Dans la tourmente économique liée au coronavirus, deux décisions majeures ont été prises cette semaine : la Fed américaine a décidé de diminuer à nouveau les taux d’intérêt (à zéro) et a promis des achats de titres sur le marché. La BCE (Banque centrale européenne), de son côté, a décidé d’injecter 750 milliards d’euros dans l’économie en achetant de la dette d’État notamment. Ces mesures ne font que souligner la gravité de la crise économique mondiale.

Les conséquences diverses du coronavirus

Le développement du coronavirus, qui touche maintenant la plupart des continents, entraîne de nombreuses conséquences sur l’activité commerciale, les déplacements et la vie de tous les jours.

Les gouvernements exhortent les populations à rester chez elles et cela a déjà de nombreuses répercussions. La consommation de carburant baisse, affectant très rapidement les utilisations de bioéthanol et biodiesel. Il s’agit d’un phénomène spécialement baissier pour le maïs (aux USA surtout) et les huiles végétales. La chute de rentabilité des biocarburants est renforcée par ailleurs par le maintien du pétrole à un niveau de prix très bas.

La consommation de nourriture à domicile se développe. Cela implique une plus grande consommation de farine et de pâtes et il semble que l’augmentation des utilisations de ces produits par les ménages à la maison l’emporte largement sur la chute des ventes en restauration hors domicile.

Pour les huiles végétales, en revanche, c’est la double peine : déjà durement touchées par la chute de la demande en carburant, elles sont aussi fortement affectées par le retrait de la consommation hors domicile (les utilisations alimentaires de ces huiles avaient fortement crû au cours des dernières années dans les pays à croissance économique forte, où les revenus augmentaient et avec eux la consommation hors domicile très gourmande en huile).

Des difficultés logistiques presque partout

En France, les moyens de transport manquent pour approvisionner correctement les usines. Cela est dû aux mesures de confinement et au manque de personnel qui en découle. Les usines s’efforcent de s’approvisionner le plus vite possible, suscitant une tension sur les prix des matières premières.

En Argentine, le maire de Timbues, dans le sud de la province de Santa Fe, a annoncé vouloir fermer son complexe portuaire qui est un des plus importants de l’Argentine aussi bien pour les grains que pour les oléagineux. De nombreuses usines de trituration se trouvent près de ce port et leur activité menace d’être stoppée. Les arrivages de camions transportant des grains et de soja vers le port risquent d’être suspendus jusqu’au début d’avril. Les triturateurs et les responsables du port se sont insurgés contre cette mesure potentielle. Un bras de fer est en train de se mettre en place, le gouvernement devant désormais se prononcer sur la question.

Au Brésil, un groupe de 50 associations professionnelles du secteur agroalimentaire est en train de chercher le soutien du gouvernement afin que les ports brésiliens puissent continuer de fonctionner malgré la crise du coronavirus.

Plongeon du rouble

En mer Noire, pas de grand problème logistique encore pour l’instant, mais une situation monétaire extrêmement inquiétante.

À cause de l’effondrement des prix du pétrole, le rouble a lui-même sombré face au dollar et à l’euro. Par rapport à la fin de février, les prix au détail ont grimpé de 12 à 20 %, selon l’institut Ikar en comparaison à une hausse de 3,5 % seulement au cours de l’année 2019. Toujours selon la même source, ces augmentations choquent la population.

Dans ce contexte, le vice-Premier ministre russe a annoncé que le pays pourrait stopper ses exportations de produits alimentaires au cas où la sécurité alimentaire du pays serait menacée. Un point à suivre : cette annonce peut-elle être mise en pratique ou non ? Difficile de trancher mais la progression rapide des prix intérieurs en Russie reste à surveiller de très près.

Retour de la Chine aux achats et montée du blé

La menace russe d’un arrêt des exportations a été ressentie comme nettement haussière sur le marché du blé même si les prix russes, en dollar sur le marché mondial, sont restés quasi stables cette semaine (la hausse des prix intérieurs étant compensée par la chute du rouble).

L’attitude de la Chine, qui reprend son activité, a poussé également les prix européens et américains vers le haut cette semaine : ce pays vient d’acheter 340 000 tonnes de blé américains de type HRW (avec des achats de soja et de maïs en parallèle). L’achat de blé portera sur la campagne de 2020-2021 mais il a exercé une influence sur les prix de l’ancienne campagne.

La Tunisie aussi a fait ses emplettes cette semaine (25 000 tonnes de blé) pour un chargement au début d’avril, tout comme la Corée qui a contracté 136 000 tonnes de blé US (pour un chargement en juin-juillet) et 70 000 tonnes de blé d’origine indéterminée pour une arrivée en septembre.

Dans le sud de la Russie et le sud de l’Ukraine, les précipitations manquent et cela devient préoccupant avec, en parallèle, des températures supérieures aux moyennes de la saison. Pour l’instant, les cultures d’hiver sont en bonne forme. On note plus d’inquiétude pour les cultures de printemps en revanche, dont les semis sont déjà bien lancés. Dans ce contexte, le prix du blé a nettement rebondi cette semaine sur le marché français, gagnant 15 €/t, à 185,5 €/t en base juillet, après le bas niveau atteint à la fin de la semaine dernière. Exprimée en dollar, cette reprise a été plus modérée, en raison de la forte rechute de l’euro face au dollar après les mesures draconiennes annoncées par la BCE cette semaine.

Correction à la hausse des prix de l’orge

Un franc rebond est observé cette semaine pour les prix de l’orge. La cotation du rendu Rouen a gagné 17 €/t par rapport à la semaine dernière pour atteindre 161,5 €/t (base juillet).

En raison de la baisse de l’euro face au dollar, la hausse des orges françaises est moins importante sur la scène internationale (+11,5 $/t, à 186 $/t). La semaine est marquée par ce qui devrait être le dernier appel d’offres de la campagne de 2019-2020 de l’Arabie Saoudite. En effet, le plus gros importateur mondial d’orge a lancé un appel d’offres de 720 000 tonnes pour livraison en mai-juin.

Au niveau de prix actuel, l’orge française semble ne pas être suffisamment compétitive pour rivaliser face à ses homologues de la mer Noire (cotées à 177,5 $/t). Les achats sont dynamiques cette semaine puisque l’Algérie a acheté 60 000 tonnes pour une livraison en avril et la Jordanie a acheté 120 000 tonnes d’orge pour une livraison en août-septembre.

Sur le créneau brassicole, à Creil, l’orge de printemps de l’ancienne campagne est cotée à 158 €/t et celle d’hiver à 156 €/t. Les cotations brassicoles semblent donc s’être maintenues cette semaine encore sans suivre le rebond de l’orge fourragère et du blé (elles avaient résisté à la forte baisse des cours des céréales durant les semaines passées).

Au cours de la semaine écoulée, les semis ont pu franchement progresser, grâce à des conditions climatiques plus favorables. Ils restent très en retard néanmoins par rapport à l’année dernière, où ils étaient en avance au contraire. L’avancée des semis vient rassurer les opérateurs ; cet élément, couplé à une possible baisse de la consommation de bière en raison de la crise du coronavirus, empêche ainsi les prix brassicoles de remonter, y compris en nouvelle récolte.

Le maïs suit de nouveau avec réserve

Comme la semaine dernière, le maïs suit la tendance générale des céréales mais beaucoup plus modestement. Son prix avait moins baissé que celui de l’orge et du blé et cette semaine, en conséquence, il remonte moins nettement. Le maïs français gagne ainsi 3 €/t sur la façade atlantique ou Fob Rhin à respectivement 163 et 165,25 €/t (base juillet).

Les valeurs européennes sont tiraillées entre la correction haussière des céréales à paille d’un côté mais la chute des valeurs internationales de l’autre (–5 $/t pour les maïs argentins et ukrainiens) et –10 $/t pour les maïs US.

La Chine a beau avoir acheté 756 000 tonnes de maïs US le 20 mars 2020, le pétrole et les inquiétudes sur la santé du secteur des biocarburants continue de peser sur les maïs mondiaux malgré le rebond de Chicago à l’annonce de l’achat chinois.

Le marché des huiles reste orienté à la baisse

Le prix de l’or noir a poursuivi sa chute au début de la semaine avant une légère remontée le 19 mars 2020 ; il ne parvient pas toutefois à décoller des 30 $ le baril et cela continue de peser sur l’ensemble des huiles végétales : l’huile de colza européenne recule de 5 % (8,5 % la semaine passée) et l’huile de tournesol perd de nouveau 4 % sur la semaine.

Outre le pétrole bas, ces huiles restent fortement influencées par la crainte de réduction de consommation alimentaire.

Le soja se stabilise

À 314 $/t à Chicago, le soja, quant à lui, a réussi à se stabiliser cette semaine aux USA. Le marché du soja est tenu en haleine par les inquiétudes concernant le fonctionnement des ports sud-américains. Parallèlement, il semble que des triturateurs chinois sont en train d’acheter plusieurs bateaux en provenance de la côte ouest des USA, par crainte de complications logistiques au Brésil.

Ces craintes se font sentir encore plus fermement sur le prix du tourteau de soja qui vient de gagner 18 $/t à Chicago cette semaine et 12 €/t en France, à Montoir. Les tourteaux de soja sont attractifs dans les formules animales mais leur utilisation pourrait être freinée par cette remontée des prix.

Le colza français à contre-courant

Dans le sillage de l’huile encore, le colza français a, de nouveau, perdu de la valeur. Il descend de 11 €/t à Rouen et Fob Moselle (à 340 et 348 €/t respectivement).

Malgré des disponibilités limitées pour le court et le moyen termes, les prix diminuent poussés par des marges de trituration qui s’effondrent sous le poids du pétrole et donc du biodiesel et des baisses de consommation alimentaire en huile.

Le tournesol, quant à lui, ne suit plus et voit son prix rester stable, à 320 €/t à Saint-Nazaire.

Tallage

À suivre : parité UE/dollar, mesures monétaires, attitude de la Russie face à l’exportation, situation logistique, approvisionnement et fonctionnement des usines, déroulement des semis de printemps, situation hydrique en mer Noire

Votre analyse quotidienne du marché - Céréales

Le blé en hausse dans un marché calme

Les prix du blé étaient en hausse ce mardi 28 septembre 2021 à la mi-journée sur Euronext, dans un marché calme dans l’attente de nouveaux chiffres américains et avant une nouvelle augmentation des taxes à l’exportation sur le blé russe.