Les céréales repartent à la hausse, le tournesol et le tourteau de soja augmentent encore. Le colza, quant à lui, marque une pause.

Blé : la mer Noire tire les prix

Les prix des blés de la mer Noire ont poursuivi leur ascension cette semaine pour gagner encore une dizaine de dollars, à 221 $/t Fob pour les blés ukrainiens à 11,5 % de protéines. Et 224 $/t Fob pour les blés russes à 12,5 % de protéines.

La récolte russe est en cours et son niveau encore sujet à variation mais les sources locales viennent bien conforter une estimation proche de 82 millions de tonnes.

Néanmoins, plus la saison avance, plus il apparaît au grand jour que les disponibilités sont faibles dans le sud du pays, près des ports, alors que les surplus sont localisés au centre du pays. Cela est vrai pour la Russie mais pour l’Ukraine aussi. Dans ce contexte, face aux achats en cours (Turquie surtout), les producteurs ont joué la montre et retenu la marchandise.

C’est vraiment le facteur le plus important de la semaine, facteur qui vient tirer les blés français dont le prix s’accroît de nouveau cette semaine : de 3 €/t à Rouen (à 188,5 €/t rendu Rouen en base juillet) ou 189,3 €/t pour l’échéance de décembre d’Euronext (+1 €/t).

Récolte revue en hausse dans l’hémisphère Sud

Ailleurs dans le monde, en dehors du pôle mer Noire-Union européenne, la tendance est au contraire plutôt au ralentissement.

Malgré un redressement ce jeudi 10 septembre 2020, le blé à Chicago a perdu du terrain cette semaine et les prix des blés US s’en ressentent sur le marché physique (–1 $/t pour les prix Fob Gulf des blés HRW et SRW). Chicago reflète les bonnes perspectives de la récolte australienne que l’organisme Abares au début de la semaine a révisée en hausse à presque 29 millions de tonnes, contre 15,2 millions l’an passé. Grâce à des conditions climatiques bien meilleures, la production australienne était déjà prévue en forte progression mais le chiffre d’Abares apparaît toutefois élevé, d’autant plus que certaines régions de l’est du pays manquent d’un peu de pluies actuellement pour une finition parfaite du cycle cultural.

Notre estimation se situe plus proche de 28 millions de tonnes actuellement.

En Argentine, la sécheresse a fait des dégâts mais comme mentionné la semaine dernière, les perspectives restent bonnes (même si inférieures à l’an dernier) et le Canada est en train d’engranger une bonne récolte que nous évaluons à 35,5 millions de tonnes, contre 32,3 millions en 2019. Ces récoltes risquent de peser sur les prix à leur arrivée sur le marché.

Néanmoins, la situation mondiale n’est pas lourde à cause de la réduction des disponibilités européennes et ukrainiennes d’une part et les achats récents soulignent que la demande est loin de s’effondrer pour l’instant.

L’Arabie est sur le marché actuellement avec un appel d’offres de 715 000 tonnes pour une arrivée entre novembre et janvier, soit 12 cargos de blé à 12,5 % de protéines (environ 665 000 tonnes) et un cargo à 11 % de protéines (environ 60 000 tonnes).

La Turquie, quant à elle, a lancé un appel d’offres pour 500 000 tonnes de blé et la Tunisie est aussi sur le marché pour 42 000 de blé meunier, son appel d’offres clôturant ce soir, comme celui de l’Arabie. De leur côté, le Pakistan et la Jordanie ont acheté chacun 60 000 tonnes de blé optionnel.

L’orge fourragère en hausse

L’orge repart de plus belle à la hausse cette semaine après son décrochage de la semaine dernière, suivant le blé et dopée par la Chine qui booste la demande mondiale.

Toutes les origines ont vu leur prix grimper de 5 à 6 $/t cette semaine, à 210 $/t Fob pour les orges françaises (soit +5 €/t, à 171 €/t rendu Rouen en base juillet). L’achat récent de l’Algérie, qui pourrait être servi par des orges françaises, a probablement contribué aussi à la hausse hebdomadaire dans l’Hexagone.

Cette semaine, la Thaïlande a acheté 25 000 tonnes d’orges australiennes et cela vient illustrer la compétitivité de l’orge par rapport au blé sur ce marché asiatique où les importations de blé sont très réglementées. En dehors de la demande chinoise, l’orge fourragère profite aussi de la hausse des prix du maïs sur le marché mondial.

Sur le créneau brassicole, la progression est moins marquée : les cotations sont maintenant à égalité pour les orges d’hiver et de printemps (à 173 €/t Fob Creil en base juillet) avec des fondamentaux caractérisés par un excédent potentiel d’orge de printemps.

En France, la part de printemps apte à la brasserie sera inférieure à celle de l’an passé mais cette part s’annonce au contraire supérieure dans le nord de l’UE (Allemagne et Scandinavie). Déjà prévue élevée par rapport aux besoins, la production européenne d’orge brassicole de printemps grossit encore (nous l’estimons proche de 11 millions de tonnes contre moins de 10 millions l’an passé).

Pas de grand changement pour le maïs

Les prix ont évolué en ordre dispersé cette semaine : à la hausse de 0,5 €/t Fob Rhin à 168,5 €/t (récolte de 2020), à la baisse de 3 €/t Fob Bordeaux (165 €/t). Après l’accalmie de la semaine dernière, le maïs est reparti à la hausse à Chicago sous l’effet de la demande chinoise et, surtout dans l’attente du rapport de l’USDA à paraître ce soir.

En effet, les opérateurs attendent une révision en baisse de la part de l’organisme pour prendre en compte le manque de pluies de la fin d’août dans le Midwest et les dégâts de l’ouragan Derecho dans l’Iowa. Si la prévision de récolte ne descend pas autant que prévu (la moyenne des estimations situe la récolte US à 371 millions de tonnes), une réaction des prix à la baisse n’est pas du tout exclue.

Les conditions de culture ne s’améliorent pas actuellement, que ce soit aux USA, en Ukraine ou en Europe surtout, avec des perspectives assez sèches pour les jours à venir. Le marché mondial du maïs est en alerte mais la situation est loin d’être tendue.

Le soja ne cesse de se renchérir

Le prix mondial du soja a poursuivi sa hausse ce mois-ci, porté par une dynamique d’achats chinois toujours très forte et des perspectives de récoltes dégradées dans les plaines US.

L’assèchement des disponibilités brésiliennes laisse les USA pratiquement seuls fournisseurs sur la scène mondiale et les importateurs chinois font désormais main basse sur la fève états-unienne. Au cours de la semaine, l’USDA a ainsi rapporté la vente de presque 1,1 million de tonnes au géant asiatique et plus de 132 000 tonnes de soja pour une destination indéterminée (Chine probablement).

Du côté de l’offre, les perspectives de récoltes dans les plaines du Midwest se dégradent encore un peu cette semaine en raison de températures trop fraîches. Le dernier relevé rétrograde de 1 % la proportion de cultures en « bonnes ou excellentes » conditions, à 65 % du total des surfaces. Ce niveau demeure toutefois supérieur à l’an passé et à la moyenne quinquennale à date comparable.

Les plants ont désormais bien entamé leur phase de remplissage des gousses qui est déterminante pour le rendement final. Tous ces éléments ont permis au soja coté à Chicago de gagner 6 $/t sur une semaine sur l’échéance d’octobre.

Les tourteaux se renforcent également

La fièvre du soja s’est également propagée aux cours des tourteaux de soja qui sont à la fois très compétitifs dans les aliments composés et de moins en moins abondants sur le marché sud-américain.

En effet, les triturateurs argentins peinent encore à se fournir en fèves à cause de la forte rétention des agriculteurs, tandis que les industriels brésiliens restent en très forte compétition avec les exportateurs. Les cours du tourteau ont ainsi augmenté de presque 5 $/t sur le CBOT et environ 4 €/t à Montoir, à 350 €/t..

Cette semaine, l’annonce d’un cas de contamination de sanglier par la peste porcine africaine en Allemagne a également agité les esprits. Bien qu’aucun cas n’ait été détecté dans les élevages, la Corée du sud a déjà annoncé l’interdiction des importations de produits porcins allemands.

Les opérateurs craignent que la Chine et le Japon, les deux autres principaux clients asiatiques, ne prennent des mesures similaires. Un tel scénario pénaliserait très fortement les prix allemands mais offrirait des opportunités de ventes à d’autres exportateurs (UE ou non).

L’évolution de la situation sanitaire est donc à suivre de très près. Les pois fourragers ont aussi bénéficié du mouvement haussier et gagnent 4 €/t sur le marché français.

Le canola canadien a suivi la hausse mais pas la graine UE

Le marché du colza a été quant à lui animé par des vents contraires, puisque le prix du canola a un peu progressé sur la semaine, tandis que celui du colza UE s’est légèrement réduit.

Au Canada, les prix à Winnipeg ont en effet gagné 2 $/t en raison de potentiels dégâts de gel dans le Manitoba. La hausse des prix est restée toutefois très modérée étant donné le bon niveau de maturité des plantes, ce qui limite leur sensibilité à ce genre d’aléa climatique. Les opérateurs ont par ailleurs signalé un peu de rétention cette semaine de la part des agriculteurs canadiens.

En revanche, les cours se sont affaissés en France en perdant 5 €/t pour le rendu Rouen (à 381 €/t) et près de 4 €/t concernant l’échéance de novembre sur Euronext. Ces replis s’expliquent par des perspectives de récoltes UE un peu moins décevantes que prévu.

Le manque d’eau en France demeure toutefois défavorable aux semis localement. Par ailleurs, la légère hausse de l’euro face aux billets verts a également amené un peu de pression sur les cotations.

À lire aussi : Le niveau des nappes est bas à très bas dans l’Est (11/09/2020)

Le tournesol continue de défier les lois de la gravité

Cette semaine, le tournesol enregistre de nouveau la plus forte hausse parmi les trois graines. Son prix à Saint-Nazaire se renchérit de 10 €/t sur la semaine à 370 €/t pour la qualité standard.

Les cours continuent de bénéficier du soutien de l’huile qui affiche une forte progression de 70 $/t à Rotterdam en raison de l’épuisement des stocks en mer Noire et des récoltes de tournesol décevantes en Ukraine et Russie.

Les fortes incertitudes concernant la récolte française ont également contribué à l’impulsion haussière. Selon les derniers tours de plaines, les premiers résultats ne sont pour le moment pas très bons dans le Sud-Ouest et s’annoncent décevants dans l’Est et le Centre.

Tallage

À suivre : récolte de blé au Canada et dans l’hémisphère sud, comportement de l’Australie en orge, niveau de la récolte et des stocks de maïs aux USA, récoltes de tournesol en France et en mer Noire, dynamiques de ventes US vers la Chine, conditions climatiques dans le Midwest US, cas de peste porcine africaine en Allemagne, climat au Canada et en Australie (colza).

Votre analyse quotidienne du marché - Céréales

Les prix du blé et maïs reprennent des couleurs

Après un recul lundi 27 juin 2022 sur fond de craintes liées à une récession économique, les cours du blé et du maïs ouvraient à la hausse ce mardi 28 huin 2022 sur Euronext.
Votre analyse quotidienne du marché - Oléagineux

Le colza repart à la hausse ce matin sur Euronext

Après une forte baisse ce lundi, le colza repart à la hausse ce mardi 28 juin 2022, dans le sillage du soja qui est soutenu par la baisse des stocks.