Quelle que soit la matière première, les cours ont progressé au cours de la semaine en raison de la persistance du temps sec en Europe de l’Ouest et en Amérique du Nord. Les stocks s’annoncent toujours aussi bas pour la fin de la campagne pour les principales céréales, ainsi que pour le colza et le soja. La spéculation sur les marchés à terme est venue exacerber la poussée de fièvre des prix.

Franche hausse des cours du blé, accentuée par les fonds

Au cours de la semaine écoulée, les prix du blé ont progressé nettement puisque les blés français rendu Rouen de la récolte de 2020 ont gagné 16 €/t, à 227,25 €/t, et ceux de la récolte de 2021 ont gagné 14 €/t, à 219,5 €/t. Le Matif a même progressé de 18 €/t, à 238,5 €/t sur l’échéance de mai.

Sur la mer Noire, les prix ukrainiens et russes du blé n’ont pas beaucoup évolué contrairement aux prix européens. Les effets des éléments haussiers du marché ont été accentués par les positions des fonds avec un phénomène de spéculation sensible.

D’un point de vue fondamental, les prix français du complexe céréalier ont réagi au temps sec persistant. En effet, depuis le début de mars, les précipitations sur l’Hexagone sont aux abonnés absents et même si les températures ont été jusqu’à présent inférieures aux moyennes saisonnières, l’inquiétude est vive.

Céré’Obs indique que 85 % des blés sont dans des conditions bonnes à très bonnes, soit un point de moins que la semaine dernière. Pour les quinze prochains jours, les prévisions météorologiques n’indiquent pas ou peu de précipitations et les notations sur l’état des cultures pourraient franchement décliner.

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À l’international, une situation correcte se dessine en Russie à mesure que la neige fond. Cependant, dans le district central des ressemis s’avèrent nécessaires. Au Canada, les conditions sur les principales zones de production restent sèches et inquiètent. Dans l’hémisphère Sud, les situations sont plus propices puisqu’en Argentine des pluies sont tombées et semblent de bon augure pour les semis à venir, tandis qu’en Australie les semis se déroulent dans de bonnes conditions dans l’Est et des pluies dans l’Ouest sont bénéfiques au semis à venir.

Même si les gros producteurs de blé de l’hémisphère Sud font face à de bonnes conditions, les récoltes de ces pays sont lointaines et mille et un événements peuvent encore arriver. En revanche, pour l’hémisphère Nord les conditions sont plus compliquées alors même que les cycles de production sont plus avancés.

Ces éléments sont des facteurs de soutien au prix du blé sur les deux campagnes, d’autant que la prévision de la demande mondiale sur la prochaine campagne est prévue en hausse.

D’ailleurs, des opérateurs ont rapporté que la Chine avait d’ores et déjà acheté au moins 500 000 tonnes de blé français sur la prochaine campagne pour chargement sur le mois d’août (certains échos parlent de près de 1 million de tonnes).

Sur la campagne en cours, la semaine a été peu dynamique puisque seul un achat japonais de 86 000 tonnes de blé américain et canadien n’a eu lieu.

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Les orges profitent de la progression des cours

Les prix de l’orge fourragère française ont également suivi la tendance haussière du blé, dans des proportions similaires. L’orge rendu Rouen a gagné 16 €/t sur l’ancienne campagne, à 211,25 €/t, et 13 €/t sur la nouvelle récolte, à 220,5 €/t. Les orges souffrent aussi du temps sec, d’autant que les gelées au début d’avril avaient déjà été de nature à pénaliser les orges de printemps.

Sur la dernière semaine du mois d’avril, les ports français chargent 152 000 tonnes d’orge vers la Chine. Les exportations françaises vers l’empire du Milieu ont bien ralenti depuis quelques mois, mais vont tout de même permettre de réaliser une campagne d’exportations record vers ce pays, qui aura monopolisé les flux français.

Les conditions bonnes à très bonnes des orges d’hiver ont perdu deux points au cours de la semaine, et celles des orges de printemps ont perdu un point seulement. Les conditions de culture des orges de printemps, comme des orges d’hiver sont bien meilleures que ce qui a été observé l’année dernière à la même période.

Pour les orges de brasserie, les hausses sont plus modérées que pour les orges fourragères puisque le marché brassicole est moins fluide. Les cotations brassicoles de la nouvelle campagne ont marqué une hausse légèrement plus marquée que sur l’ancienne campagne, pour laquelle la demande est insignifiante.

Sur la récolte de 2020, les orges de printemps ont gagné 3 €/t, à 218 €/t, au cours de la semaine et celles d’hiver ont gagné 6 €/t, à 216 €/t. Pour 2021, le prix de l’orge de printemps a augmenté de 7 €/t, à 222 €/t, tout comme celle d’hiver, à 216 €/t.

Le maïs s’affole

Les prix du maïs ont eu une poussée de fièvre ces derniers jours. La cotation Fob Rhin a gagné 10 €/t en une semaine, à 235 €/t, en base juillet et la cotation Fob Atlantique 14 €/t, à 241,75 €/t.

Les cotations françaises ont suivi le mouvement général sur fond de bilan mondial tendu pour 2020-2021. Parmi les éléments haussiers actuels, la demande chinoise ne se dément pas pour le moment avec plus de 28 millions de tonnes de maïs qui pourraient être importés par le géant asiatique.

Le déficit hydrique se creuse également au Brésil pour la Safrinha qui sera récoltée cet été alors que le froid retarde les semis aux États-Unis (USA). La France suscite aussi des inquiétudes justifiées avec un déficit hydrique qui va croissant pour les semis de maïs et la croissance des orges et des blés. De manière plus générale, les prix du maïs sont soutenus par les inquiétudes climatiques en blé (en France et aux USA).

Ces éléments haussiers ne justifient cependant pas une telle hausse, d’autant plus que la récolte argentine de maïs pourrait être plus élevée que prévu. La spéculation sur les marchés a largement contribué à la hausse générale des cours. La hausse des derniers jours devrait ainsi s’annuler, au moins en partie, d’autant plus si les inquiétudes climatiques venaient à s’atténuer. Les prix devraient tout de même rester élevés car tout accident de récolte aurait des répercussions immédiates sur un bilan mondial déjà tendu.

Le colza décolle des deux côtés de l’Atlantique

Les prix mondiaux comme européens ont atteint des records cette semaine. L’approche de la fin de la campagne est synonyme de clôture des échéances de mai 2021 sur Euronext et sur le marché à terme canadien.

À cette occasion, les prix de l’ancienne campagne, faisant suite à des débouclages de positions sur le marché physique, se sont envolés à des niveaux stratosphériques, dépassant temporairement les 600 €/t en cours de séance le 22 avril sur le Matif. En effet, il n’y a quasi plus de colza de 2020 à vendre sur le marché à l’heure actuelle. L’échéance de mai 2021 s’est clôturée à 595,25 €/t à la fin de la journée, ce qui entérine une progression de plus de 87 €/t en une semaine !

La raréfaction des volumes disponibles a aussi entraîné en forte hausse le prix du canola canadien, qui grimpe de 41,5 $/t sur l’échéance de mai 2021 et a dépassé hier – le 22 avril – pour la première fois de son histoire les 700 $/t. Dans un mouvement inédit, des acheteurs canadiens ont acheté deux bateaux ukrainiens pour une livraison en août, reflétant les très faibles stocks attendus en fin de campagne (la moisson ne démarrera pas avant septembre dans les prairies canadiennes).

Les prix de la nouvelle campagne du colza ont également grimpé, les acheteurs se tournant sur leur programme d’approvisionnement sur l’été et l’automne 2021, dans un contexte de forte incertitude des moissons à venir. La demande en colza reste forte vu les excellentes marges de trituration calculées sur le début de la campagne de 2021-2022.

Dans l’Union européenne (UE), le temps sec commence à faire craindre des pertes pour le potentiel des cultures, se rajoutant aux gels tardifs comme facteur de stress.

Au Canada, le temps est froid, et sec, ce qui fait craindre un démarrage tardif des semis. Une forte hausse de surface y est attendue, mais encore faut-il que les conditions soient favorables pour qu’elle puisse se réaliser. Le moindre risque climatique fait trembler les acheteurs et grimper les prix.

En Australie, toutefois, avec un automne humide et relativement chaud actuellement, les semis du canola se passent très bien.

Le tournesol de la nouvelle récolte en forte progression

En France, les prix du tournesol de la nouvelle récolte étaient en forte hausse le 22 avril 2021 au soir pour la graine standard (+20 €/t sur une semaine, à 465 €/t), comme pour la qualité oléique (+25 €/t, à 475 €/t). Les cours ont été notamment soutenus pas le rebond des prix des huiles végétales et de la graine de colza. En outre, le temps froid et le manque de précipitations durant le mois d’avril entraînent des retards des semis en France et en Europe ce qui soutient également les prix.

La situation est similaire dans la zone de la mer Noire, où les semis prennent un peu de retard en raison du froid. Cependant, nous prévoyons toujours des surfaces de tournesols records en Russie et en Ukraine en raison de la très bonne rentabilité de cette culture. Le prix Fob mer Noire était en petite baisse de 5 $/t, à 720 $/t, sur une semaine en raison de faible activité à l’exportation.

Le cours du soja bénéficie du manque de disponibilités aux USA et de l’appétit chinois.

Les prix du soja ont nettement augmenté cette semaine (+42 $/t, à 563 $/t) et ont atteint des niveaux inégalés depuis la campagne de 2013-2014. Cette hausse s’explique notamment par l’accroissement du déficit en fèves US puisque le peu d’offre restant couvre difficilement les forts besoins en trituration et à l’exportation.

Les basses températures dans les plaines font par ailleurs craindre un retard des emblavements en soja et maïs, et ont également contribué à la prise de valeur du soja. Du côté sud-américain, les prix ont été portés par la forte demande à l’exportation au Brésil. Les volumes déjà expédiés en mars auraient atteint un nouveau record pour ce mois et le dynamisme des affrètements comptabilisés en avril annonce des exportations également exceptionnelles pour le mois en cours.

La Chine est restée le principal moteur de l’envolée du soja, compte tenu de ses très importants besoins en tourteaux, qui entretiennent un appétit ogresque chez les triturateurs. Les prix du soja ont aussi profité du soutien des huiles et des graines de colza/canola dont les stocks sont très faibles actuellement.

Le récent repli du dollar US face à un panier de devises concurrentes a également été de nature à soutenir le prix du soja et du complexe oléagineux en toile de fond.

Les prix des tourteaux suivent la hausse du soja

Les cotations du tourteau de soja ont largement bénéficié de la hausse du soja. Le prix US affiche un gain de 23 $/t à Chicago sur la semaine, à 465 $/t, et une hausse de 16 €/t à Montoir, à 420 €/t.

Sur la semaine, le prix du pois fourrager départ Eure-et-Loir pour la campagne en cours a augmenté de 2 €/t, à 277 €/t, dans le sillage du tourteau de soja. La hausse des prix du pois pour la nouvelle campagne a été plus marquée (+8 €/t) à 258 €/t départ Marne en raison de craintes liées à l’impact que pourraient avoir les conditions climatiques froides et sèches affectant les pois à l’heure actuelle en France.

Tallage

À suivre : état des cultures d’hiver en Europe, dans la zone de la mer Noire et aux USA, semis de printemps sur l’hémisphère Nord, conditions climatiques en Amérique du Sud (soja et maïs), production d’huile de palme en Asie du Sud-Est, demande animale et en huile en Chine.

Votre analyse quotidienne du marché - Céréales

Le blé se renforce, soutenu par les caprices de la météo

Les prix du blé progressaient, jeudi 5 août 2021 à la mi-journée, portés par les attentes déçues concernant le volume et la qualité de la production européenne.
Votre analyse quotidienne du marché - Oléagineux

Colza en hausse

Les prix du colza évoluaient dans le vert jeudi sur Euronext, au lendemain d’estimations révisées de la production française de céréales et d’oléagineux