Stabilisation cette semaine pour le blé et le maïs alors que l’orge reprend de la vigueur. Le colza pâtit de la faible activité de trituration.

Statut quo en blé

Peu de changement pour les prix du blé français cette semaine : ils restent stables à Rouen à 188 €/t en ancienne campagne et 182 €/t en nouvelle (base juillet). Sur Euronext, l’échéance mai n’est plus cotée ; celle de septembre perd 1,5 €/t en une semaine à 186,75 €/t en milieu d’après-midi ce vendredi 15 mai 2020.

Même constat pour les prix mer Noire qui s’affaissent très légèrement sur la semaine (-1 $/t à 227 $/t Fob pour les blés à 12,5 % de protéine sur mai, -1 $/t à 196 $/t Fob pour la même qualité en nouvelle récolte.

La période actuelle constitue une sorte de répit après les inquiétudes climatiques d’avril (sec en Europe et mer Noire). Les péripéties liées aux quotas ont limité les exportations russes face à des achats stratégiques de la part de plusieurs pays inquiets des conséquences de la crise sanitaire.

Ces quotas devraient finalement — tant bien que mal — permettre aux exportateurs russes d’exporter les quantités prévues même si, par leur mode d’attribution, ils sont venus créer de grosses complications pour les opérateurs.

Par ailleurs, les pluies de la semaine dernière en Europe et en Russie ont permis aux plantes de poursuivre leur développement. Le marché reprend son cours normal et focalise son attention vers l’arrivée d’une récolte qui va grossir en Russie même si elle n’est plus aussi élevée que prévu il y a deux mois. Les semis de printemps s’y déroulent correctement pour l’instant.

Les prix français tirés par les prix russes en nouvelle récolte

Que ce soit en mer Noire ou en Europe, les prix de la nouvelle récolte sont inférieurs à ceux de l’ancienne.

Les blés français valent moins chers que les blés russes en ancienne campagne (220 $/t Fob Rouen contre 225 $/t Fob Russie) mais c’est l’inverse en nouvelle récolte (203 $/t Fob Rouen contre 196 $/t Fob Russie). Sans dégradation climatique, les prix français devraient rester comprimés par les prix russes avant une remontée probable plus tard dans la campagne.

En effet la situation des blés européens s’annonce serrée, en raison d’une récolte qui va chuter fortement. Or, face à cette baisse de l’offre, la demande devrait rester importante de la part des pays importateurs.

Le Maroc vient de confirmer cette semaine la suspension de ses taxes à l’importation jusqu’à la fin de l’année. L’Algérie, de son côté, a acheté environ 500 000 tonnes de blé pour chargement sur juillet-août (ou juin si l’origine retenue est l’Argentine). Il est très probable qu’une large part de cet achat sera servie par des blés français. La Tunisie, elle, vient d’acheter 67 000 tonnes de blé tendre pour chargement juin-juillet. La Jordanie a lancé un appel d’offres pour 120 00 tonnes pour chargement sur octobre-novembre et la Syrie un appel d’offres pour 200 000 tonnes de blé russe.

Les estimations mensuelles de l’USDA publiées ce mai 2020 ont été perçues comme baissières par le marché car elles affichent une hausse des stocks mondiaux prévus à la fin de 2020-2021. C’est pour cette raison que les prix des blés US ont abandonné entre 6 et 11 $/t selon les qualités.

En France, FranceAgriMer a relevé son estimation des stocks pour la fin juin 2020 à cause de la perte d’attractivité du blé au profit des autres céréales sur la fin de la campagne et des exportations plus faibles que prévu vers les autres pays de l’UE. En effet, l’affaissement de la demande (meunière, éthanolière et animale) en cette fin de campagne vient réduire les flux d’exports intra-européens attendus.

L’orge boostée par les menaces de la Chine envers l’Australie

L’orge fourragère française a repris des couleurs cette semaine et la Chine n’y est pas pour rien. Il est rop tôt encore pour affirmer que de nouveaux achats ont été bouclés, mais les prix réagissent probablement à la volonté annoncée en début de semaine par la Chine de taxer à 80 % les orges australiennes.

Cette menace constitue une riposte à la demande du gouvernement australien qu’une enquête soit lancée sur les conditions d’apparition du Covid-19. Si cette menace de taxes était mise à exécution dans ces proportions, alors les orges australiennes deviendraient complètement hors-jeu, l’Australie étant pourtant un des principaux fournisseurs de la Chine en orge.

Dans l’attente de la décision chinoise à ce sujet, les prix australiens de l’orge se sont effondrés de 25 $/t cette semaine et cela a profité aux prix européens. Peu d’impact en revanche sur les prix de la mer Noire. Reste à voir ce que la Chine décidera finalement : elle était de toute façon en froid diplomatique avec l’Australie et avait lancé il y a 18 mois une enquête anti-dumping sur les orges australiennes. Cette enquête en cours avait fait baisser les exportations australiennes vers la Chine mais ne les avait pas arrêtées complètement. Cette fois, si la taxe de 80 % rentrait en vigueur, l’impact serait sans doute nettement plus marqué.

Sur un autre front, la Chine a également annoncé qu’elle ajoutait l’orge dans la liste des produits pouvant être importés des USA dans le cadre de l’engagement commercial qu’elle a pris il y a quelques mois avec ce pays. Cela a contribué aussi à la chute des prix australiens ; la Chine n’achète pas d’habitude d’orge aux USA dont le disponible exportable n’est pas très élevé. Il ne nous apparaît donc guère probable qu’elle se mette brutalement à en acheter beaucoup et que cela concurrence les orges européennes.

Dans un second temps toutefois, une éventuelle recrudescence de ventes européennes à la Chine pourrait être compensée par une perte de marché des orges européennes vers d’autres destinations où l’Australie essaiera de vendre ses orges en remplacement du débouché perdu vers la Chine. Pour l’instant, c’est le facteur « demande additionnelle » qui l’emporte et qui fait gagner 5 €/t aux prix rendu Rouen (base juillet) que ce soit en ancienne (à 152 €/t) ou nouvelle récolte (163 €/t).

Les prix mondiaux du maïs remontent cette semaine

Les prix du maïs sur le marché mondial ont repris un peu de vigueur cette semaine. Cela apparaît paradoxal alors que les USA s’apprêtent à voir leurs stocks à la fin de la prochaine campagne au plus haut depuis 30 ans. C’est ce que l’on prévoyait depuis plusieurs mois déjà et que l’USDA vient de confirmer dans sa première publication concernant la campagne 2020-2021.

Toutefois, comme ces stocks sont prévus tout de même un peu moins hauts par l’USDA que ce qui était prévu par la moyenne des analystes, la réaction du marché à la publication mensuelle de l’USDA était haussière !

Par ailleurs, alors que beaucoup d’opérateurs anticipaient l’inverse, l’USDA n’a pas augmenté sa prévision des stocks de la fin de campagne en cours à cause d’une consommation animale plus importante que prévu et qui compense en partie les déboires du secteur de l’éthanol. Ces deux éléments ont donc légèrement soutenu le prix du maïs US et les maïs ukrainiens ont suivi.

Pas de grande conséquence néanmoins pour les maïs français dont les prix restent stables sur la façade atlantique (161,25 €/t Fob Bordeaux en base juillet) et remontent légèrement dans l’Est à 162 €/t Fob Rhin (base juillet, +2 €/t).

Les prix européens sont en partie isolés des fluctuations actuelles du marché mondial par le droit d’importation qui s’applique aux arrivages des pays tiers. La hausse des prix Fob Rhin peut être expliquée par le renouveau des inquiétudes concernant le manque d’humidité en Allemagne et en Pologne.

À noter aussi cette semaine un élément de soutien : FranceAgriMer a réduit sa prévision du stock de maïs français attendu à la fin juin à 2,2 au lieu de 2,4 millions de tonnes précédemment.

Baisse des cours du soja à Chicago

Avec la bonne progression des semis de soja US réalisés à 38 % (au 10 mai) contre 23 % l’an dernier, associée à la forte hausse attendue des surfaces prévues en 2020, les cours du soja terminent la semaine sur une note baissière.

Nous estimons que les surfaces de soja US pourraient progresser de 9 % environ par rapport à 2019, année marquée par des retards historiques dans les semis, freinés par des précipitations incessantes. Si les conditions continuent d’être aussi bonnes, la progression des surfaces pourrait même être plus marquée.

Néanmoins, plusieurs facteurs sont venus modérer la baisse des prix : la récente publication par le ministère de l’agriculture US de stocks de soja mondiaux en recul sur la nouvelle campagne, n’a pas réussi à véritablement modifier la tendance de marché. En effet les stocks mondiaux de soja restent prévus à un niveau très élevé, que ce soit en fin de campagne 2019-2020 ou 2020-2021. Cela a limité le mouvement de baisse sur les cours de la fève de soja.

Le retour des Chinois aux achats pour le soja US a également freiné ce recul des prix. En effet, cette semaine la Chine a acheté 664 000 tonnes de soja US sur la campagne 2019-2020 et de 66 000 tonnes sur 20202021. En tout, les opérateurs chinois auraient acheté 2 millions de tonnes de marchandises US depuis un mois. Le cours du soja clôture ainsi la semaine en baisse de seulement 2,5 $/t. À 308 $/t, le cours du soja reste historiquement bas.

Du côté du continent sud-américain, la récolte de soja en Argentine touche à sa fin avec 87 % des surfaces récoltées. Selon la bourse de Buenos Aires, la production argentine de soja devrait s’établir à 49,5 Mt.

Les cours du tourteau de soja sont stables

Portés par un petit regain d’intérêt des acheteurs chinois pour la fève US, preuve du dynamisme de la production et de la demande en tourteau dans l’Empire du milieu, les cours du tourteau de soja ont résisté à la baisse du soja et sont inchangés à 318 $/t à Chicago.

À Montoir, le tourteau français recule légèrement de 1 €/t à 340 €/t sur la semaine. Le tourteau de soja est actuellement très attractif dans les rations animales. À court terme, la diminution de l’offre en tourteaux de colza devrait entraîner des transferts de demande vers le tourteau de soja chez les fabricants d’aliments. La baisse de production de tourteau de colza est liée à l’épuisement des disponibilités en colza et à l’effondrement des marges de trituration du colza.

Le prix du pois fourrager départ Marne a baissé de 4 €/t cette semaine et s’affiche à 220 €/t. Malgré ce recul des prix, le pois n’est toujours pas attractif dans les rations animales. Les prix restent soutenus par les stocks relativement bas chez les collecteurs français (-11 % au 1er mars 2020 par rapport à la même date en 2019). S’ajoute à cela une très bonne dynamique des exportations françaises vers l’UE, ainsi que vers les pays tiers.

Le colza en baisse malgré la hausse de son homologue canadien

Au Canada, un temps un peu humide tout début mai a légèrement perturbé les travaux des champs. En réaction, les cours du canola ont grimpé de 4 à 5 $/t (à 336 $/t) sur le marché de Winnipeg que ce soit sur l’ancienne ou la nouvelle campagne. Toutefois la situation reste pour l’instant normale, avec 18 % des semis réalisés au Saskatchewan contre 16 % pour la moyenne 2010-2019. Si le temps reste humide, des retards pourraient cependant s’accumuler sur les prochaines semaines. Cela reste à suivre de près.

En dépit de la hausse de son homologue et des huiles, le cours du colza français recule de 4 €/t à 370 €/t sur le marché d’Euronext depuis la semaine dernière. La demande de la trituration est en effet très faible, vu la dégradation des marges sur les dernières semaines. Le prix du colza diminue d’environ 2,5 €/t rendu Rouen (à 366 €/t), alors qu’en Fob Moselle il progresse de 1 €/t (à 367 €/t) sous l’effet du temps anormalement sec des derniers jours dans le nord de l’Allemagne, au Danemark et au Royaume-Uni. Ainsi, le prix du colza n’a pas profité de la reprise des cours du pétrole et des huiles, constatée cette semaine.

Sur le marché de New York, les cours de l’or noir se sont redressés de 15 % sur la semaine repassant à presque 28 $ le baril. Les prix du pétrole ont été soutenus par une forte baisse hebdomadaire des stocks de brut aux États-Unis, ainsi que par la reprise de la mobilité dans de nombreux pays qui commencent à assouplir les mesures de confinement.

Les cours de l’huile de palme sont aussi remontés à Kuala Lumpur (Malaisie). Ils ont bénéficié du regain du cours du pétrole et d’un rétablissement de la demande à l’export sur les 15 premiers jours de mai (+7,1 %), comparé à la même période en avril. Selon le rapport du Malaysian Palm Oil Board, les stocks d’huile de palme en Malaisie à la fin avril ont augmenté de 18 % par rapport à mars, en raison d’une faible demande mondiale, que ce soit alimentaire ou industrielle (biodiesel). Ils restent toutefois en recul par rapport à l’an dernier (-25 %) en raison de la baisse de production depuis le début de campagne.

Le tournesol suit la baisse du colza

Le tournesol n’a pas résisté cette semaine à la pression baissière du colza. Le prix du tournesol rendu Saint-Nazaire cède 5 €/t à 335 €/t.

À l’inverse, en mer Noire, les cours ont rebondi de 5 $/t à 400 $/t, tirés par la hausse des prix du tourteau et de l’huile de tournesol face à une demande soutenue à l’export. Les travaux de semis en Ukraine sont terminés. Les pluies, de retour cette semaine en Ukraine et en Russie (à l’exception des régions du sud) devraient être favorables à l’émergence des jeunes plants.

Tallage

À suivre : conditions climatiques en Europe et mer Noire (toutes cultures), décision de la Chine en ce qui concerne les orges australiennes, déroulement des semis de maïs, achats de soja US par la Chine, mesures de rétorsion éventuelles des USA envers la Chine, prix du baril de pétrole, mesures de confinement/déconfinement à l’échelle mondiale, semis en Amérique du Nord (maïs, soja et canola)

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