Le maïs affiche cette semaine la plus forte progression de l’ensemble des céréales, avec des déceptions concernant les récoltes ouest et est-européennes. Les oléagineux, eux, sont tirés vers le haut par le soja et les déboires climatiques en Amérique du Sud.

Le blé poursuit son ascension à la suite des prix russes

La progression des prix s’est poursuivie cette semaine. Rendu Rouen, le blé français a gagné 2,5 €/t à 197,5 €/t (base juillet) ; rendu la Pallice, la hausse a été un plus marquée (+3,5 €/t) à 199,5 €/t. Les valeurs ont grimpé aussi sur Euronext, à 199 €/t pour l’échéance décembre 2020 jeudi 8 octobre 2020 (+2 €/t par rapport à la clôture du jeudi 1er octobre). Cette augmentation des prix porte les blés français sur le marché mondial à 241 $/t Fob Rouen (+ 3 $/t par rapport à la semaine dernière).

L’ensemble des blés européens ont progressé. Cette tendance s’explique par deux principaux facteurs. D’une part, les prix de la mer Noire continuent de s’envoler avec toujours de la rétention dans le sud du pays et une demande à l’exportation soutenue. La Turquie, gros acheteur de blé russe, est revenue sur le marché russe ces derniers jours après une période d’absence. Le Pakistan de son côté, est en train de contracter de gros volumes de blé. Il a acheté 330 kt de blé russe cette semaine et aurait déjà bouclé plus de 1 million de tonnes au départ des ports de la mer Noire. En conséquence, les blés de la mer Noire à 12,5 % de protéine ont encore gagné 8 $/t cette semaine, à 247 $/t Fob pour les blés russes à 12,5 % de protéine et à 241 $/t Fob pour les blés ukrainiens à 11,5 %.

La progression des prix européens (français notamment) est toutefois moins forte que celle des blés de la mer Noire, ce qui vient raviver la compétitivité européenne. En France, ce sont principalement les chargements à destination de la Chine qui ont occupé le port de Rouen cette semaine (environ 120 000 tonnes expédiées vers cette destination).

Les inquiétudes climatiques à l’oeuvre

Les manques d’humidité dans plusieurs régions clefs pour le bilan de blé mondial constituent le second facteur qui a poussé la hausse cette semaine : la sécheresse observée sur les plaines du Sud des Etats-Unis commence à inquiéter les opérateurs quant au développement des blés d’hiver. Le Sud de la Russie reste encore très sec : beaucoup de producteurs attendent pour semer. Plus au Nord, en Volga par exemple, les semis ont eu lieu (en forte hausse) mais la pluie reste manquante pour que le développement des plantes puisse débuter. Il est cependant trop tôt pour faire le bilan de la situation et conclure que ces conditions vont faire baisser la surface de blé pour la récolte 2021 en Russie, alors que les intentions de semis demeurent encore très élevées. En Europe, les inquiétudes liées à la sécheresse se sont apaisées, mais les semis sont ralentis par l’excès de pluies, rappelant le début de la campagne passée.

Dans l’hémisphère Sud, la récolte débute tout juste en Australie mais il reste encore deux mois à attendre en Argentine, alors que la situation hydrique y reste très sèche. Cela entraîne une forte révision à la baisse du potentiel de récolte argentine, placé désormais à 17 millions de tonnes (contre 19 millions de tonnes il y a encore quelques semaines). Les phases de sécheresse aux Etats-Unis et en Argentine sont probablement liées au phénomène climatique La Niña qui se développe actuellement, et qui culminera entre novembre et janvier.

L’Argentine marque aussi la semaine avec le feu vert donné à la production d’un blé OGM (HB4) qui renforce la tolérance des plantes à la sécheresse. Les possibilités de production réelles dépendront de l’acceptation de cette variété chez les principaux importateurs de l’Argentine. D’autres tentatives de blé OGM ont déjà échoué par le passé à cause du refus des consommateurs et importateurs.

Envolée du maïs

Alors que, contrairement aux prix des céréales à paille, les cours du maïs étaient restés stables la semaine dernière, ils rattrapent leur retard cette semaine et gagnent 8 €/t Fob Rhin (à 182,75 €/t) et 14 €/t Fob Atlantique (à 186 €/t). Cette hausse reflète les résultats de récolte et les nouvelles dégradations de la production en Roumanie (à moins de 10 millions de tonnes désormais) et dans l’ouest de l’Union européenne. En France notamment, l’estimation des récoltes passe sous la barre des 14 millions de tonnes, maïs humide compris. Au total, à cause de la sécheresse de l’été, l’Union européenne produira moins de maïs que l’an dernier, alors que la progression des surfaces avait laissé espérer une hausse importante. Les résultats sont également mauvais en Ukraine. Les prix ukrainiens ont ainsi gagné 13 $/t cette semaine, tirant les prix de l’Union européenne.

En Amérique, les prix gagnent 5 $/t aux Etats-Unis et au Brésil. Ils restent soutenus par les résultats de l’enquête sur les stocks américains au 1er septembre publiés la semaine dernière. Les opérateurs attendent maintenant que le ministère de l’Agriculture américain, l’USDA, intègre ces nouveaux chiffres dans le bilan des Etats-Unis qu’il va publier ce soir. Au Brésil, le temps sec ralentit les semis de soja, et donc potentiellement ceux du maïs qui viendront après (récolte safrinha). Par ailleurs, même si la Chine a ralenti ses achats depuis deux semaines, l’activité reste dynamique sur le marché mondial.

Suite à la hausse de son prix, le maïs est en train de perdre de la demande potentielle en alimentation animale au profit des autres céréales. Malgré tout, à cause des déboires de la production locale, il sera nécessaire que l’Union européenne maintienne des importations importantes, d’où la forte sensibilité des prix européens à ceux de l’Ukraine.

L’orge suit le blé et le maïs

L’orge fourragère aussi a continué de s’apprécier avec des gains de 3,5 €/t rendu Rouen à 176,5 €/t (base juillet). Cette hausse conduit les orges françaises à 215 $/t Fob sur le marché mondial, un niveau supérieur de 5 $/t aux orges ukrainiennes destinées à la Chine et de 11 $/t aux orges russes et ukrainiennes qui partent pour d’autres destinations. La prime des orges françaises s’est donc encore accrue cette semaine par rapport aux autres origines mondiales. L’ampleur des besoins chinois explique cette situation ainsi que l’envolée des prix du maïs.

Sur le segment brassicole, la hausse des prix a été plus modérée (+ 1 €/t en orge d’hiver et + 0,5 €/t pour les orges de printemps) à 182 €/t Fob Creil pour les deux types d’orge. La tension en orge d’hiver explique l’égalité des prix entre l’hiver et le printemps. Les prix sont soutenus par la chute de la production d’hiver et par les exportations brassicoles élevées vers la Chine.

Les prix du soja ont poursuivi leur hausse

Les prix de la fève de soja ont encore progressé cette semaine sous l’effet du retard de semis au Brésil et de la demande toujours soutenue en fèves US (Etats-Unis) chez les principaux acheteurs, particulièrement la Chine. Au Brésil, le déficit hydrique et les températures excédentaires demeurent problématiques dans plusieurs régions puisqu’ils retardent les emblavements de soja. Seulement 1,6 % des surfaces brésiliennes auraient été semées au 7 octobre, contre 4,5 % en moyenne à date égale.

Le phénomène de la Niña qui risque de prolonger et/ou d’aggraver le déficit hydrique dans les mois à venir représente également une source d’inquiétude pour les opérateurs, étant donné l’impact négatif que cela pourrait avoir sur le développement des cultures. Cette combinaison de facteurs fait planer l’ombre d’un retard de récolte de plusieurs semaines l’an prochain alors que les stocks brésiliens sont déjà extrêmement réduits. Ceci pourrait rallonger la campagne d’exportations des Etats-Unis qui devront à eux seuls couvrir la faramineuse croissance des besoins d’importations chinois en attendant la relève sud-américaine. Le dynamisme des ventes US continue entre temps d’apporter du soutien. En octobre, les exportateurs ont ainsi déclaré 770 000 tonnes contractualisées avec la Chine et 930 000 tonnes vendues vers d’autres destinations.

Toutefois, l’envolée des prix US a été partiellement contenue par des conditions climatiques localement clémentes qui ont facilité la progression des moissonneuses. Selon l’USDA, près de 38 % des surfaces US avaient été récoltées début octobre, ce qui correspond à une avance de 26 points par rapport à 2019/20, et de 10 points comparé à la moyenne des cinq campagnes précédentes. Finalement, le soja coté à Chicago aura tout de même gagné 13 $/t sur une semaine pour l’échéance de novembre et pratiquement 11 $/t pour celle de janvier.

Les cotations du tourteau de soja ont aussi largement bénéficié de la hausse du soja. Le prix US affiche un gain de 20 $/t à Chicago et une hausse de 13 €/t à Montoir. Le cours argentin a quant à lui augmenté de 13,5 $/t en raison d’un fort ralentissement de la trituration qui amenuise les disponibilités en tourteaux. Cette hausse n’a pas été compensée par l’adoption de réductions de taxes à l’export plus marquées pour les produits du soja (abaissées à 28 %) que pour la fève (passant seulement de 33 % à 30 %) jusqu’à janvier 2021, laissant présager un accroissement des exportations prochainement.

Même tendance pour les cours du colza...

Les prix du colza ont évolué à la hausse dans le sillage de la fève. Les huiles ont également apporté un peu de soutien en raison de craintes sur les disponibilités en huile de palme dont l’exploitation est perturbée par les restrictions sanitaires limitant l’accès des plantations aux travailleurs, ainsi que par l’arrivée de très fortes pluies pouvant ralentir la récolte. A Winnipeg, le canola a ainsi grimpé de pratiquement 7 $/t.

Dans l’Union européenne, la hausse des prix a toutefois été un peu moins marquée avec une revalorisation de 3,5 €/t sur Euronext et de seulement 2 €/t pour le rendu Rouen et le fob Moselle, à 391 €/t. Les prix européens ont surtout été influencés par les baisses de surfaces dans l’UE et le recul de production qui en découlerait en 2021.

… Et pour ceux du tournesol

Le cours du tournesol français a grimpé de 15 €/t à Saint Nazaire pour la qualité standard et de 10 €/t pour les variétés oléiques, en raison de perspectives de récoltes dégradées et dans le sillage de l‘huile de tournesol qui a fortement rebondi. D’autre part, les prix fob ukrainiens se sont redressés de 10 $/t car certains agriculteurs ont été contraints de se désengager sur les livraisons après des récoltes très décevantes. La potentielle révision à la baisse des récoltes en mer Noire demeure très marquée en raison de la sévérité de la sécheresse qui a fortement altéré la quantité et la qualité de la récolte (graines de petite taille).

Tallage

À suivre : prix des blés russes, évolution de la compétitivité des orges australiennes, achats de la Chine en maïs, taille finale de la récolte de maïs en Ukraine, conditions climatiques au Brésil, avancée des semis de soja au Brésil et de la récolte aux US, progression de la moisson de tournesol en mer Noire

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