La plupart des commodités agricoles françaises ont vu leur prix augmenter très légèrement, malgré des prix déjà peu compétitifs sur le marché international. Les récoltes de blé et colza sont basses dans l’Hexagone, ce qui soutient les cotations françaises, alors même que la parité euro/dollar pénalise les exportations.

En blé, la compétitivité française souffre

Après quinze jours de baisse, les prix français de blé se sont stabilisés en euros. Le blé meunier à La Pallice s’est même très légèrement renchéri de 1 €/t, à 186 €/t, tandis qu’à Rouen il est resté coté à 184 €/t. La récolte française était achevée à 90 % au 27 juillet 2020 (71 % une semaine auparavant) et sera de toute manière très décevante pour 2020, même si les rendements s’améliorent à mesure que les moissonneuses progressent dans le nord du pays.

Sur la dernière semaine du mois de juillet, les ports français ont chargé 130 000 tonnes de blé uniquement à destination de l’Algérie, qui reste fidèle à l’origine française. Malgré tout, les exportations françaises vers cette destination emblématique vont être pénalisées par le net recul de la récolte hexagonale.

Du côté de la mer Noire, les prix ukrainiens de blé meunier à 11,5 % ont gagné 4 $/t, à 207 $/t. L’Ukraine a réussi à s’octroyer 120 00 tonnes lors du dernier achat égyptien datant du 28 juillet, ce qui a soutenu les prix dans un contexte où la récolte ukrainienne pourrait perdre plus de 3 Mt par rapport à la récolte de 2019. En revanche, même si la Russie a réussi à exporter 350 000 tonnes divers Égypte de cette semaine, le blé meunier à 12,5 % a reculé de 1 $/t, à 209 $/t. Les analystes locaux ont révisé à la hausse l’estimation des surfaces de blé du pays, ce qui a pesé sur les prix d’autant que la récolte russe s’annonce tout à fait correcte et en progression par rapport à 2019.

Pour la cinquième semaine consécutive, la parité euro/dollar a grimpé, ce qui a de nouveau pénalisé les prix français de blé qui ont gagné 3 $/t, à 222 $/t. La parité euro/dollar s’affiche à 1,1743 $ et n’a plus été aussi haute depuis le 20 septembre 2018. L’écart de prix entre l’origine française et celles de la mer Noire s’est donc accentué cette semaine pour atteindre environ 14 $/t.

Émergence d’inquiétudes dans l’hémisphère Sud

Cette semaine, le blé argentin a bondi de 10 $/t, à 240 $/t, alors même qu’il était plutôt stable depuis près de deux mois. Cette origine enregistre ainsi le plus fort mouvement de prix parmi les exportateurs mondiaux de blé. Les conditions climatiques sont actuellement très hétérogènes en Argentine, avec un temps sec dans le nord et l’ouest du pays, tandis que dans le sud-est la fin des semis est retardée par des excès d’eau.

En Australie, la situation est correcte dans l’est du pays, contrairement aux deux années précédentes où d’importantes sécheresses ont ravagé les rendements. Cependant, la situation est moins favorable dans l’ouest de l’Australie, là où se concentrent les plus grosses surfaces de céréales à paille. Le chemin avant la récolte est encore long pour l’Argentine et l’Australie et le « weather market » pourrait s’en donner à cœur joie cette année puisque le bilan mondial de blé s’annonce très fragile. Cette fragilité est surtout concentrée dans l’hémisphère Nord, les attentes sont donc nombreuses vis-à-vis des récoltes de l’hémisphère Sud.

L’orge française trop chère pour ses marchés traditionnels

Les prix français ont évolué en ordre dispersé puisque l’orge fourragère rendu Rouen n’a gagné que 1 €/t au cours de la semaine écoulée, mais l’orge en prix Fob Moselle a abandonné 4 €/t (162,5 €/t pour le rendu Rouen base juillet et 153 €/t Fob Moselle). Il n’y a plus qu’un seul bateau en cours de chargement à Rouen à destination de la Chine, le ralentissement semble arriver après un mois de juillet exceptionnel vers cette destination.

Sur le marché mondial, seule la Tunisie a acheté de l’orge cette semaine pour 75 000 tonnes. Au regard du manque de compétitivité de l’orge française, il semble plus probable que la mer Noire ait remporté l’affaire. Les orges ukrainienne et russe ont perdu 1 $/t par rapport à la semaine dernière et s’affichent à parité à 187,5 $/t. En revanche, l’orge française à Rouen a bondi de 4 $/t, à 196 $/t, soit largement au-dessus de ces concurrentes en raison du renchérissement de l’euro face à un dollar qui, au contraire, s’est affaibli. Avec une telle différence de prix, la France pourrait être pénalisée vers l’Afrique du Nord au profit de la mer Noire, nettement plus compétitive. Une fois les flux vers la Chine taris, une correction à la baisse des prix hexagonaux est à prévoir.

Du côté des orges de brasserie, les cotations ont peu évolué puisque l’orge de printemps a perdu 1 €/t depuis la semaine dernière, à 174 €/t, tandis que celle d’hiver s’est maintenue à 170 €/t. L’écart de prix est donc très faible entre les deux variétés et s’explique par l’abondance des disponibilités en orges de printemps, contrairement à l’orge d’hiver. Pour cette dernière, la récolte française est la plus basse depuis sept ans. Une prime de printemps plus faible qu’une prime d’hiver est même envisageable au cours de la campagne, comme cela fut le cas à l’automne dernier.

Léger raffermissement en maïs de la nouvelle récolte

En ancienne récolte, les prix du maïs français ont évolué de manière disparate tandis qu’ils se sont légèrement raffermis en nouvelle récolte. Ainsi, sur la façade atlantique, le maïs Fob Bordeaux (base juillet) gagne 1 €/t sur une semaine, à 162 €/t. Le maïs Fob Rhin évolue du même montant, à 165 €/t. Au niveau français, cette légère hausse est à mettre sur le compte de conditions de cultures qui se détériorent pour le maïs 2020 avec un déficit hydrique qui s’accentue et un pic de chaleur en cours. Ces conditions se répercutent d’ailleurs dans les notations de CéréObs parues ce vendredi 31 juillet 2020. Les conditions du début d’août seront déterminantes pour la récolte française. Sans un retour durable des pluies, les potentiels de rendements pourraient décrocher d’autant plus que les restrictions d’irrigation se font de plus en plus nombreuses. La situation se rapprocherait alors de l’an dernier pour les rendements.

D’un point de vue international, les prix ont été tiraillés cette semaine entre de bonnes perspectives de récolte en 2020, notamment aux États-Unis (USA) et la demande Chinoise. En effet, la Chine a encore contracté cette semaine 2 millions de tonnes de maïs en provenance des USA sur la nouvelle récolte. Ce nouvel achat constitue un record. Il semble que la Chine souhaite sécuriser ses approvisionnements dans un contexte de tension croissante avec les USA. Malgré tout, cela n’a pas empêché les prix US de s’affaisser (–3 $/t sur une semaine), les prévisions de récolte élevées pour 2020 et le manque de demande sur la récolte en 2019 l’emportant.

En Ukraine, en revanche, les prix ont évolué à la hausse (+2 $/t en nouvelle récolte). Les craintes de déficit hydrique sur la récolte semblent apporter une certaine tension même si la récolte ukrainienne est pour l’heure toujours attendue à un haut niveau (38,7 millions de tonnes) du fait d’une surface record. Toutes ces évolutions de prix sont à resituer dans un contexte de fortes disponibilités en maïs au niveau mondial, empêchant pour le moment les prix de remonter fortement.

Les tensions entre la Chine et les États-Unis pèsent sur le soja

Les cours du soja se sont repliés ce mois-ci sous l’effet de la dégradation des relations sino-américaines. En représailles à la fermeture du consulat chinois à Houston, Pékin a en effet exigé l’évacuation du consulat des USA localisé à Chengdu. Ce regain de tension a ravivé les inquiétudes des opérateurs concernant la pérennité de l’accord commercial. Les achats chinois en soja nord-américain sont en effet restés assez timides cette semaine. Selon le ministère américain de l’agriculture (USDA), les déclarations de ventes vers la Chine ne se sont élevées qu’à 132 000 tonnes pour des livraisons prévues sur la campagne de 2020-2021.

En revanche, l’appétit du géant asiatique pour la marchandise brésilienne ne tarit pas au regard des impressionnants volumes engrangés dans les ports chinois (plus de 10,5 millions de tonnes seraient arrivées en juin). L’assèchement rapide des disponibilités sud-américaines devrait toutefois contraindre les acheteurs à se tourner massivement vers l’origine US prochainement. Les farmers du Midwest disposent encore d’importants excédents de stocks de la précédente récolte à éponger. A ces surplus devraient s’ajouter prochainement une moisson abondante que nous projetons à près de 112 Mt, si des conditions climatiques favorables se maintiennent. D’après les derniers relevés publiés par l’administration américaine, 72 % des cultures se trouveraient dans un état bon à excellent, contre 69 % la semaine précédente. Par ailleurs, de nombreux analystes privés envisagent une forte progression de la production brésilienne en nouvelle campagne, les agriculteurs anticipant une forte progression de la demande animale en Chine. Dans ce contexte, les prix du soja échangé à Chicago ont cédé environ 5 $/t sur l’échéance de septembre, et plus de 4 $/t sur l’échéance de novembre, gommant ainsi tous les gains de la semaine antérieure.

Il conviendra de surveiller la publication de statistiques de consommation pendant le confinement et après afin de mieux évaluer l’ampleur de la récession et la dynamique de reprise de la demande post-Covid. D’autre part, il sera utile de suivre l’évolution de la parité euro/dollar et les politiques monétaires étant donné leur impact potentiel sur les rapports de compétitivité.

Le soja entraine les cours du tourteau de soja à la baisse

Les prix des tourteaux de la fève de soja ont évolué en légère baisse dans le sillage du soja. Sur une semaine, ils reculent de 1 $/t à Chicago (à 319 $/t). A Montoir, les prix français ont poursuivi le même mouvement, mais de façon plus marquée (–3€/t, à 318 €/t). Le net rebond de la parité euro/dollar et la baisse de la demande pour le secteur animal pèsent sur les prix de la protéine de soja.

En dépit de la baisse des prix de ses concurrents, le pois fourrager départ Marne est resté stable, à 214,5 €/t, sur la semaine. Une récolte médiocre tant en volume qu’en qualité en France soutient les cours.

Baisse limitée du colza malgré la nette progression de l’euro

Nonobstant la nouvelle reprise de la parité euro/dollar, les cours du colza terminent la semaine en baisse modérée. Sur l’échéance de novembre, le colza Euronext perd seulement 1 €/t, à 382 €/t. Sur le marché physique, les prix ont évolué en ordre dispersé ; en Fob Moselle, ils reculent de 4 €/t, à 381 €/t, alors qu’ils augmentent de 3 €/t à Rouen, à 380 €/t. Le raffermissement de la demande en graine sur le marché intérieur face à l’amélioration de marge de trituration de colza et le regain de demande en huile de colza des estérificateurs expliquent cette hausse des prix à Rouen.

Du côté des éléments macro-économiques, la parité euro/dollar a de nouveau évolué en hausse marquée cette semaine. Elle a rebondi de 2,2 % pour se rapprocher de 1,18 US$, en franchissant son plus haut niveau depuis le début de mai 2018. Le billet vert continue de rester sous la pression de la crise sanitaire qui pèse sur l’économie américaine.

Outre Atlantique, malgré le renforcement du dollar canadien et de la baisse son homologue américain, le canola canadien a évolué en hausse (+3 $/t, à 365 $/t). Les cours continuent d’être soutenus face à une bonne demande à l’exportation, notamment de la Chine.

Hausse du tournesol dans le sillage des huiles

Le prix du tournesol en France était en hausse de 5 €/t, à 335 €/t, à Saint-Nazaire par rapport à la dernière cotation disponible (datée du 9 juillet). Cette hausse s’explique par le net rebond du cours de l’huile depuis cette date. Rappelons que la production française est attendue en nette hausse de 0,4 Mt, à 1,71 Mt, grâce à une surface et des rendements en progression. Le prix Fob mer Noire est resté stable à 405 $/t, en raison de la faible activité à l’exportation.

Tallage

À suivre : les conditions climatiques en Argentine et en Australie pour les céréales à paille, les conditions de croissance du maïs aux USA, en Ukraine et dans l’UE, la demande chinoise, la parité €/$.

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