Les inquiétudes climatiques soutiennent les prix de la nouvelle récolte en céréales à paille. Sur le marché du maïs, c’est le retour imminent des droits à l’importation qui fait l’actualité. Le colza pâtit de la faiblesse des huiles et du pétrole.

Le blé de l’ancienne récolte monte et redescend

Le marché du blé a démarré en trombe cette semaine avec une augmentation de 5 €/t lundi 20 avril 2020. L’échéance de mai du Matif a ainsi clôturé à 203,75 €/t lundi soir (contre 198,5 €/t le vendredi 17 avril). Cette nette hausse a suivi l’achat de blé français par l’Égypte à la fin de la semaine dernière et le rebondissement des prix russes à la mi-avril.

En Russie, les exportations continuent bon train. Il apparaît de plus en plus probable que la limite autorisée par le gouvernement pour les chargements du dernier trimestre de la campagne sera atteinte avant la fin de juin. Les prix russes avaient ainsi gagné 7 $/t la semaine dernière et cela s’est reporté sur les prix français de l’ancienne récolte au début de la semaine. Ces derniers se sont affaissés ensuite à 197,75 €/t au milieu de l’après-midi du vendredi 24 avril pour l’échéance mai du Matif et à 197,17 €/t rendu Rouen (base : juillet).

Les prix des blés de l’ancienne récolte se retrouvent maintenant très proches de leur niveau de la fin de semaine dernière. Il semble que la morosité de la demande intérieure à la suite des mesures de confinement contienne maintenant les prix. Le blé souffre en outre d’une forte concurrence du maïs en alimentation animale.

Hausse du blé en nouvelle récolte

Pour la nouvelle récolte, la situation est différente : les prix ont grimpé de 7 €/t à Rouen (à 189 €/t) au début de la semaine, mais n’ont pas reperdu depuis le terrain gagné. Les prix de la nouvelle récolte sont en effet soutenus par la situation climatique qui reste sèche dans le nord de l’Union européenne et en mer Noire. Les pluies du week-end et des jours derniers n’ont pas été suffisantes et les conditions des cultures se dégradent.

En Russie, les analystes ont revu leurs estimations de la récolte de blé à la baisse en dessous de 80 millions de tonnes.

En France, d’après Céré’Obs, le service de FranceAgrimer de suivi de l’état des cultures, 58 % des blés tendres étaient dans un état bon à très bon au 20 avril, en baisse de trois points par rapport à la semaine dernière, mais surtout en nette baisse par rapport à la campagne passée (79 %).

La situation est sèche aussi en Allemagne et dans le sud-est de l’Union européenne. Par ailleurs, plusieurs pays importateurs cherchent à acheter sur le début de la prochaine campagne : l’Arabie Saoudite a par exemple lancé un appel d’offres qui se termine aujourd’hui pour 655 000 tonnes de blé et les Émirats arabes unis sont aussi en train de remplir leurs réserves.

Le temps sec soutient le prix des orges nouvelle récolte

Les orges fourragères rendu Rouen en ancienne récolte ont perdu 2 €/t cette semaine, à 152 €/t, tandis qu’en nouvelle récolte les orges fourragères se sont nettement renchéries de 7 €/t, à 163 €/t (base : juillet).

La baisse des prix ancienne récolte s’explique par l’ampleur des stocks de fin de campagne qui se dessine depuis plusieurs mois et qui s’est accentuée à la suite de la crise du Covid-19.

Pour la campagne de 2020-21, la récolte française est prévue en baisse significative par rapport à celle de 2019. L’offre devrait tout de même être importante à la suite de la forte remontée des stocks de départ. Cela n’a pas empêché les prix de la nouvelle récolte de varier en fonction des conditions de culture.

D’après Céré’Obs, 57 % des orges d’hiver étaient dans un état bon à très bon au 20 avril 2020, en baisse de trois points par rapport à la semaine dernière, mais surtout en nette baisse par rapport à la campagne passée (75 %).

Pour les orges de printemps, la situation n’est guère plus glorieuse avec 69 % des cultures dans un état bon à excellent, en baisse de neuf points par rapport à la semaine précédente (et 86 % à la même date l’an passé). Le temps sec persistant depuis un peu plus d’un mois en France met à mal les potentiels de rendement et soutient les prix.

Cependant, les bilans français et européen s’annoncent toujours lourds sur la prochaine campagne et il faudrait une très forte réduction de la prévision de production pour alléger significativement les bilans d’orge.

Sur le créneau brassicole, pour la récolte de 2020 les orges de printemps sont cotées à 170 €/t et celles d’hiver sont cotées à 165 €/t Fob Creil (base : juillet). Pour ces deux types d’orge, les prix ont gagné 3 €/t par rapport à la semaine dernière. Les potentiels de rendement des orges de brasserie sont également revus à la baisse au fil des semaines, et des inquiétudes pourraient émerger en ce qui concerne les teneurs en protéine, si les conditions sèches persistent au cours du mois de mai. Plus les rendements sont faibles, plus la protéine est concentrée, ce qui pourrait conduire à une double peine pour les orges de brasserie.

Les prix mondiaux du maïs en baisse

Contrairement à la semaine dernière, le prix du maïs diminue légèrement Fob Rhin (–1 €/t, à 162 €/t en base juillet) mais remonte de presque 3 €/t sur la façade atlantique, à 161,25 €/t.

Sur le marché mondial, les cotations sont encore un peu plus basses que celles de la semaine dernière : le maïs vient d’abandonner 7 $/t en Argentine (150 $/t Fob) sous la pression de la récolte qui se poursuit dans le pays et les prix chutent aussi aux États-Unis (USA) (–2 $/t, à 150 $/t) et en mer Noire (–4 $/t, à 172 $/t).

Le marché mondial est dans l’attente de la concrétisation de nouveaux achats de la Chine. Le pays aurait l’intention de constituer des stocks dans la crainte de problèmes à venir liés à l’impact du coronavirus sur les chaînes d’approvisionnement. Le gouvernement chinois aurait annoncé vouloir acheter 30 millions de tonnes de marchandises pour remplir les réserves gouvernementales dont 20 millions de tonnes de maïs. Si cette volonté était confirmée, elle pourrait conduire la Chine à importer du maïs, US notamment.

Cette rumeur a maintenu le marché du maïs en haleine cette semaine mais comme rien n’a été concrétisé pour l’instant — les ventes hebdomadaires des USA sont bien en dessous des prévisions — les prix ont fini par lâcher du terrain. L’extrême morosité du secteur de l’éthanol et les prix très bas du pétrole continuent aussi de comprimer les prix des maïs mondiaux vers le bas.

Vers un retour des droits à l’importation en maïs ?

La conséquence de cette baisse des prix mondiaux est que le prix du maïs US s’est fortement rapproché du prix de seuil de 157 €/t dans l’UE. Si le prix du maïs US, calculé à l’arrivée à Rotterdam, est inférieur au prix de seuil, alors s’applique dans l’Union européenne un droit d’importation calculé comme la différence entre le prix de seuil et le prix du maïs US.

Pour l’instant, le droit officiel au moment d’écrire ces lignes est encore de zéro, mais le décompte des maïs US par rapport au prix de seuil dépasse maintenant 5 €/t, ce qui devrait déclencher la mise en place d’un droit positif légèrement supérieur à 5 €/t. Le marché est donc dans l’attente d’une publication de Bruxelles à ce sujet.

Le droit calculé sur la base des prix US s’appliquera à toutes les origines (avec une réduction pour les maïs sud-américains). Il devra donc s’appliquer aussi aux maïs ukrainiens que cela risque de pousser vers le bas afin qu’ils ne perdent pas en compétitivité à destination de l’Union européenne au profit des maïs bulgares ou roumains.

Fondamentalement, le fait qu’un droit s’applique maintenant aux importations de maïs qui entrent dans l’Union européenne ne va pas changer grand-chose à la situation européenne. Même avec le droit, les maïs sud-américains vont rester très attractifs sur les mois qui viennent et les importations de l’Union européenne devraient donc rester importantes.

Depuis début d’octobre 2019, l’Union européenne a importé 11,6 millions de tonnes en provenance des pays tiers et elle devrait en acheter au total 19 millions de tonnes (donc encore plus de 7 millions de tonnes d’ici à la fin de septembre 2020).

Néanmoins, étant donné que nous sommes maintenant dans un territoire où le droit d’importation peut vite augmenter en cas de nouvelle baisse des prix sur le marché mondial, cela pourrait repousser quelques achats, les opérateurs préférant ne pas prendre de risque.

Cela pourrait expliquer en partie la hausse des prix sur la façade atlantique cette semaine, d’autant plus que l’on apprend aujourd’hui que l’Ukraine serait en train d’étudier la possibilité de limiter ses exportations de maïs.

Le soja se stabilise tout juste sous le poids du pétrole

Le prix du soja US reste historiquement faible cette semaine, en s’établissant à 308 $/t pour l’échéance de mai 2020 sur le marché de Chicago au 23 avril 2020 (+1 $/t sur une semaine). Son prix recule légèrement sur la nouvelle campagne, à 312 $/t sur novembre 2020 (–2 $/t). Les cours du soja sont tiraillés entre plusieurs éléments.

Parmi les éléments baissiers, on peut citer la demande à l’exportation restée très faible entre le 17 et le 21 avril 2020, l’attractivité du soja brésilien coupant toujours l’herbe sous le pied des exportateurs américains (US). La faiblesse du real, la monnaie brésilienne, dope la compétitivité de la fève sur l’ensemble des destinations.

Par ailleurs, les cours du soja ont été « plombés » par l’influence baissière de l’huile de soja, affectée par le nouvel effondrement du prix mondial du baril de pétrole. Ce dernier est tombé en dessous de zéro lors d’une séance historique le lundi 20 avril 2002 pour des livraisons rapprochées. Les capacités de stockage étaient arrivées à saturation en Amérique du Nord avec un effondrement de la demande lié aux mesures de lutte contre le Covid-19. Bien qu’il se soit légèrement repris depuis, le pétrole a perdu 7 % sur la semaine, à 16,5 $ le baril.

Le cours de l’huile de soja à Chicago a suivi en partie, perdant 3 % sur la même période.

Enfin, les semis US de la nouvelle campagne semblent pour le moment démarrer dans d’excellentes conditions pour le soja. Les retards exceptionnels de l’an dernier ne devraient pas se répéter.

Quelques éléments haussiers en soja

Finalement, de nouveaux achats de soja US par la Chine ont été annoncés à partir du mercredi 22 avril 2020 et sont venus apporter du soutien aux prix. Le gouvernement chinois tente de respecter l’accord signé avec son partenaire américain au mois de janvier dernier.

Ces achats, qui sont faits à des prix supérieurs à ceux proposés par les brésiliens, pourraient être destinés à alimenter les réserves stratégiques d’État, pour faire face à des périodes éventuelles de pénurie. Cela a ainsi permis une petite remontée des prix, qui a effacé le recul sur le début de la semaine.

Par ailleurs, la capacité d’exportation de l’Argentine a été revue à la baisse cette semaine par les analystes de la Bourse de Rosario : avec une sécheresse pendant la fin de cycle, la récolte de soja argentine a été diminuée. Ce déficit pluviométrique enregistré sur mars-avril 2020 dans le nord de l’Argentine, au Paraguay, en Uruguay et dans une grande partie du sud du Brésil a également asséché la rivière Paraguay et le fleuve Paraná. Cela entraîne de grandes difficultés de navigation. Une centaine de barges sont bloquées au Paraguay par le très faible niveau des eaux et ne peuvent atteindre les ports de l’Atlantique. Si la situation ne se normalise pas, cela pourrait soutenir les prix mondiaux.

Le tourteau de soja voit, lui, son prix plutôt légèrement reculer, avec une production qui reste dynamique. Cette dernière est soutenue par des marges de trituration attractives en soja aux USA, et bien meilleures que celles du colza dans l’Union européenne.

Le prix du tourteau de soja recule de 3 $/t à Chicago et de 4 €/t à Montoir cette semaine.

Le pois voit son prix grimper de 9 €/t avec un afflux d’achats de couverture sur le rapproché, et un temps sec qui compromet les rendements de la récolte à venir.

Les huiles pèsent sur le prix du colza

La demande en huiles végétales continue d’être fortement affectée par les fermetures de restaurants dans de très nombreux pays du monde. Même si le déconfinement en Chine est en cours, les restaurants subissent une fréquentation inférieure à la normale, quand certains doivent rester fermer en raison de l’apparition de nouveaux foyers de coronavirus. Les acheteurs chinois d’huiles ne sont pas très actifs à l’heure actuelle.

En Inde, le confinement a été prolongé jusqu’au début de mai, ce qui ralentit aussi fortement la consommation et les achats d’huiles de ce pays.

La chute du prix du pétrole a apporté aussi son effet baissier sur les prix.

Toutefois, les inquiétudes pour la nouvelle récolte de colza dans l’Union européenne et en Ukraine s’accroissent et limitent la baisse des cours cette semaine. Que ce soit dans l’ouest de l’Union européenne, en Pologne, en Allemagne, dans le centre et l’est du bloc européen, les précipitations ont été fortement déficitaires sur les quatre dernières semaines.

Un temps sec qui, s’il persistait, réduirait fortement le potentiel des cultures. Des précipitations sont prévues sur les deux prochaines semaines. Leur arrivée sera clef pour le niveau de production de la récolte de 2020.

Finalement sur la semaine, le colza français voit son prix reculer de 2 €/t en Fob Moselle sur le rapproché et de 2 €/t en nouvelle récolte (Euronext, échéance d’août 2020).

Le prix du tournesol affecté par la faible demande en huile

Tout comme le colza, le tournesol voit son prix reculer cette semaine, de 2,5 €/t, à 335 €/t, à Saint-Nazaire. Malgré de bonnes marges de trituration actuellement, les achats ne sont pas très dynamiques, car l’activité des usines sur la fin de campagne (mai-juin) a déjà été fixée au préalable.

En mer Noire, l’activité des industriels sur la fin de campagne nécessite des achats auprès des agriculteurs. Afin d’attirer les volumes recherchés, les prix ont grimpé sur la semaine (+10 $/t en Fob mer Noire). Cela a réduit les marges de trituration en Ukraine et Russie mais elles restent à des niveaux rémunérateurs.

Tout comme en colza, le climat reste à surveiller car les semis se sont faits dans des conditions sèches dans les pays producteurs de tournesol de l’ouest de l’Union européenne (à l’exception de l’Espagne) et en mer Noire. Des pluies seront rapidement nécessaires.

Tallage

À suivre : pluviométrie en Europe et mer Noire (blé, orge, maïs, colza, tournesol), droits d’importation du maïs, politique d’exportation de l’Ukraine, achats de soja US par la Chine, prix du baril de pétrole, mesures de confinement en Inde, dans l’Union européenne et en Chine (demande en biodiesel et huiles alimentaires), semis en Amérique du Nord (soja et canola).

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