Le prix du maïs repart à la baisse cette semaine dans un contexte mondial très pesant marqué par la remontée de la tension sino-américaine et la poursuite de l’épidémie de peste porcine africaine en Chine. Ces deux facteurs marquent aussi fortement le complexe oléagineux à la baisse. Les céréales à paille se tassent, sous l’impact de grosses récoltes s’annonçant en mer Noire.

L’activité bascule sur la nouvelle campagne

Contrairement à la semaine dernière, ce sont les prix de l’ancienne récolte qui ont chuté ces derniers jours, tirés vers le bas par la nouvelle récolte et le basculement du marché sur la campagne de 2019-2020. Les blés français de la récolte de 2018 perdent ainsi 3 €/t sur l’ensemble des places, à 174,5 €/t rendu Rouen (en base juillet) alors que ceux de la récolte à venir ont vu leur prix rester stable à 165,75 €/t.

Avec la chute de l’euro, les blés français deviennent de moins en moins chers sur le marché mondial à 190,5 $/t Fob Rouen sur juillet août (–3,5 $/t par rapport à la semaine dernière). Malgré tout, ils valent entre 5 et 10 $/t de plus que les blés russes et cela reste très pénalisant. Les perspectives de récolte sont bonnes en mer Noire, grâce notamment aux pluies de la fin du mois d’avril.

L’Ukraine est partie pour produire plus de 27 millions de tonnes, soit le plus haut niveau depuis 20 ans ! En Russie, les perspectives sont très correctes même si quelques poches de sécheresse restent à surveiller et la production pourrait se rapprocher du niveau d’il y a deux ans.

Une récolte européenne abondante

En Europe, malgré des surfaces moins élevées que prévu en Scandinavie, la récolte attendue s’annonce toujours en forte remontée. L’état des cultures est stable en France, FranceAgriMer notant les blés à 79 % dans les classes « bonne à excellente », un niveau semblable à celui de la semaine dernière et légèrement meilleur que celui de l’an dernier à la même période (78 %).

Le marché mondial du blé reste caractérisé par des fondamentaux baissiers et dominé sur les premiers mois de la campagne par des ventes de blé de la mer Noire. Les Philippines viennent par exemple d’acheter 160 000 tonnes et l’Indonésie 30 000 tonnes de blé de la mer Noire pour livraison sur juillet-août. La Corée vient d’acheter 130 000 tonnes de blé fourrager (origine mer Noire probablement aussi). La Jordanie s’est aussi portée aux achats pour 60 000 tonnes de blé meunier (origine non connue) pour livraison d’ici à la fin de septembre.

Du côté des États-Unis, le tour de plaine effectué récemment dans le Kansas annonce des rendements très supérieurs au potentiel habituel et les notations des cultures des blés d’hiver sont élevées dans la plupart des États.

Le blé revient en alimentation animale

Dans ce contexte, il convient toutefois de mentionner le regain d’attractivité du blé en alimentation animale : depuis plusieurs semaines déjà, on voit se profiler une remontée des utilisations de blé, après les maigres performances de la saison qui se termine, aux dépens du maïs. Et ce regain est en train de se renforcer, le maïs étant maintenant devenu plus cher que le blé, y compris sur les échéances de l’automne.

Cette remontée des utilisations pour l’alimentation animale, confortée par le dynamisme attendu des exportations de viande porcine vers la Chine, contribuera certainement à limiter le gonflement des stocks français à l’été 2020. Néanmoins, il ne semble pas que cela sera suffisant et les blés français auront aussi à se battre fermement sur le front de l’exportation pour trouver des débouchés.

« Petit » achat de l’Arabie

Cette semaine, l’Arabie Saoudite a acheté 840 000 tonnes d’orge sur le marché mondial, à un prix de 193 $/t à destination du pays. En équivalent prix de départ, cela représenterait un niveau de 165 $/t Fob, inférieur de plus de 10 € la tonne à la cotation Fob Rouen actuelle. Cela illustre la compétition qui s’exerce déjà sur le marché mondial des orges en nouvelle campagne et qui devrait peser sur les prix français à court terme.

Rendu Rouen, les orges fourragères de la nouvelle récolte sont cotées à 154 €/t (soit 177 $/t Fob). Elles ont perdu 5 $/t depuis la semaine dernière, dans le sillage des orges russes, australiennes et ukrainiennes. L’achat de l’Arabie a été jugé faible par les opérateurs. En effet, pour son premier achat de la campagne l’an dernier (le 14 mai 2018), l’Arabie avait acheté presque le double (1,5 million de tonnes) et elle était revenue au marché ensuite en juillet et en septembre 2018 pour 1,7 et 1,5 millions de tonnes respectivement.

Contrastant avec ces gros achats, les dernières acquisitions du pays ne dépassent pas le million de tonnes alors que les stocks d’orge saoudiens sont très bas actuellement. L’orge est remplacée par d’autres matières, des fourrages notamment (luzerne), et l’Arabie essaie de poursuivre cette diversification. Elle reste encore très dépendante de l’orge mais ses besoins ont chuté par rapport à ceux des années passées.

Sur le créneau brassicole, les prix ont perdu 2 €/t cette semaine à Creil à 172 €/t pour les orges d’hiver et 189 €/t pour les orges de printemps. Les pluies sur une grande partie de l’Hexagone et la remontée de 2 points de la notation FranceAgriMer concernant l’état des cultures (88 % des plants jugés dans un état bon à excellent) ont contribué à cette baisse.

Le rebond a été bref en maïs

Après le rebond de la semaine dernière (dû sans doute à l’impact des pluies et au ralentissement des semis en France), les prix du maïs renouent avec la baisse, abandonnant 2 €/t sur la semaine en ancienne comme en nouvelle récolte. Le maïs vaut maintenant 149 €/t (base : juillet) Fob Rhin et 158,25 €/t sur la façade atlantique, Fob Bordeaux.

Une récolte record, dont l’ampleur est encore révisée en hausse cette semaine, arrive actuellement de l’Argentine ou va arriver du Brésil sur le marché mondial. Cette récolte comprime les prix des maïs sud-américains (surtout pour les mois d’été quand la récolte brésilienne sera engrangée). Elle a pesé aussi sur les prix de Chicago cette semaine qui sont repartis en nette baisse après les inquiétudes de la semaine dernière dues aux pluies sur les plaines américaines et au retard induit pour les semis.

L’autre élément baissier ces derniers jours est venu des diverses péripéties concernant les négociations sino-américaines, et notamment de l’augmentation des taxes à l’importation par les États-Unis sur une nouvelle série de produits chinois (voir ci-dessous). Le maïs n’est pas concerné mais l’ambiance est perçue comme morose et peu favorable aux échanges.

Le soja américain entraîne le colza français dans sa chute

Cette semaine voit un nouveau rebondissement dans les négociations commerciales entre les États-Unis et la Chine. Les négociations s’enlisant, le président Trump a ordonné la mise en place de nouvelles taxes à l’importation de 25 % sur une large gamme de produits importés représentant une valeur annuelle de 250 milliards de dollars, qui sont entrées en vigueur aujourd’hui.

Cette nouvelle détérioration des relations sino-américaines a entraîné un dévissement du prix du soja, qui se retrouve maintenant au plus bas depuis 10 ans à moins de 295 $/t (à Chicago à la clôture du 9 mai). Le soja a ainsi reculé de presque 11 $/t cette semaine. Il semble très périlleux de faire des pronostics sur l’évolution de cette crise diplomatique entre les deux géants économiques.

À l’heure actuelle, les récentes annonces du président Trump, le 10 mai sur Twitter, semblent indiquer une volonté du gouvernement américain de se substituer au client chinois afin d’assurer des débouchés aux agriculteurs américains, quels que soient le temps ou les compromis nécessaires à obtenir de nouveaux accords commerciaux.

La mise en place réelle de mesures conformes à cette résolution est loin d’être certaine. Aussi les marchés n’ont pour l’instant pas réagi positivement, puisqu’à la mi-journée du vendredi 10 mai, les prix des sojas américains continuaient de reculer. Le rehaussement récent de la récolte de soja du Brésil par le ministère brésilien de l’Agriculture a aussi contribué au recul des prix.

Moins de colza dans l’Union européenne

Malgré une production de colza attendue en fort recul dans l’Union européenne, la surface étant prévue en forte baisse, et les conditions ne sont pas favorables à une bonne floraison actuellement, notamment sur une grande moitié nord de la France, les prix du colza baissent cette semaine, sous la pression des cours du soja. Le colza perd 4 €/t en Fob Moselle et 2 €/t en rendu Rouen.

Les prix de la nouvelle campagne sont maintenant supérieurs de 4 €/t au prix de l’ancienne, ce qui devrait ralentir les ventes sur les prochaines semaines, et pourrait contribuer à stabiliser les prix de l’ancienne récolte sur le marché français. Le climat reste à surveiller sur les prairies canadiennes, où la sécheresse semble se prolonger et pourrait affecter les intentions de semis de canola.

Chute des cours des tourteaux

À la suite du soja, les prix des tourteaux de soja à Chicago entreprennent une nette glissade et perdent 8 $/t sur la semaine. Dans l’Union européenne, les cours diminuent encore cette semaine. Le tourteau de soja à Montoir, notamment, recule de 1 €/t alors que son prix était déjà très bas la semaine dernière. Il a ainsi chuté de 18 €/t en tout sur les trois dernières semaines.

Au contraire, le prix du pois fourrager est remonté un peu sur la même période (+4 €/t) soutenu par l’épuisement progressif des disponibilités en ancienne récolte. Les prix de la nouvelle campagne s’affichent 11 €/t au-dessus des prix de l’ancienne, ce qui limite les offres sur le rapproché.

La tension sur le marché du tournesol reste forte

À l’opposé de la tendance baissière sur les marchés du colza et du soja, le prix du tournesol se maintient à 330 €/t rendu Saint-Nazaire. Il bénéficie notamment du soutien des prix au départ de la mer Noire, qui progressent de 5 $/t cette semaine pour le prix Fob Ukraine, et de 6 €/t Fob UE.

En effet, les semis de tournesol en Ukraine sont actuellement très en retard, avec une surface ensemencée à hauteur de 64 %, en recul de 17 points par rapport à l’an dernier à la même date (au 6 mai). Ce qui soutient les prix, en plus de la forte demande en huile de tournesol à l’exportation. Nous prévoyons un recul de surface de 2,5 % seulement de la surface ukrainienne de tournesol en 2019.

Durant les prochains jours, des précipitations sont attendues mais elles devraient être assez faibles (la moitié de la normale), ce qui pourrait entraîner une progression marquée des semis. En Russie, les semis de tournesol débutent à peine dans le sud du pays. Les zones de production du tournesol ont été très arrosées ces dernières semaines, mais le temps plutôt sec attendu sur les prochains jours devrait permettre une accélération des travaux des champs.

Tallage

À suivre : conditions climatiques partout dans le monde, conflits commerciaux, développement de la peste porcine africaine.

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