Les prix des céréales à paille décrochent un peu cette semaine à la suite de bonnes prévisions de production et de pluies annoncées sur le nord des États-Unis. Inquiétude au contraire pour le maïs où la Corn-belt reste sèche. Le colza perd aussi du terrain, poussé par l’amélioration de la situation au Canada et la baisse des prix de l’huile de palme.

Pluies en vue dans le nord des États-Unis

Après deux semaines de hausse, les prix des blés français « corrigent » en baisse cette semaine : la cotation rendu Rouen a perdu presque 5 €/t, à 211,25 €/t, le 10 juin 2021 alors que la cotation de La Pallice n’a abandonné que 3,5 €/t, à 213,75 €/t, soutenue probablement par des considérations qualitatives. L’échéance de septembre d’Euronext se situe, quant à elle, à 210,25 €/t en milieu de journée ce vendredi, en baisse de 4,5 €/t par rapport à sa clôture de vendredi dernier.

Au cours de cette semaine, la situation s’est améliorée pour le blé en Amérique du Nord car il a plu et de nouvelles précipitations sont annoncées prochainement. Il faudra néanmoins attendre que les prévisions se matérialisent, car la région (autour de la frontière entre les États-Unis et le Canada) souffre vraiment du manque de pluies. Les deux tiers du Dakota du Nord demeurent en situation de sécheresse exceptionnelle et les inquiétudes demeurent.

Les notations de l’USDA publiées au début de la semaine affichaient seulement 48 % des blés de printemps en situation bonne ou excellente contre 43 % la semaine d’avant et 82 % à la même date l’an passé !

Néanmoins, cette situation, déjà anticipée, n’a pas empêché l’USDA hier, jeudi 10 juin 2021, de revoir à la hausse son estimation de la production américaine à cause des bonnes performances des blés d’hiver. L’organisme attend maintenant une récolte de blé US de 51,7 millions de tonnes (+0,7 million de tonnes depuis le mois dernier, contre 49,7 millions de tonnes en 2020).

Rebond des récoltes mondiales de blé

En Europe, les conditions sont bonnes et les perspectives de la récolte de blé tendre se confirment en nette hausse. Nous venons de réviser notre estimation à 131 millions de tonnes pour la production de blé tendre de l’Union européenne à 27 (hausse de 1,5 million de tonnes par rapport à mai) ou 139,2 millions de tonnes blé dur inclus. L’USDA, dans sa publication mensuelle sur l’offre et la demande mondiale, reflète cette amélioration mais reste trop bas à notre avis, à 137,5 millions de tonnes.

En Australie, l’organisme Abares relève sa prévision de la production de blé de 25 à 27,8 millions de tonnes. Ce n’est pas une surprise (nous attendions 27,9) mais cela vient confirmer que le pays aura de nouveau beaucoup de disponibilités.

En Russie, les perspectives de récolte remontent ; l’analyste Ikar a relevé son chiffre de 2 millions de tonnes, à 82 millions de tonnes, et l’USDA table même sur 86 millions de tonnes. Il nous semble prématuré d’aller si haut aujourd’hui, mais les perspectives de rendement sont bonnes effectivement dans le sud du pays et les surfaces de blé de printemps très élevées plus au Nord.

L’Algérie a acheté environ 500 000 tonnes de blé tendre cette semaine pour chargement en août (si le blé provient de l’Europe) et juillet (s’il provient de l’Amérique du Sud). Comme les blés à 12,5 % de protéines de l’Allemagne, de la Pologne et des pays baltes sont légèrement moins chers que les blés français, les origines du nord de l’Union européenne risquent de remporter la mise.

La Tunisie a acheté aussi cette semaine, 50 000 tonnes pour chargement en juillet.

Des rumeurs circulent selon lesquelles l’Iran aurait acheté des quantités non négligeables de blé allemand pour chargement dès l’arrivée de la moisson. Cela illustre le besoin croissant du pays alors que sa récolte est décimée par le temps sec du printemps. Les échanges avec l’Iran ne sont pas faciles à mettre en place à cause des difficultés concernant les canaux de paiement, mais la détente politique en cours de ce pays avec les États-Unis pourrait aider.

Le maïs tient bon

Contrairement au blé, le maïs a vu ses prix poursuivre leur hausse cette semaine. Fob Rhin, le maïs de la récolte de 2020 a gagné un peu plus de 1 €/t, à 273 €/t (base : juillet), et Fob Bordeaux, il en a gagné 4 €/t, à 275 €/t.

Cela porte le maïs français à 346 $/t Fob sur le marché mondial, un niveau très élevé et soutenu par la tension mondiale. En effet, les prix se sont de nouveau accrus aux États-Unis (+12 $/t), au Brésil (+21 $/t, en Ukraine +2 $/t).

L’origine argentine est la seule pour laquelle le prix s’est affaissé. Avec la progression des opérations de récolte (réalisées à 40 % environ à ce jour), la production de maïs semble en effet plus élevée que prévu en Argentine où la Bourse de Buenos Aires vient de relever de nouveau son estimation de la récolte de 46 à 48 millions de tonnes.

Au Brésil en revanche, la Conab réduit son estimation de la récolte de maïs (à 96 millions de tonnes) à cause de la sécheresse sur la seconde récolte (106,4 auparavant) et nous prévoyons que le chiffre final pourrait descendre encore plus bas. Aux États-Unis, les modèles météo prévoient la persistance de conditions sèches sur la Corn-belt.

En plus des incertitudes que cela suscite pour la récolte de l’automne aux États-Unis, l’USDA vient de réduire nettement (–4 millions de tonnes) son estimation des stocks de la fin de campagne de 2020-2021 aux États-Unis. Cela résulte d’une activité revue à la hausse à l’exportation et dans le secteur de l’éthanol. Il n’en a pas fallu plus pour faire grimper fortement le contrat du maïs à Chicago ce jeudi avant une correction à la baisse en cours au moment d’écrire ces lignes.

En France, les stocks de fin de campagne sont attendus bas et FranceAgriMer vient de les réduire encore à 1,8 million de tonnes (stocks sur le marché) pour la fin de juin.

L’orge suit le blé à la baisse

Le prix de l’orge fourragère s’affaisse de 5 €/t cette semaine, à 208,75 €/t rendu Rouen pour la nouvelle récolte. Cette baisse s’accompagne aussi d’une chute des prix ukrainiens et russes.

Cette semaine, Agreste, le service de la statistique du ministère de l’agriculture, a publié sa première estimation de la récolte d’orge d’hiver en France : cela vient confirmer un fort rebond par rapport à l’an dernier. Agreste estime la récolte d’hiver à 7,4 millions de tonnes (6,3 l’an passé). Nous prévoyons de notre côté un niveau encore un peu plus fort à 7,7 millions de tonnes.

Cette progression devrait toutefois être amoindrie par un petit affaissement de la récolte de printemps, malgré cette hausse de la production d’hiver. Le bilan d’orge français ne s’annonce pas extrêmement lourd car les utilisations en malterie vont augmenter et la demande animale rester forte face au maïs.

La France s’apprête encore à exporter beaucoup vers la Chine mais moins qu’en 2020-2021 à cause d’une plus forte concurrence de l’Australie (où l’organisme Abares vient d’entériner une prévision proche de 10 millions de tonnes), du Canada et de l’Ukraine. Néanmoins, les ventes françaises à l’intracommunautaire augmenteront, en ce qui les concerne. Le bilan français ne s’annonce pas très lourd, sauf si la demande chinoise s’effondrait.

Cette dernière reste justement l’élément clef du marché mondial de l’orge : sans elle, le bilan mondial serait beaucoup moins tendu alors qu’avec elle, les exportateurs devront encore racler les fonds de tiroir cette année.

Sans qu’il soit encore possible d’en tirer de grandes conséquences, il est intéressant de noter que les prix de la viande de porc en Chine se sont effondrés depuis le mois d’avril sous l’effet combiné de la reprise de la peste porcine, du cycle du porc et aussi d’une réduction de consommation de viande due au Covid. La chute est tellement marquée que le gouvernement chinois a renforcé ses outils d’intervention afin de pouvoir acheter de la viande et la mettre en réserve pour soutenir les prix. Il a réussi à stopper momentanément la chute mais il sera important de surveiller si cette baisse est seulement conjoncturelle ou bien si elle annonce une hécatombe en lien avec la reprise de la peste africaine (scénario que nous ne retenons pas aujourd’hui).

Sur le créneau brassicole, les prix n’ont pas suivi la baisse (à 220 €/t Fob Creil pour les orges d’hiver et 228,5 €/t pour les orges de printemps). La perspective de baisse de la production brassicole à l’échelle européenne (mais pas en France) et la remontée de la consommation de bière et donc des besoins de la malterie soutiennent les prix.

Léger repli du soja

À Chicago, les cours du soja reculent très légèrement cette semaine. Ils perdent 2 $/t, à 567 $/t sur l’échéance rapprochée. La bonne avancée des semis de soja et les récentes pluies aux États-Unis ont pesé sur le marché du soja.

Selon l’USDA, les semis de soja progressent rapidement, avec 90 % des surfaces emblavées au 6 juin, contre 84 % l’an dernier et 79 % en moyenne quinquennale. Le recul des prix a été toutefois limité par les conditions de cultures. Les premières notations de culture aux États-Unis montrent que 67 % des sojas sont jugés « bons à excellents », soit un niveau inférieur aux attentes des opérateurs (70 %) et au niveau de l’an dernier (72 %). En outre, bien que des pluies aient été enregistrées ces derniers jours, ces dernières ont été insuffisantes sur l’ensemble de la zone de production de soja. De plus, un climat sec est attendu pour les deux prochaines semaines.

La publication du rapport mensuel de l’USDA a été un élément marquant de la semaine. Le bilan du soja américain pour la nouvelle campagne de 2021-2022 présente des stocks de fin de campagne en hausse par rapport à 2020-2021. Cela a soulagé un peu de la pression sur le marché de soja. Néanmoins, les stocks devraient rester relativement faibles, et la situation américaine et mondiale apparaît encore très fragile.

Tourteaux : l’ampleur des disponibilités en Amérique du Sud pèse sur les cours

Les prix des tourteaux argentins reculent de presque 7 $/t cette semaine (à 402,5 $/t). Les tourteaux de soja cotés à Chicago se sont contentés d’évoluer dans le sillage de leurs homologues argentins, en affichant un recul de 11 $/t sur une semaine à 421 $/t. De fortes disponibilités en tourteaux argentins, conséquence de la fermeté des prix des huiles, continuent de peser sur le marché de la protéine de soja.

Les tourteaux de soja à Montoir ont suivi le même mouvement de baisse, mais de façon plus limitée. Ils reculent seulement de 4 €/t sur la semaine à 399 €/t, soutenus par un regain de demande de la part des fabricants d’aliments composés.

Le prix du pois fourrager départ Marne de la récolte de 2021 a aussi diminué sur la semaine, de 5 €/t, à 265 €/t, dans le sillage des tourteaux de soja. À ce niveau de prix, le pois n’est pas attractif dans les rations animales. L’état des cultures de pois reste à suivre de près sur les prochaines semaines, compte tenu du temps sec annoncé. Cela pourrait avoir des conséquences sur les pois de printemps en particulier qui sont en floraison un peu plus tardivement que les pois d’hiver.

Le colza entraîné par le canola

Sur la semaine, les cours du colza ont évolué en baisse sur le marché d’Euronext. Ils ont perdu 9 €/t sur l’échéance d’août 21 et s’affichent à 529,75 €/t. Sur le marché physique, le prix a suivi le même mouvement, en cédant 8 €/t, à 535 €/t, en Fob Moselle et 9 €/t, à 536 €/t, à Rouen.

Les conditions de cultures sont plutôt bonnes pour le colza dans l’Union européenne, le temps sec réduisant la pression parasitaire. Les températures sont chaudes, ce qui profite au développement des colzas européens, étant donné que l’humidité des sols est adéquate faisant suite aux précipitations de la fin de mai et du début de juin.

Le cours du colza a par ailleurs été tiré vers le bas par le recul marqué de son homologue canadien et par la baisse des cours de l’huile de palme. Outre Atlantique, des pluies bénéfiques pour le canola canadien et la bonne avancée des semis de canola dans la province de Saskatchewan ont en effet apporté de la pression sur les cours.

À Winnipeg, le canola recule de 16 $/t cette semaine sur l’échéance rapprochée. Le prix de l’huile de palme est lui en recul en raison de la baisse de la demande mondiale depuis le début du mois de juin. Les exportations de la Malaisie au 10 juin sont en effet en net recul par rapport au mois de mai (–15 % environ).

Stabilité en tournesol

Partagés entre la baisse du cours du colza et les risques climatiques (temps sec), les prix du tournesol sont restés stables sur la semaine. Les cotations du tournesol oléique de la nouvelle récolte, celle de 2021-2022, se maintiennent à Saint-Nazaire à 525 €/t et à 515 €/t pour la qualité standard. En mer Noire, les cours Fob du tournesol pour la nouvelle campagne ont progressé de 9,5 $/t sur la semaine à 552 $/t.

Tallage

À suivre : météo mondiale, besoins chinois, pluies sur le Midwest et le nord des USA, situation sanitaire et son impact sur la demande (d’orge notamment), contexte économique et sanitaire mondial (huiles), prix du pétrole, production d’huile de palme en Asie du Sud-Est.

Votre analyse quotidienne du marché - Céréales

Les céréales reculent sur Euronext, dans le sillage de Chicago

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Votre analyse quotidienne du marché - Oléagineux

Le colza recule à nouveau

Les prix du colza reculaient à nouveau, mardi en fin d’après-midi, après avoir rebondi plus tôt dans la journée dans le sillage de l’huile de palme malaisienne.