Les tensions en mer Noire ont de nouveau tenu le devant de la scène cette semaine même si l’inquiétude diminuait un peu ces derniers jours. Les prix des céréales à paille n’augmentent que modérément en France mais le prix du maïs monte plus nettement étant donné l’importance de l’Ukraine dans l’approvisionnement européen. Les quantités perdues de soja en Amérique du Sud, le prix du pétrole et les réglementations imposées par l’Indonésie à ses exportateurs d’huile de palme continuent de soutenir les graines oléagineuses.

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Hausse modérée des prix du blé

La tension entre la Russie d’une part et l’Ukraine-Otan d’autre part, avec la crainte de perturbations concernant les échanges au cas où un conflit armé éclaterait, est le premier facteur qui a marqué la semaine. Ces craintes ont fait grimper Chicago ainsi que le Matif où la séance a clôturé au-dessus de 280 €/t le 26 janvier 2022. Ensuite, avec l’approche moins alarmiste des Européens et la perspective de la poursuite des discussions entre Moscou et les USA, l’inquiétude a baissé d’un cran sur les marchés céréaliers mais tous les opérateurs demeurent en état de vigilance.

Le second facteur important cette semaine vient de la Fed (la réserve fédérale américaine) qui a confirmé le resserrement de sa politique monétaire ; selon Les Échos, « l’espoir de voir la banque centrale se jeter à la rescousse des actifs risqués, a été rapidement balayé mercredi par Jérôme Powell durant sa conférence de presse ». Le moindre soutien de la Fed apparaît « comme une petite révolution » et a eu pour conséquence directe une nette hausse du dollar par rapport aux autres monnaies, dont l’euro à la fin de la semaine. Cette hausse du dollar a fait chuter les prix en dollar à Chicago et cela a pesé aussi sur les prix des blés européens à la fin de la semaine, malgré la remontée de l’euro.

Des besoins mondiaux de blé élevés mais l’offre est ample

Un autre facteur a animé le marché : après une période de calme depuis la fin de l’année, l’Iran est revenu aux achats et poursuit son programme d’acheminement de tonnages très importants de blé pour pallier son manque domestique à la suite de la sécheresse de l’été dernier. Nous avons revu en hausse de 0,8 million de tonnes son besoin d’importation à plus de 7 millions de tonnes et certains opérateurs parlent même d’un besoin à 8 millions de tonnes. Un bateau russe de presque 100 000 tonnes vient de quitter Novorossiysk pour l’Iran cette semaine !

L’ensemble de l’Asie est d’ailleurs en train d’acheter plus que prévu sur le marché mondial, profitant des prix bas des blés australiens (Philippines) ou indiens (Corée). Les échanges mondiaux sont donc revus à la hausse même si l’Europe, pour ce qui la concerne, souffre d’une forte compétition de la mer Noire et de l’Amérique du Sud (Argentine et Brésil) à destination de l’Afrique du Nord mais aussi de l’Arabie.

Du côté de l’Algérie, il est important de noter cette semaine une amélioration des relations politiques entre les deux pays ; cela s’est concrétisé par le fait que les offres françaises ont bien été « regardées » par l’Algérie cette semaine lors d’un appel d’offres pour livraison dans deux ports ne pouvant accueillir que des petits bateaux. Malgré tout, l’origine française n’a pas été retenue lors de l’achat final de 70 000 tonnes car trop proche en termes de prix des blés de la mer Noire, alors que ces derniers sont de meilleure qualité cette année.

Le marché du blé a donc été mené par des éléments haussiers (tension en mer Noire, échanges mondiaux soutenus mais aussi sécheresse en Afrique du Nord et sur les plaines de blé d’hiver aux USA) mais ces derniers ont été gommés par l’ampleur de l’offre mondiale en Australie, Amérique du Sud et Inde. Dans ce contexte, l’échéance de mars 2022 du Matif gagne quand même 6 €/t au milieu d’après-midi par rapport à vendredi dernier mais les prix n’ont augmenté que de 1 €/t à Rouen (à 276 €/t en base juillet).

Orges les tensions russo-ukrainiennes dirigent les évolutions des prix

Comme celui du blé, le marché de l’orge a connu cette semaine une forte variabilité, liée aux menaces d’un conflit potentiel entre la Russie et l’Ukraine, deux des principaux exportateurs d’orge sur le marché mondial. Les prix ont ainsi grimpé au milieu de la semaine, gagnant 8 €/t entre la semaine dernière et ce lundi, puis 10 €/t entre lundi et mardi, pour culminer à 271 €/t rendu Rouen (base juillet). Cela reflétait les inquiétudes du marché face à d’éventuels problèmes logistiques en direction des ports de la mer Noire, mais surtout face à une hausse supplémentaire des prix de l’énergie, notamment de celui du gaz russe acheminé vers l’Europe via l’Ukraine, et donc de ceux des engrais, déjà élevés.

Cet emballement a cédé la place à un repli des cours au milieu de la semaine, sur fond de prises de profits des investisseurs sur les marchés à terme, pour finalement aboutir à une hausse du prix rendu Rouen de l’orge fourragère de seulement 2,5 €/t à 256 €/t. L’Iran a alors profité de l’accalmie pour acheter 60 000 tonnes d’orge fourragère cette semaine, l’origine étant probablement allemande, moins chère que les orges françaises (de 5 $/t) au début de la semaine.

Depuis, en prix Fob, grâce à la baisse de l’euro face au dollar, le prix de l’orge française a perdu 80 centimes à 297 $/t Fob Rouen. Le rapport de compétitivité entre les orges françaises et allemandes d’une part, ukrainiennes d’autre part, s’inverse donc, au profit de l’origine européenne. Les prix français restent cependant supérieurs aux prix russes (+4,20 $/t) et aux prix australiens, les plus compétitifs (+36 $/t). En revanche, les prix de l’orge brassicole d’hiver et d’été ont connu une nette baisse cette semaine (−17 €/t pour l’orge brassicole d’hiver Fob Creil à 330 €/t et −10 €/t pour l’orge brassicole de printemps à 357 €/t). En effet, l’intérêt acheteur est peu présent, malgré un départ exceptionnel d’orge de brasserie française vers le Canada, où la récolte de 2021 avait été catastrophique et où l’orge locale ne parvient pas à satisfaire la demande brassicole.

Les prix du maïs en franche hausse

Le maïs a poursuivi sa hausse cette semaine, et contrairement à la semaine dernière, son appréciation a été plus forte que celle du blé et de l’orge. Les prix ont ainsi gagné 9 €/t Fob Rhin à 262 €/t et 15 €/t Fob Bordeaux à 258 €/t. La nette baisse de l’euro face au dollar a contribué à cette montée, mais les prix français ont été tirés aussi par deux éléments de la situation internationale. Tout d’abord, malgré le retour des pluies en Amérique du Sud, des dégâts semblent irrémédiables dans plusieurs régions, en Argentine notamment. La récolte ne sera pas catastrophique mais amputée par le manque de précipitations des mois précédents. Cette situation maintient actuellement un plancher pour les prix du maïs. Par ailleurs, la réaction a été plus tardive que celles des céréales à paille, mais les maïs US, argentins et européens sont en train de réagir aussi aux risques induits par la tension en mer Noire. Comme mentionné la semaine dernière, l’Ukraine assure 20 % des échanges mondiaux de maïs et représente une zone d’approvisionnement vitale pour l’UE. Pour l’instant, les prix ne bougent pas beaucoup en Ukraine (+2 $/t en une semaine) mais ils ont gagné entre 6 $/t aux USA et 14 $/t en Argentine.

Le maïs est aussi soutenu par les prix du soja et l’impact négatif sur cette culture aussi de la situation climatique en Amérique du Sud.

Légère baisse des prix du colza en France

Au début de la semaine, les prix du colza en France avaient fortement diminué sous l’influence du pétrole et du soja. En effet, la hausse des stocks de pétrole aux États-Unis, combinée au léger apaisement du marché du soja avec l’arrivée des pluies en Amérique du Sud, avaient fait pression sur les cours du colza en France. Au 24 janvier, ces derniers avaient ainsi diminué à 682,5 €/t rendu Rouen et 680 €/t en Fob Moselle.

Néanmoins, les tensions diplomatiques avec la Russie ont ensuite tiré les prix à la hausse. En effet, si la situation ne parvient pas à s’apaiser, les livraisons russes d’énergie à l’Europe pourraient être contrariées et les exportations ukrainiennes de graines et d’huiles perturbées. De plus, l’annonce du gouvernement indonésien d’une obligation pour les exportateurs de vendre un volume égal à 20 % de leurs exportations prévues vers le marché intérieur a de nouveau fait grimper les prix de l’huile de palme et cela a constitué un facteur haussier pour l’ensemble du complexe oléagineux.

Finalement, malgré la forte baisse au début de la semaine des prix du colza en France, ces derniers ne finissent qu’en légère baisse seulement de 10,5 €/t depuis la semaine dernière. Les cours du colza rendu Rouen atteignent ainsi 709 €/t et ceux en Fob Moselle 706 €/t. La remontée des prix du colza à la fin de la semaine est tout de même tempérée par la forte baisse des prix de l’huile de colza. En effet, depuis la semaine dernière, l’huile de colza Fob Rotterdam a perdu plus de 160 $/t. Les prix trop élevés de ces dernières semaines ont fortement limité sa demande, par rapport aux autres huiles beaucoup plus attractives.

Les prix du soja se maintiennent élevés

Après un apaisement au début de la semaine, les cours du soja progressent, toujours alimentés par les craintes qui pèsent sur la récolte sud-américaine. À Chicago, la tonne de soja progresse de 7 $/t sur le rapproché et sur l’échéance juillet (531 $/t et 534$/t). Le Fob brésilien, quant à lui, progresse plus fortement, de 21 $/t sur le rapproché et sur juillet (571 et 577 $/t).

En effet, les récoltes sud-américaines ne sont pas sécurisées même si, après la sécheresse de décembre et du début de janvier, les régions du sud du bassin de production reçoivent de façon assez hétérogène des précipitations, permettant une amélioration générale. Dans ses bulletins hebdomadaires, la Bolsa de Cereales faisait part le 27 janvier d’une nette amélioration des cultures argentines : les cultures en état jugé bon à excellent progressaient de 8 % en une semaine, pour atteindre 38 % de l’assolement (contre 15 % l’année dernière à la même date), tandis que celles jugées en mauvais état étaient estimées à 19 % après avoir atteint 27 % le 13 janvier, mais contre 14 % l’année dernière.

Malgré cette amélioration nationale, certaines régions centrales ont reçu de l’eau en quantité trop importante sur les derniers jours, générant des inondations par endroits et détruisant des parcelles en cuvette. Tandis que les semis sont désormais terminés en Argentine et que 20 % des champs voient leurs gousses se remplir, les semis se poursuivent au Mato Grosso (Brésil), où 15 % de la surface est récoltée. Alors que jusqu’à présent les craintes étaient concentrées sur la sécheresse dans les régions productrices du Paraná et du Rio Grande do Sul — où la situation s’est quelque peu stabilisée depuis la mi-janvier — il s’avère que l’excès hydrique au Mato Grosso est problématique par endroits. Après les tensions sur l’approvisionnement de glyphosate en précampagne, les agriculteurs manquaient récemment du dessiccant Diquat, commercialisé par Syngenta et produit en Chine, particulièrement désiré en cette période de récolte humide. Néanmoins, les cadences de récolte sont restées jusqu’à présent nettement supérieures à celle de la campagne précédente, proche des cadences observées habituellement.

Hausse des prix du tourteau de soja à Chicago, baisse en France

Sur le marché de Chicago le tourteau de soja US a marqué une hausse de 8,5 $/t sur la semaine à 450 $/t dans le sillage des produits sud-américains. La hausse des prix des tourteaux du soja US ne s’est pas répercutée sur les cotations du tourteau à Montoir. Ce dernier a entamé une correction à la baisse (−9 €/t à 492 €/t) après la forte remontée enregistrée les deux dernières semaines. Il a surtout diminué en raison du manque de demande de la part des fabricants d’aliments.

Le prix du pois départ Marne est en hausse de 5 €/t sur la semaine à 340 €/t. Il a été notamment soutenu par la hausse des prix des céréales fourragères.

Le tournesol monte

Avec l’amélioration des conditions climatiques dans les ports de la mer Noire, les prix du tournesol en mer Noire se sont maintenus cette semaine après la hausse de la semaine dernière. En France, les tournesols oléiques se sont nettement appréciés (+15 €/t à 625 €/t) et les tournesols standards ont monté aussi mais plus modérément (+5 €/t à 595 €/t) à Saint-Nazaire. Le tournesol suit donc l’ensemble des oléagineux qui repartaient à la hausse au cours de la seconde moitié de la semaine, poussés par une situation restant inquiétante en Amérique du Sud à cause du climat et en mer Noire à cause des tensions politiques. La forte montée de l’huile de palme en Asie, à la suite des déclarations indonésiennes, apparaît aussi comme un élément de soutien pour le tournesol.

Tallage

À suivre : tensions politiques dans la zone de la mer Noire, attitude de l’Algérie envers les céréales françaises, climat en Afrique du Nord, Amérique du Sud, prix du pétrole et situation du gaz, conditions des cultures en Europe et mer Noire (colza et céréales d’hiver).

Votre analyse quotidienne du marché - Céréales

Le blé en léger repli sur Euronext

Les marchés restent volatils, avec les incertitudes liées à la situation géopolitique sur le bassin de la mer Noire et les conditions climatiques.
Votre analyse quotidienne du marché - Oléagineux

Le colza progresse sur Euronext

Les cours sont en hausse à l’ouverture d’Euronext ce vendredi 20 mai 2022, après avoir clôturé la veille à la baisse, faisant suite à la levée de l’embargo Indonésien sur les exportations d’huile de palme.