Nouvel accès de fièvre cette semaine sur tous les produits, tourteaux de soja, tournesol et maïs en tête.

La météo et les achats soutiennent les prix du blé

Une petite accalmie a été observée sur le marché du blé au milieu de la semaine après le pic atteint lundi dernier. L’échéance décembre d’Euronext est alors grimpée à 211,75 €/t avant de reperdre quelques euros les jours suivants. Les prix repartaient en hausse ce matin sur Euronext (à 210 €/t en milieu d’après-midi vendredi). Sur le marché physique, le blé se retrouve de nouveau plus cher que la semaine dernière, à 210,25 €/t rendu La Pallice (+4,5 €/t) et 206,75 €/t rendu Rouen (+1 €/t) en base juillet.

La progression sur la semaine est toutefois moins forte que celle de la semaine dernière à Rouen et les pluies récentes sur le sud de la Russie n’y sont sans doute pas étrangères. Elles ont apporté du soulagement puisqu’elles ont permis aux semis d’avancer. Néanmoins, ces pluies n’ont pas été suffisantes pour faire disparaître la situation de sécheresse. Comme les prévisions météo n’annoncent pas de grosses précipitations pour les jours qui viennent dans le sud de la Russie, les producteurs restent inquiets quant à la levée et au développement des plantes. En parallèle, l’appréciation des dégâts dus à la sécheresse en Argentine s’affine : cette semaine, après celle de Rosario, c’est la Bourse de Buenos Aires qui révise de nouveau la récolte de blé à la baisse, à 16,8 millions de tonnes (contre 17,5 millions auparavant, loin des 20 millions de tonnes qui auraient pu être récoltées sans cette sécheresse).

Du côté des échanges, le dynamisme du marché reste de mise : l’Algérie a acheté près de 700 000 tonnes cette semaine, juste après son achat de la semaine dernière. Avec ces deux achats consécutifs, elle rattrape une large partie de son retard par rapport à notre prévision d’importation. Les origines européennes sont les plus probables pour servir cet achat, moins chères en Algérie que les blés russes qui ne parviennent pas pour l’instant à s’imposer sur cette destination. Les prix russes ont en effet encore augmenté de 5 $/t (à 255 $/t Fob pour les blés à 12,5 % de protéines), un prix Fob supérieur à celui des blés français (253 $/t).

Le TMO (office d’achat étatique de la Turquie) est revenu aux achats et vient de boucler 125 000 tonnes de blé à 12,5 % de protéines et 50 000 tonnes de blé à 13,5 % de protéines. Enfin, le Gasc égyptien est en train d’acheter à l’heure d’écrire ces lignes, et les offres les plus attractives portent sur des blés russes.

Les primes brassicoles remontent

Les orges fourragères sont restées à la hausse cette semaine mais leur progression a été plus modérée que la semaine passée (+3 €/t rendu Rouen, à 192 €/t en base juillet, contre +13 €/t la semaine dernière). Elles valent 235 $/t Fob, soit le niveau de l’hiver de 2018-2019. Elles sont encore beaucoup plus chères que leurs concurrentes (+20 $/t par rapport aux orges ukrainiennes) mais demeurent poussées vers le haut par la demande chinoise qui assèche actuellement les disponibilités françaises. La Tunisie a acheté 50 000 tonnes cette semaine pour chargement sur la fin de l’année 2020. Le prix pratiqué (239 $/t à l’arrivée) indique probablement une livraison au départ de la mer Noire.

La hausse est plus prononcée pour les orges brassicoles qui ont besoin d’accroître leur prime par rapport aux orges fourragères. D’une part, la Chine importe aussi des grosses quantités d’orges brassicoles actuellement ; d’autre part, la qualité des orges françaises n’est pas aussi bonne qu’espéré avec des quantités non négligeables présentant un taux de protéines un peu haut, entre 11,5 et 12 %. Les orges brassicoles d’hiver gagnent ainsi 7 €/t à Creil, à 194 €/t, et celles de printemps 8 €/t, à 195 €/t.

Nouvelle envolée du maïs

Si la Chine soutient les prix de l’orge, elle exerce aussi un très gros impact sur ceux du maïs qui s’envolent de nouveau cette semaine sur le marché mondial. Le maïs US gagne en effet 14 $/t, le maïs brésilien 21 $/t et le maïs ukrainien 17 $/t. Les prix chinois atteignent des records et cela tire l’ensemble des origines mondiales. Des quotas d’importation à droit réduit sont en place en Chine (7,2 millions de tonnes annuelles) mais les achats de la Chine sur la scène internationale pour la campagne de 2020-2021 (environ 17 millions de tonnes) ont déjà largement dépassé le quota ouvert. Le gouvernement a en effet autorisé certaines compagnies à acheter au-delà du quota.

Deux sources chinoises, selon l’agence de presse Reuters, ont déclaré cette semaine que la Chine était en train d’étudier l’ouverture de nouveaux quotas à droit d’importation réduit, et qu’une partie des quantités importées pourrait contribuer à remplir les réserves du pays. Cette annonce confirme que la Chine devrait rester présente sur le marché d’où l’explosion des prix.

Maïs français et ukrainien au même prix

En Europe, la récolte est encore en cours avec une baisse de production qui se confirme par rapport à l’an dernier ; en France, près de 80 % des surfaces étaient récoltées au début de la semaine. Les résultats décevants contribuent aussi à pousser les prix français vers le haut : ces derniers gagnent 5 €/t environ cette semaine à 198 €/t Fob Rhin et 195,75 €/t Fob Atlantique (base juillet). La hausse des prix français est toutefois modérée par rapport à l’envolée internationale au point que les maïs français Fob Bordeaux (235 $/t) valent maintenant le même prix que les maïs ukrainiens Fob Odessa. Cela illustre les difficultés qui attendent l’Union européenne cette année pour importer et l’importance que vont prendre les disponibilités sud-américaines pour l’équilibre européen. Or, La Niña et ses menaces de sécheresse sur le Brésil et l’Argentine sont encore là…

Le soja poursuit sa hausse

Les cours du soja ont continué à grimper cette semaine, face à la bonne dynamique de demande pour l’origine US et à des retards dans les semis de soja au Brésil. Les prix de la fève de soja ont rebondi de 4 $/t, à 394,5 $/t, à Chicago depuis la semaine dernière. En effet, la demande internationale et chinoise sur l’origine US a été au rendez-vous ces derniers jours. L’USDA a annoncé que 152 404 tonnes de soja US avaient été contractualisées cette semaine à destination du Mexique et 264 000 tonnes vers une destination inconnue. En parallèle, le marché a été animé par les bonnes ventes hebdomadaires US à l’exportation. À 2,2 millions de tonnes (dont 1,2 million de tonnes vers la Chine), elles sont ressorties dans la fourchette haute des attentes, ce qui a exercé un effet haussier sur les cours du soja.

Au Brésil, les conditions sèches enregistrées ces dernières semaines impactent les semis de soja qui accusent un retard considérable par rapport à la moyenne de 5 ans. Selon le cabinet d’analyse brésilien Safra & Mercado, seulement 6,1 % des surfaces ont été semées au 16 octobre (contre 19,5 % l’an dernier à la même date et 17,3 % en moyenne quinquennale). Le maintien des conditions sèches sur les 15 prochains jours et le risque accru du phénomène météo La Niña apportent des craintes sur le bon déroulement des semis pour les semaines à venir. Cela pourrait engendrer une récolte tardive, et par conséquent une tension sur l’offre en soja au début de l’année 2021 compte tenu de l’épuisement du bilan brésilien et de la monopolisation du soja US par la Chine.

À l’opposé, l’accélération des récoltes de soja dans le Midwest américain, associée à des prévisions météorologiques favorables à l’avancement des moissons sur les prochains jours, a toutefois modéré la hausse des cours de la fève de soja. En effet, le « crop progress » de l’USDA (département de l’Agriculture des États-Unis) montre que les récoltes de soja US évoluent toujours sur un bon rythme avec 75 % des surfaces récoltées contre 40 % l’année dernière à la même période et 58 % en moyenne quinquennale.

Les protéines se renchérissent

Sur la semaine, les prix des tourteaux de soja ont rebondi de 11 $/t, à 421,5 $/t à Chicago, pour atteindre leur plus haut niveau depuis mars 2018. Ce rebond est lié à de bonnes ventes des USA à l’exportation cette semaine (322 000 tonnes). À cela s’ajoute la demande soutenue sud-coréenne en tourteaux de soja ces derniers jours, qui a également participé à la hausse des cours. Porté par le mouvement de son homologue américain, le tourteau de soja à Montoir a augmenté de 15 €/t, à 423 €/t, sur la semaine.

Le prix du pois progresse de 2 €/t cette semaine (à 223 €/t départ Marne). Les prix élevés des blés fourragers et des tourteaux de soja renforcent en effet la demande en pois des fabricants d’aliments du bétail. Le pois est actuellement très attractif dans les rations animales.

Raffermissement du colza européen dans le sillage du canola

Cette semaine, les cours du colza ont évolué en hausse (+6 €/t, à 394,75 €/t) sur le marché d’Euronext. Le marché physique a poursuivi le même mouvement. Les prix français de colza ont progressé de 5 €/t en Fob Moselle (à 396 €/t) et dans la même proportion à Rouen (à 395 €/t). Le colza européen a pu profiter du mouvement de son homologue canadien, malgré la hausse du taux de change euro-dollar qui se rapprochait de 1,18 dollar pour 1 euro sur la semaine. À Winnipeg, les cours du canola ont évolué en nette hausse (+17 $/t, à 415 $/t). Le canola continue d’être soutenu par la forte demande à l’exportation et par le complexe soja.

Le tournesol suit le colza

Le cours du tournesol français a grimpé de 25 €/t, à 425 €/t, à Saint-Nazaire pour la qualité standard et de 5 €/t, à 410 €/t, pour les variétés oléiques, dans le sillage de l’huile de tournesol et du colza. La demande industrielle pour les grains reste bien soutenue grâce aux bonnes marges de trituration. Dans la zone de la mer Noire, la récolte se poursuit avec 87 % des surfaces récoltées en Ukraine et 82 % en Russie. Les rendements ukrainiens et russes montrent toujours des niveaux inférieurs à l’année dernière. En conséquence, les prix Fob moyens du tournesol en mer Noire ont augmenté de 10 $/t, à 500 $/t, sur la semaine.

Perspectives de production en baisse pour l’huile de palme

Du côté de l’huile de palme, le marché malaisien s’est apprécié dans un contexte de baisse des perspectives de production dans les mois à venir dans les pays producteurs d’Asie du Sud-Est, en raison des conditions climatiques défavorables. Outre cet élément, de nouvelles restrictions face à l’épidémie de Covid-19 à Sabah (le principal État producteur malaisien de palme) pourraient aggraver la pénurie de main-d’œuvre, et par conséquent la baisse de la production de palme.

Tallage

> À suivre : conditions climatiques en Europe, mer Noire, USA, Amérique du Sud, récolte de canola, de blé et d’orge en Australie, achats de la Chine tous produits, semis de soja et de maïs en Amérique du Sud, situation sanitaire mondiale.

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