Les prix des céréales et des oléagineux ont chuté cette semaine avec le retour des pluies aux États-Unis (USA), avec les inquiétudes concernant le secteur des biocarburants aux USA, et avec les bonnes conditions de développement des cultures en Europe de l’Ouest. Le tourteau de soja en revanche tire son épingle du jeu à la suite d’une forte demande.

Le maïs lâche prise

Changement d’ambiance sur le marché mondial du maïs cette semaine avec le retour de pluies sur une partie de la Corn-belt aux USA au début de la semaine puis de nouvelles prévisions hier d’un temps plutôt frais et humide sur une partie du Midwest. Le prix du maïs s’est affaissé de plus de 10 % à Chicago en une semaine. La poursuite de la récolte en Argentine avec des rendements qui demeurent supérieurs aux anticipations a aussi contribué à la baisse. La Bourse de Buenos Aires maintient ainsi son estimation à 48 millions de tonnes (contre 46 millions de tonnes il y a deux semaines).

C’est pendant la journée de jeudi que la baisse a été le plus marquée, les meilleures perspectives climatiques poussant les ventes de même que la remontée du dollar après que la Fed a laissé entendre qu’elle pourrait remonter ses taux d’intérêt à moyen terme.

Un autre facteur a pesé sur les prix du maïs US cette semaine ; c’est le fait que l’administration Biden serait en train de considérer certaines mesures pour alléger les contraintes qui pèsent sur les raffineurs. Ces derniers font face à des prix élevés du maïs et de l’éthanol, et il en est de même des certificats que ces raffineurs doivent acheter et présenter à l’administration (RINs) dans le cas où ils ne parviennent pas à respecter leur obligation d’incorporation de biocarburants. Ces discussions ont touché le prix de l’huile de soja (via le biodiesel) mais suscitent aussi une inquiétude pour les utilisations de maïs par l’industrie de l’éthanol.

Ailleurs dans le monde, en Europe et en Ukraine particulièrement, les pluies importantes des derniers jours ont été positives pour le développement du maïs. L’ensemble de ces facteurs a donc entraîné le prix du maïs vers le bas sur le marché mondial.

Une situation mondiale du maïs qui reste très fragile

Néanmoins, après ce plongeon d’hier, les prix retrouvaient de la vigueur à Chicago ce vendredi après que la chute des jours derniers a déclenché des achats importants. Par ailleurs, même si la situation climatique s’est améliorée, les météorologues pointaient hier soir le fait que des régions importantes des USA restent en fort déficit hydrique pour le moment dans l’Iowa, le Minnesota et aussi les deux Dakotas (celui du Nord et celui du Sud). À cause de cette situation, et malgré les pluies récentes, les rendements du maïs sont en danger dans ces régions et cela vient remettre en cause la prévision optimiste de l’USDA concernant le rendement national à 11,3 tonnes par hectare. Par ailleurs, les prévisions météo d’aujourd’hui sont un moins bonnes qu’hier pour les jours à venir sur la Corn-belt.

Poussés par le contexte mondial orienté à la baisse cette semaine, les prix français ont aussi lâché du lest mais la baisse a été beaucoup plus marquée sur la façade atlantique (–16 €/t, à 259 €/t Fob Bordeaux en base juillet pour la récolte de 2021) que dans le Nord-Est (–3 €/t Fob Rhin, à 270 €/t). Les prix des maïs français perdent ainsi 26 $/t sur la façade atlantique, à 320 $/t, évoluant de concert avec les prix du maïs Fob Gulf (–25 $/t, à 285 $/t Fob) mais chutant plus nettement que les maïs ukrainiens (–11 $/t seulement, à 285 $/t Fob Odessa). Comme à Chicago, les cotations du maïs sur Euronext pour les périodes d’août à janvier repartaient toutefois en hausse cette après-midi.

Le blé poursuit son affaissement

Les prix du blé sur le marché mondial ont été influencés par ceux du maïs cette semaine mais leur affaissement est resté beaucoup plus modéré. Les prix des blés US ont perdu entre 4 et 8 $/t Fob Gulf ; les prix des blés russes à 12,5 % de protéines ont abandonné 5 $/t en nouvelle récolte, à 254 $/t Fob, et ceux des blés fourragers ukrainiens ont perdu plus de 10 $/t, à 245 $/t Fob.

La chute plus marquée des prix ukrainiens de basse qualité meunière ou fourragère est à mettre sur le compte des forts apports hydriques des dernières semaines dans cette région du globe : que ce soit en Roumanie et en Bulgarie ou en Ukraine et même dans le sud de la Russie, les excès de pluie — à un moment où les récoltes sont proches de débuter — inquiètent les opérateurs et pèsent déjà sur les prix fourragers. Il est probable que la part des blés de bonne qualité meunière soit affectée dans le sud-est de l’Union européenne (UE).

Dans ce contexte, les blés français, qui étaient peu compétitifs, ont dû suivre et abandonner environ 8 €/t, à 203,75 €/t rendu Rouen, et 205,75 €/t rendu La Pallice (récolte de 2021) ; cette baisse en euro, combinée à une chute de l’euro face au dollar dans la perspective d’une remontée des taux d’intérêt aux USA, a renforcé la chute des prix français sur le marché mondial (–15 $/t, à 250 $/t Fob Rouen).

Les bonnes conditions des blés de l’ouest de l’UE et l’annulation par l’Égypte d’un appel d’offres qu’elle avait lancé au début de la semaine ont probablement aussi contribué à la baisse ; il y avait deux offres de blé français dans le panier des propositions faites par les opérateurs à l’Égypte mais ces blés étaient beaucoup plus chers (plus de 265 $/t Fob) que ceux des offres russes ou roumaines les moins chères (entre 250 et 255 $/t Fob). Après l’annulation de cet appel d’offres, l’Égypte a déclaré autoriser dorénavant les exportateurs à lui faire aussi des offres pour les coûts de transport en espérant obtenir ainsi de meilleurs taux que ceux qu’elle paie actuellement.

L’activité sur le marché mondial du blé reste soutenue malgré tout avec deux appels d’offres en cours de la Turquie (pour 395 000 tonnes) et l’Iran (60 000 tonnes). Ces deux pays sont touchés cette année par une grave sécheresse et leurs besoins d’importation seront élevés.

Poursuite de la baisse en orge aussi

Les prix de l’orge ont chuté dans les mêmes proportions que ceux du blé sur le marché français : rendu Rouen, ils ont baissé de 8 €/t, soit –15 $/t Fob Rouen, la baisse en euros étant exacerbée par la chute de l’euro face au dollar. Sur le marché mondial, la plupart des origines ont vu ses prix s’affaiblir (–5 $/t Fob Ukraine et Australie par exemple). Très dépendante de sa compétition avec le maïs et le blé, l’orge fourragère est obligée de suivre. Les inquiétudes concernant la situation des élevages chinois restent de mise avec des prix de la viande qui continuent de s’affaisser en Chine. Il est cependant beaucoup trop tôt pour tabler sur une baisse des besoins chinois. Nous prévoyons ces derniers proches de ceux de 2020-2021, ce qui est déjà une hypothèse très modérée après l’explosion observée lors de la campagne passée.

Les prix brassicoles ont suivi les prix fourragers, perdant 5 €/t pour les orges d’hiver (à 215 €/t Fob Creil) et 8,5 €/t pour les orges de printemps (à 220 €/t).

Le soja s’effondre

Les cours à Chicago ont essuyé une chute spectaculaire cette semaine : la cotation de juillet 2021 du soja a perdu presque 80 $/t entre le 10 et le 17 juin 2021 et le cours de novembre 2021, un peu plus de 75 $/t. Le premier élément d’explication concerne directement l’offre à venir : le retour des pluies sur les plaines du Midwest ces derniers jours et des prévisions météorologiques favorables sont rassurantes pour la prochaine moisson. Le second élément concerne un événement macroéconomique qui a directement affecté l’ensemble des marchés des matières premières. Mercredi, la réserve Fédérale des États-Unis a annoncé vouloir avancer son calendrier de hausse des taux directeurs, dans le but de lutter contre l’inflation. Cette annonce a provoqué des ventes massives d’actions mais aussi une accélération des débouclages de positions longues sur les contrats à termes des matières premières.

Par ailleurs, l’administration Biden a fait savoir que la réglementation sur l’incorporation de biocarburants pourrait être assouplie en 2021 et 2022 pour tenir compte de la hausse des coûts des matières premières, ayant entraîné une flambée des prix de l’éthanol et du biodiesel.

Concrètement, les obligations d’incorporation pourraient être levées pour les raffineries les plus en difficulté en 2021. Par ailleurs, l’obligation d’incorporation en 2022 pourrait être plus faible qu’attendu (elle n’a pour le moment pas été publiée par les instances gouvernementales). Sur les prochains mois, la demande en huile de soja des estérificateurs pourrait donc ralentir. Par ailleurs, les acheteurs indiens sont peu actifs à l’achat en huiles depuis le début du mois, ce qui pèse également sur les prix. Tous ces éléments ont entraîné une chute du prix de l’huile de soja sur la semaine (–20 %), ce qui a également affecté le prix de la fève par ricochet. Le soja a donc vu son prix chuter alors même que l’état général des cultures aux USA s’était sévèrement dégradé dans le rapport de l’USDA publié lundi soir en raison du temps sec durant la semaine du 7 au 13 juin.

Le tourteau français résiste

Alors que la graine s’effondre, le prix du tourteau à Montoir a progressé cette semaine (+9 €/t). Il bénéficie en effet d’une forte demande des fabricants d’aliments, en raison de l’attractivité élevée de cette matière, et du manque de disponibilités actuel en tourteau de colza et de tournesol. Le prix du tourteau en France a par ailleurs été soutenu par la hausse de la parité euro/dollar.

Le prix du pois fourrager départ Marne de la récolte 2021 a au contraire reculé sur la semaine. Les bonnes conditions climatiques en France à l’approche des nouvelles moissons, ainsi que la baisse du prix du blé fourrager ont pesé sur le prix du protéagineux.

Forte baisse des prix des colzas et des canolas

Les bonnes conditions de développement du colza en Europe ont participé à la baisse des prix en France. Le retour des pluies au Canada, et les très bonnes conditions de germination en Australie pour les canolas ont aussi apporté de la pression sur les cours. Par ailleurs, la baisse pour le soja et l’huile de soja s’est reportée sur les contrats physiques et à terme du colza et de l’huile de colza dans l’UE. Ainsi, le colza rendu Rouen perd 54 €/t cette semaine, l’essentiel de la baisse ayant été enregistré le jeudi 17 juin à la suite des déclarations de la réserve fédérale américaine. Les cours rebondissaient toutefois dès aujourd’hui (+7 €/t à 15h00 sur Euronext pour le contrat d’août 21), les triturateurs profitant de cet effondrement des cours pour boucler une partie de leur approvisionnement pour les mois à venir.

Fort recul également en tournesol

Cette semaine, le prix de l’huile de tournesol a également fortement réagi aux annonces de la Fed et aux bonnes conditions météorologiques dans la plupart des pays de l’UE et de la mer Noire. Le prix de la graine de tournesol a rapidement suivi. Le tournesol à Saint-Nazaire a ainsi reculé de 45 €/t sur la semaine, que ce soit en qualité oléique ou en qualité standard. En mer Noire, les prix ont moins fortement reculé en raison d’une bonne demande des triturateurs sur les premiers mois de la campagne de 2021-2022. Mais ils sont tout de même en nette baisse (–24,5 $/t, à 527,5 $/t Fob) à la suite des cours des autres origines.

Les semis sont terminés dans toute la zone mer Noire, où ils se sont déroulés globalement dans de bonnes conditions.

Tallage

À suivre : conditions météo en Europe et dans la zone de la mer Noire, en Amérique du Nord et en Australie (oléagineux), situation sanitaire et son impact sur la demande (huiles), ainsi que sur la production d’huile de palme (Malaisie), prix du pétrole, obligations d’incorporation en biocarburants (USA).