C’est un mouvement général de hausse qui caractérise les prix français cette semaine, que ce soit pour les céréales à paille ou les oléagineux. Les prix du blé français repartent, tirés par la montée des cours russes (247 $/t Fob) et par la tension qui devient de plus en plus perceptible au départ de ce pays. Les prix gagnent 6 €/t rendu Rouen, à 201 €/t en base juillet, et 4 €/t Fob Moselle, à 194,5 €/t. Les blés américains ont eux aussi suivi le mouvement : +7 $/t pour les blés de bonne qualité meunière HRW, à 241 $/t Fob Gulf.

Rumeurs en Russie

En Russie, beaucoup de rumeurs circulent concernant la volonté du gouvernement de poser des limites aux exportations mais rien n’a été concrètement décidé. Néanmoins, le marché « fait son travail » et la raréfaction de l’offre pousse les prix vers le haut. C’est ce qui était prévu avec un passage de relais progressif vers d’autres origines mondiales notamment les États-Unis dont l’offre reste conséquente et l’Union européenne (outre l’Australie et l’Argentine).

Toutefois, étant donné que les prix américains suivent la hausse russe pour l’instant, ces blés manquent encore d’attractivité sur le marché mondial, sur les destinations du pourtour méditerranéen notamment. Les blés américains y sont handicapés par des coûts de transport plus élevés que les blés européens ou de la mer Noire. Cela est plutôt favorable pour les blés européens.

Les blés français, quant à eux, malgré leur hausse, restent moins chers que les blés russes à 12,5 % de protéine et sont à quasi-parité avec les blés russes à 11,5 % de protéine. Comme mentionné la semaine dernière, ils doivent continuer sur cette voie (gain de compétitivité par rapport aux blés russes) et ne pourront pas se permettre de rattraper les prix russes. La hausse encore attendue pour les prix russes devrait continuer de tirer modérément les prix français.

Comme en orge, les cotations de la nouvelle campagne (récolte de 2019) sont nettement plus basses que celles de l’ancienne (–20 €/t) : sans accident climatique, il s’agit d’un facteur baissier pour les prix de la récolte de 2018 en fin de campagne.

Correction en orge fourragère

Après l’effondrement de la semaine dernière, les prix des orges fourragères reprennent de la couleur cette semaine sur le marché français et remontent ainsi de 7 €/t à Rouen, à 193,5 €/t rendu en base juillet. Même si l’Arabie tarde à ouvrir l’appel d’offres qui était attendu pour janvier, des bateaux sont en chargement actuellement à Rouen et à La Pallice pour cette destination (exécution d’achats antérieurs) et cela a relancé l’activité. Il est aussi intéressant de souligner que les très bas prix de la semaine dernière n’ont concerné que de petits volumes.

Ce décrochage des prix français la semaine dernière a toutefois poussé les prix des autres origines vers le bas : ceux de la mer Noire viennent ainsi d’abandonner 2 $/t. Dans ce contexte, plusieurs pays importateurs ont profité de la situation pour réaliser des achats, comme la Tunisie (50 000 tonnes) et l’Iran (60 000 tonnes) pour chargement de février à avril. La Jordanie a acheté aussi (60 000 tonnes), mais pour un chargement sur la seconde quinzaine de juin.

Des prix bas pour la nouvelle récolte

La correction haussière prévue s’est donc produite en France mais les perspectives ne sont pas florissantes pour autant. En effet, l’Arabie semble repousser son appel d’offres à cause des très fortes pluies qui ont ralenti les déchargements de bateaux (de blé notamment) et ont donc engorgé les ports saoudiens. Les pluies importantes indiquent que le pays va produire de l’herbe, ce qui pourrait réduire son besoin en orge.

Par ailleurs, l’achat de la Jordanie, mentionné ci-dessus, va probablement porter sur de l’orge de la nouvelle campagne à partir de la mer Noire (vu les dates de chargement). Or, cette orge a été vendue à un prix nettement plus bas que celle de l’ancienne campagne : –30 $/t. Cette différence importante entre les prix de l’ancienne et de la nouvelle campagnes risque de pousser certains acheteurs à différer leurs importations et va venir limiter la hausse des prix de la récolte de 2018, sauf accident climatique.

Très peu de changement sur le créneau brassicole, à 192,5 €/t Fob Creil pour les orges d’hiver et 203 €/t pour les orges de printemps. Les prix brassicoles restent contenus actuellement par les adaptations qualitatives qu’ont su réaliser les malteurs/brasseurs d’une part, par de bonnes perspectives de récolte de 2019 d’autre part. Néanmoins, le marché n’est pas à l’abri d’un rebondissement en raison du manque d’orge de printemps cette année dans l’Union européenne, ou en cas d’accident climatique.

Soubresaut du maïs en Ukraine

Les prix du maïs sur le marché mondial sont en légère hausse cette semaine (+1, à 2 $/t) tirés par l’Ukraine où une forte demande à l’exportation face à une logistique exsangue fait grimper les valeurs. La météo reste aussi assez défavorable au maïs en Amérique du Sud (excès de pluie en Argentine et sécheresse au Brésil) et cela a soutenu les prix du maïs tout comme la hausse des prix du blé.

Les prix américains ont suivi la hausse (+1 $/t) malgré les incertitudes concernant les ventes réalisées dans ce pays (shutdown). Les perspectives de semis de maïs sont attendues en hausse aux États-Unis pour la récolte de 2019 et cela est venu à la fin de la semaine modérer la hausse.

Peu d’évolution en France avec des prix quasiment stables, proches de 175 €/t Fob Rhin et 179,5 €/t Fob Bordeaux (base : juillet). Le maïs vaut ainsi 25 €/t de moins que le blé et maintient cet écart depuis plusieurs mois. L’observation des cotations de la nouvelle récolte sur Euronext met en évidence un resserrement de cet écart : –15 €/t seulement entre le prix du maïs et celui du blé pour novembre décembre 2019.

Craintes climatiques et incertitudes soutiennent le soja

Les incertitudes concernant l’issue du conflit commercial entre la Chine et les États-Unis ont continué d’alimenter les spéculations. Les prix ont en effet rebondi au début de la semaine sous l’effet de l’annonce de plusieurs chargements de soja américain à destination de l’empire du Milieu pour un volume qui pourrait atteindre 6 millions de tonnes.

Ce mouvement à la hausse est toutefois resté assez contenu en l’absence de publications de l’USDA ou de déclarations officielles venues confirmer de telles transactions (shutdown). En outre, les inquiétudes concernant les récoltes brésiliennes n’ont pas été de nature à détendre le climat à Chicago. La sécheresse qui a sévi à travers le pays pendant les étapes clés de développement de la fève et le retour trop tardif des pluies ont en effet contribué au raffermissement des cours.

Selon nos récentes prévisions, les récoltes locales pourraient tomber à seulement 116 Mt, soit une baisse de 4,5 Mt par rapport à 2018. L’attention s’est également portée sur l’Argentine où la formation d’un nouveau front orageux pourrait entraver la progression des emblavements dans la région centrale. Cela a constitué un élément supplémentaire ayant empêché les prix de baisser. Finalement, le cours du soja à Chicago aura gagné 3 $/t sur le rapproché (à 337 $/t) ainsi que sur l’échéance de mai (à 342 $/t).

Les prix des tourteaux de soja à Chicago conservent à peu près leur valorisation de la semaine précédente (à 344 $/t) tandis que les cours à Montoir se sont raffermis de 5 €/t dans le sillage de la fève (à 337 €/t). Beaucoup d’interrogations substituent quant à l’évolution de la demande en Chine qui pourrait voir sa consommation de tourteaux de soja baisser significativement en cas de nouvelle réduction du cheptel porcin.

Hausse du colza dans le sillage des huiles et du pétrole

Les graines européennes de colza progressent de plus de 5 €/t à Rouen (à 371 €/t) et en Fob Moselle (à 376 €/t) et de 6 €/t sur Euronext (à 357 €/t). Elles ont en effet bénéficié du soutien du pétrole dont la production mondiale est attendue en baisse d’après un récent rapport de l’Agence internationale de l’énergie. Le cours de l’or noir a entraîné dans son sillage celui des huiles, la demande de l’Union européenne en biodiesel soutenant notamment l’huile de colza à Rotterdam.

Malgré la mollesse des exportations de canola canadien vers la Chine, les cours du canola ont progressé de 4 $ CAN/t (à 487 $CAN/t) compensant le repli du dollar canadien face à la devise américaine. La rétention à la ferme et les problèmes logistiques freinant le transport de marchandises ont également contribué au soutien des prix.

Tournesol, léger raffermissement des cotations des graines

La graine de tournesol s’est légèrement revalorisée cette semaine : son prix rendu Saint-Nazaire gagne 5 €/t tandis que le cours Fob mer Noire affiche une progression de 10 $/t par rapport à la semaine dernière. Cette revalorisation des prix en mer Noire s’explique notamment par un renchérissement du cours de l’huile de tournesol résultant de contraintes logistiques entravant l’acheminement vers les zones d’expédition alors que la demande mondiale demeure soutenue.

Par ailleurs, les acheteurs turcs semblent manifester un grand intérêt pour le tournesol ukrainien depuis la levée des taxes à l’importation au début du mois. Le suivi des bateaux fait état de plusieurs chargements au cours des dernières semaines, un autre élément de nature à soutenir les prix.

Tallage

À suivre : attitude de la Russie, ventes des États-Unis (incertitude actuellement en raison du shutdown), concrétisation ou non du prochain appel d’offres saoudien en orge, conditions climatiques en Amérique du Sud, évolution du conflit commercial sino-américain, progression des récoltes du tournesol argentin, prix du pétrole

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