Les prix des céréales ont gardé leur orientation haussière sous l’effet des dégradations des perspectives de récolte en Russie et des inquiétudes qualitatives dans l’Union européenne. Affaissement en revanche pour le colza à la suite de l’arrivée de pluies au Canada.

Révision en baisse de la récolte blé russe

Les rendements en Russie sont revus en baisse au fur et à mesure de la progression de la récolte vers le centre du pays. De 85 millions de tonnes (voire plus), les estimations se dirigent maintenant vers les 80 millions de tonnes voire moins. C’est le principal facteur à relever cette semaine sur le marché mondial, qui est venu s’ajouter aux conséquences néfastes de la sécheresse sur les blés de printemps aux Etats-Unis et au Canada.

Face à l’ampleur des besoins d’importation, au Proche-Orient surtout et à cause d’engorgement logistique dans le sud de la Russie, les blés se sont renchéris en mer Noire cette semaine (de +12 $/t pour le blé meunier russe à 12,5 % de protéine et de 15 $/t pour le blé ukrainien à 11,5 % de protéine). Tirés par les blés de printemps, les blés d’hiver américains se sont appréciés de 8 à 15 $/t selon la qualité. Les blés français ont suivi la hausse en début de semaine mais ils se sont stabilisés et ont même légèrement chuté en fin de semaine avec l’avancée des opérations de récolte et des prises de bénéfices sur les marchés à terme.

Inquiétudes qualitatives en blé

Même si les perspectives de production ont été dégradées par les excès de précipitations, elles restent correctes et la production de blé tendre française devrait nettement rebondir entre 37 et 37,5 millions de tonnes contre 29,2 l’an dernier. Néanmoins, dans le nord de la France, les potentiels ont été amoindris par les conditions climatiques avec un manque de grains/épi mais aussi des densités plus irrégulières que d’accoutumée. Les conditions climatiques ont provoqué des situations de verse importante, en particulier dans le Nord-Est. En revanche, la situation est meilleure dans le Nord-Ouest.

Les intempéries récentes ont affecté la qualité des blés tendres en France. L’impact des excès de pluies et du temps frais risque d’être sévère sur les temps de chutes de Hagberg ce qui laisse prévoir une proportion non négligeable de blé non-meunier dans l’Union européenne étant donné les dégradations qualitatives qui ont touché aussi le sud-est de l’Union européenne.

Le prix de l’orge monte encore un peu

Avec la fenêtre de beau temps, la moisson des orges d’hiver a largement avancé cette semaine en France et touche à sa fin. En Allemagne, la moitié de la récolte est engrangée ; les pluies excessives tombées récemment ne semblent pas avoir suscité de gros dégâts sur les orges allemandes dont la récolte est attendue en hausse, comme en France. Malgré ces avancées, les prix de l’orge fourragère sont restés soutenus cette semaine. Les facteurs de soutien proviennent à la fois du Canada où les perspectives de récolte ont été réduites à la suite du manque de pluie des dernières semaines (à noter toutefois que la situation hydrique est en train de s’améliorer depuis quelques jours). Ils viennent aussi de la Russie où des surfaces d’orge de printemps plus basses que prévu vont limiter la production.

Le prix des orges a reflété aussi cette semaine l’orientation à la hausse du blé. Cela est particulièrement vrai en Ukraine où les prix Fob de l’orge ont gagné 5 $/t et fait grimper à leur tour de 1 à 2 €/t le prix des orges françaises à 206,25 €/t rendu Rouen. Ces dernières restent beaucoup plus chères que les orges ukrainiennes (+ 25 $/t) mais ne flanchent pas pour l’instant.

Malgré une situation confortable dans l’ouest de l’Union européenne, le bilan mondial de l’orge reste caractérisé par une chute de production (en Amérique du Nord et au Proche Orient notamment) et la prévision de stocks qui déclineront encore cette campagne, sauf renversement improbable de la demande chinoise — il faudrait pour cela un effondrement du cheptel porcin dans le pays ce qui n’est pas prévu malgré le retour de cas de peste porcine ou bien des disponibilités chinoises et mondiales de maïs en plus forte hausse que prévu.

Peu de changement à nouveau sur le créneau brassicole dans l’attente des résultats de récolte (quantitatifs et qualitatifs). Avec la remontée attendue de la consommation de bière, la demande en orge de brasserie est prévue en hausse cette année dans l’Union européenne et les performances qualitatives seront donc scrutées de près.

Les cotations en maïs fluctuent mais restent élevées

La semaine a principalement été rythmée par les conditions météorologiques pour le maïs. Ainsi, un nouvel épisode de gel au Brésil faisait craindre de nouvelles pertes de rendements sur la deuxième récolte du pays tandis que les fortes chaleurs en zone mer Noire atténuaient, au moins temporairement, les perspectives de très bons rendements.

Aux Etats-Unis, les bonnes conditions de croissance sur le sud de la Corn Belt contrastaient toujours avec des conditions plus sèches au nord, qui pourraient atténuer le rebond de la production 2021 par rapport à 2020. C’est ainsi que les prix français ont marqué une hausse sur la semaine à l’instar des prix ukrainiens et américains, notamment en nouvelle récolte. Le maïs Fob Rhin a ainsi gagné près de 10 €/t, à 221 €/t (base juillet, échéance janvier-juin 2022). Le maïs Fob Bordeaux a quant à lui augmenté à 210 €/t (base juillet, échéance octobre-décembre 2021).

Étant restés nettement plus fermes auparavant, les prix en ancienne récolte ont moins progressé. Le marché du blé a également participé au raffermissement des prix du maïs nouvelle récolte avec des retours de moisson plus ou moins mitigés selon les régions. Néanmoins, après cette phase de hausse, les prix repartaient à la baisse hier, mis sous pression par la progression des récoltes des céréales à paille en Europe et en mer Noire et par des ventes hebdomadaires de maïs décevantes aux Etats-Unis, comprenant notamment des annulations de quelques chargements par la Chine. Les fondamentaux du marché mondial du maïs n’ont néanmoins guère évolué. La tension devrait rester de mise pour la campagne à venir mais être néanmoins atténuée par des perspectives de récolte qui restent bonnes sur l’hémisphère Nord.

Petite correction à la baisse pour le prix du colza

Bien que les prix français du colza restent élevés (534 €/t rendu Rouen), ils ont essuyé un recul cette semaine en raison de l’amélioration des conditions climatiques en Europe et au Canada. Dans l’Union européenne, des pluies sont attendues sur les zones de production du nord de l’Union européenne pour les prochains jours, ce qui devrait favoriser le remplissage des gousses. Cela va concerner le nord de la Pologne, les pays baltes et la Scandinavie. Dans les prairies canadiennes, des pluies conséquentes sont venues soulager les cultures dans le nord de l’Alberta, l’est du Saskatchewan et le Manitoba durant les 7 derniers jours. Des pluies sont attendues sur les deux prochaines semaines (surtout dans le centre de l’Alberta et le Manitoba), ce qui devrait améliorer un peu les conditions des canola dans ces régions. Ainsi, le prix du canola sur le marché à terme canadien a reculé de 25 $/t entre le 15 et le 22 juillet, ce qui a pesé sur les prix français (-8 €/t à Rouen et en Fob Moselle). L’évolution de la parité euro/dollar américains a toutefois limité la baisse des prix sur la semaine, tout comme les conditions encore peu propices au développement des cultures dans le Saskatchewan (qui pèse lourd dans la production canadienne de canola).

L’état des cultures au Canada reste d’ailleurs à surveiller de près : de fortes chaleurs sont encore attendues dans les provinces de l’Ouest, avec des températures qui pourraient dépasser de 2 à 5°C les normales de saison. Si ces prévisions se vérifient, elles pourraient stresser davantage les cultures, particulièrement dans le Saskatchewan, déjà très affecté par des conditions excessivement chaudes depuis quelques semaines.

Ainsi, soutenus par ces risques élevés pesant sur la récolte canadienne, les prix des graines de colza dans l’Union européenne ont finalement très peu reculé par rapport à ceux de l’huile de colza (-40 €/t à 1160 €/t à Rotterdam). Cette dernière a vu son prix reculer en raison de la chute du cours de l’huile de soja américains, due au report de l’annonce des obligations d’incorporation de biodiesel de 2021 et 2022 par l’administration Biden. Par ailleurs l’huile de colza fait face à une forte concurrence des biodiesels à base d’huiles usagées provenant de Chine, très compétitifs car la collecte chinoise d’huiles usagées dans les restaurations collectives a repris à un rythme très dynamique. Ces huiles sont particulièrement intéressantes durant l’été, au vu de leurs spécificités techniques (elles sont peu utilisées en hiver dans l’Union européenne car se solidifient lorsque les températures se rapprochent de zéro).

Baisse des prix du soja

Les cours du soja ont légèrement baissé par rapport à la semaine dernière compte tenu du retour des précipitations dans la plupart des zones de culture américains qui souffraient du déficit hydrique. Le prix du soja à Chicago sur le rapproché s’est ainsi déprécié de 11,5 $/t (à 520 $/t). La baisse est toutefois moins marquée sur l’échéance novembre (-6,5 $/t). Globalement, la floraison des cultures dans le Midwest est assez précoce ; 63 % des parcelles sont en fleurs alors que la moyenne des 5 dernières années s’établit à 57 % à la même date. Par ailleurs, le report des décisions de l’administration Biden concernant les obligations de taux d’incorporation dans le biodiesel a pesé sur les prix de l’huile de soja (-49 $/t entre le 15 et le 22 juillet), ce qui a apporté de la lourdeur sur la fève. Le net repli du prix du canola canadien a également alimenté cette dynamique baissière.

Les cours du tourteau de soja ont dégringolé en Amérique mais monté en Europe

Le tourteau de soja à Chicago s’est nettement déprécié, dans le sillage de la fève américains. Il a cédé près de 37 $/t sur la semaine (à 363 $/t sur le CBOT). La cotation fob du tourteau de soja argentin a quant à elle perdu 21 $/t (à 388 $/t) en raison de l’accumulation de stocks dans les usines (forte dynamique de trituration) combinée à un ralentissement de la demande à l’export. Le tourteau argentin peine en effet à trouver des acheteurs sur le marché mondial puisque ces derniers, inquiets des délais d’approvisionnement résultant des très faibles niveaux du fleuve Paraná, reportent leurs commandes. Cela a notamment pour conséquence de réduire les disponibilités pour les acteurs européens, ce qui soutient les cours localement. Le prix du tourteau à Montoir s’est ainsi apprécié de 6 €/t (à 416 €/t) depuis la fin de semaine dernière.

Le cours du pois profite de ce contexte de raréfaction de la protéine pour s’apprécier de 15 €/t sur la semaine (à 250 €/t départ Marne). Les délais de récolte et les craintes sur la qualité et les rendements ont également contribué à ce renchérissement.

Le tournesol s’est valorisé

Le mois de juillet chaud et sec a dégradé le potentiel de rendement du tournesol en Europe centrale, ce qui réduit ce mois-ci nos perspectives de récolte, en Hongrie notamment. Les conditions climatiques, bien que contrastées, demeurent globalement propices à de bonnes récoltes partout ailleurs dans l’Union européenne. Le prix de l’huile a connu une nouvelle envolée cette semaine (+80 €/t), portée par un regain de demande mondiale, ce qui a soutenu les cours du tournesol. La graine ukrainienne Fob s’est ainsi appréciée de 10 $/t sur une semaine (à 507,5 $/t pour le prix nouvelle campagne) et le tournesol français de qualité standard a gagné 30 €/t cette semaine (à 510 €/t à Saint-Nazaire).

Tallage

À suivre : climat dans les prairies canadiennes (colza, blé et orge), dans le Midwest (maïs et soja), en mer Noire (maïs et tournesol), récoltes de blé et d’orge en Union européenne et mer Noire, demande mondiale en huiles des pays émergents, prix du pétrole, politique biocarburant des États-Unis.