport à juillet-septembre 2020). Les principales destinations sont la Chine, la Tunisie et la Suisse.

Les cours du colza en France baissent puis remontent

Cette semaine, les prix des colzas français ont d’abord fortement baissé avant une nette remontée en fin de semaine.

Ils ont d’abord diminué en début de semaine à la suite des cours du pétrole et de l’huile de palme. Les cours du brut se sont en effet effrités en raison des inquiétudes persistantes des pays de l’Opep (Organisation des pays exportateurs de pétrole) au sujet de la pandémie de Covid-19 et de ses impacts sur la demande en carburants.

À cela s’est ajoutée la chute des exportations d’huile de palme depuis la Malaisie sur la première quinzaine de décembre par rapport à la première quinzaine de novembre, qui a pesé sur les cours de l’huile de palme. Les prix ont également baissé très fortement à Rouen du fait de la dégradation des marges de trituration qui a pesé sur le prix des huiles et des graines. En conséquence, la baisse des prix des graines de colza a été beaucoup plus marquée à Rouen qu’en Moselle.

Cependant à la fin de la semaine, les cours du pétrole ont rebondi à la suite de l’annonce des États-Unis d’une diminution de leurs réserves par rapport à la semaine précédente, entraînant le rebond des prix du colza. Ces derniers se retrouvent finalement supérieurs à ceux de la semaine dernière en Fob Moselle (+12,5 €/t, à 737,5 €/t) et sur Euronext (+13,25 €/t, à 783,4 €/t, à l’échéance de février 2022). À Rouen, en revanche, le rebond n’a pas permis de gommer la chute du début de la semaine et les prix du colza y abandonnent 21 €/t.

Les prix français du tournesol reculent dans le sillage de la graine mer Noire

Les prix Fob du tournesol en mer Noire ont cédé du terrain cette semaine (−15 $/t, à 637,5 $/t), en raison d’une hausse de l’offre locale et d’un manque d’activité à l’exportation. En effet, les stocks de tournesol en Ukraine au 1er novembre 2021 s’affichent en hausse de 21 % par rapport à la même période l’an dernier, selon le ministre de l’Agriculture.

Dans le sillage de la graine mer Noire, les prix français ont également perdu du terrain. À Saint-Nazaire, ils reculent de 7,5 €/t sur la semaine à 615 €/t en qualité oléique. Le prix du tournesol standard n’a pas été coté la semaine dernière, en raison des faibles volumes contractualisés, alors que cette semaine il s’affiche à 600 €/t.

Tallage

À suivre : commercialisation des blés et orges de l’Argentine, achats de l’Algérie en blé, impact du climat sur les récoltes à venir de l’hémisphère Sud (maïs et soja), prix du pétrole, marges de trituration en colza.

Votre analyse quotidienne du marché - Céréales

Blé et maïs progressent sur Euronext

Les marchés restent néanmoins volatils du fait de la situation géopolitique en mer Noire.
Votre analyse quotidienne du marché - Oléagineux

Le colza en hausse sur Euronext

Le colza commençait la journée du 27 mai 2022 en légère hausse sur l’échéance d’août, après une forte progression la veille, dans le sillage du pétrole et des autres huiles végétales.