Les prix des céréales poursuivent leur retrait cette semaine par manque de compétitivité en blé et orge, poussés par l’affaissement mondial en maïs. Le soja et le maïs sont tiraillés entre des perspectives d’offres sud-américaines encore incertaines et un risque potentiel de ralentissement de la demande asiatique. Le colza, quant à lui, continue sa montée fulgurante à la suite d’un manque d’offre, d’une demande très forte en huile végétale et de la hausse du pétrole.

Le retrait continue en blé

La baisse des prix du blé, amorcée la semaine dernière s’est poursuivie. Rendu Rouen, les prix de l’ancienne campagne ont abandonné 5 €/t à 222,25 €/t (base : juillet). L’échéance de mai du Matif perd 4,5 €/t, à 223,75 €/t en ce début d’après-midi. La nouvelle récolte a suivi mais de manière moins marquée (–1 €/t rendu Rouen, à 119,5 €/t, et –3 €/t sur le Matif pour l’échéance de septembre (à 199,25 €/t).

Première conséquence de cette évolution : la prime des blés de la récolte de 2020 reste élevée par rapport à ceux de la récolte de 2021 mais elle commence à diminuer. Seconde conséquence : les prix français retrouvent un peu de compétitivité sur le marché mondial alors qu’ils étaient devenus beaucoup trop chers à la fois par rapport aux blés concurrents de la mer Noire et aussi face à ceux de l’Allemagne, de la Pologne et des pays baltes.

Cette situation de manque de compétitivité au début de la semaine a été sanctionnée lors des deux achats de l’Algérie et de l’Égypte cette semaine. L’Algérie a acheté entre 400 000 et 500 000 tonnes de blé le mardi 9 mars 2021 pour chargement en mars-avril ; les origines sont optionnelles et il n’est pas certain que les blés français emportent le gros lot. L’Égypte, quant à elle, a passé contrat pour 300 000 tonnes de blé roumain à charger avant le 25 avril 2021. L’appel d’offres de l’Égypte a suscité un grand nombre d’offres montrant qu’il reste encore des disponibilités exportables en mer Noire et dans l’Union européenne (UE). Il a aussi contribué à faire chuter le prix des blés français, non retenus par l’Égypte.

Des nouvelles positives sur l’état des cultures

Du côté des cultures, la situation reste bonne pour les blés d’hiver en France : 88 % sont dans un état bon ou excellent, situation stable par rapport à celle de la semaine dernière et en nette hausse par rapport aux 67 % de l’an dernier à la même date.

Les blés ukrainiens sortent de l’hiver en bonne condition et cela vient compléter le panorama meilleur que prévu la semaine dernière pour les blés russes. Les prix russes sont assez stables mais les prix ukrainiens diminuent de 2 $/t sur la semaine.

Aux États-Unis (USA), des pluies sont annoncées sur les plaines de production des blés d’hiver et cela vient peser sur les prix des blés US HRW. Ces derniers perdent 2 $/t par rapport au vendredi 5 mars 2021. Ces évolutions de prix des deux côtés de l’Atlantique sont donc venues peser sur les prix français.

Affaissement en orge aussi

Pour l’orge fourragère aussi, les prix sont restés à la baisse cette semaine. Ils perdent 4 €/t rendu Rouen (à 205,25 €/t), ce qui les conduit à 258 $/t Fob Rouen.

Pourtant, la semaine a été marquée par un achat de 600 000 tonnes d’orge de la part de l’Arabie Saoudite. En fait, il semble que l’essentiel de l’achat porte sur des orges russes (240 $/t Fob), beaucoup moins chères que les orges françaises. Les orges australiennes pourraient aussi profiter de cette vente mais ces dernières (253 $/t Fob), pénalisées par un fret plus élevé, n’apparaissent pas très attractives par rapport aux russes.

L’activité reste donc soutenue sur le marché mondial de l’orge avec des appels d’offres en cours de la part de l’Algérie (50 000 tonnes), pour un chargement rapide d’ici à la fin de mars 2021, et de la Jordanie (120 000 tonnes). L’appel d’offres de la Jordanie porte toutefois sur des chargements en octobre-novembre. Il concerne donc la prochaine campagne. Malgré des chargements d’environ 65 000 tonnes d’orge française vers la Chine ces jours-ci, les prix des orges fourragères françaises de la récolte de 2020 manquent donc de soutien et ne résistent pas à la baisse des prix du blé.

Les prix montent légèrement en revanche pour les orges de la récolte de 2021, fourragères (+1 €/t, à 203 €/t rendu Rouen) et brassicoles (+2 €/t, à 211 €/t Fob Creil pour les orges d’hiver et 217 €/t pour les orges de printemps). Cette montée peut s’expliquer par le glissement en train de s’opérer des achats de plusieurs pays importateurs vers la nouvelle campagne. Par ailleurs, les exportations de malt sont actuellement vigoureuses et cela soutient les prix brassicoles.

Les prix du maïs sensibles à l’arrivée des récoltes de l’Amérique du Sud

Le maïs français reste assez stable Fob Rhin (227 €/t en base juillet) mais il baisse encore de 3 €/t sur la façade atlantique à 222,5 €/t Fob Bordeaux. Cette baisse résulte de l’influence mondiale, les prix US abandonnant 7 $/t cette semaine, les prix argentins 2 $/t et les prix ukrainiens 3,5 $/t.

Le marché mondial est caractérisé par deux tendances qui s’opposent :

  • D’un côté, le retard de la récolte persiste au Brésil et les estimations de la récolte argentine se dégradent encore à 45 millions de tonnes selon la Bourse de Buenos Aires (46 millions auparavant) à cause de l’impact de la sécheresse des mois précédents. Les exportations des USA sont par ailleurs élevées et l’USDA (le ministère américain de l’Agriculture) les a maintenues à 66 millions de tonnes pour la campagne de 2020-21 dans sa publication de mardi dernier (+47 % par rapport à l’an passé).
  • D’un autre côté, les inquiétudes vont grandissantes au sujet du nouveau développement de la grippe porcine en Chine. Cette épidémie ne vient pas encore remettre en question le fort besoin d’importation de la Chine. Cependant, elle est à surveiller d’extrêmement près. Elle suscite de la nervosité sur le marché mondial. Dans ce contexte, l’arrivée imminente des récoltes sud-américaines — même si un peu moins élevées que prévu — pèse sur les prix et vient affecter les valeurs européennes.

La hausse du prix des colzas s’est poursuivie

La raréfaction des disponibilités physiques en graines de colza et la forte demande en huile de palme malaisienne ont été les principaux carburants de la hausse des prix du colza cette semaine.

Les cours sur Euronext ont franchi un nouveau record historique durant la séance du 8 mars 2021 et terminent la semaine avec un gain de 4,5 €/t (à 519 €/t). Cette embellie a également profité au prix du colza français Fob Moselle qui gagne 4 €/t (à 527 €/t). Le prix rendu Rouen est lui pratiquement inchangé sur la semaine (à 520 €/t).

Outre-Atlantique, les prix du canola sur le marché à terme ont encore plus fortement grimpé, de plus de 20 $/t (à 637 $/t), reflétant une très vive tension. Les besoins en trituration sont restés soutenus partout dans le monde compte tenu de la forte demande en huile de colza pour pallier le manque de disponibilités en huile de palme.

Le complexe colza a ainsi largement profité de l’envolée des prix de l’huile asiatique cette semaine, elle-même alimentée par une anticipation d’un sursaut de consommation avant le Ramadan alors que les niveaux d’offre restent bas.

Le renchérissement du prix du pétrole a également apporté du soutien aux prix du colza. Le cours du brut a fortement rebondi sous l’effet de moindres perspectives de production émanant des pays exportateurs de l’OPEP à partir du printemps.

Le prix du soja n’a pas réussi à reprendre sa course folle

La cotation du soja US sur l’échéance de mars est en apparence restée relativement stable d’une semaine à l’autre (à 520 $/t). Les prix ont toutefois été tiraillés entre des perspectives d’offres sud-américaines encore très incertaines et un risque potentiel de ralentissement de la demande asiatique.

Les prix de la fève ont d’abord monté fortement en début de semaine en réponse au retard de récolte au Brésil. Les excédents de pluies limitant la progression des moissonneuses dans plusieurs régions ont soulevé des inquiétudes sur la qualité et les délais de livraison. Le déficit hydrique accumulé en Argentine menaçant le potentiel de rendement à également rajouté de l’huile sur le feu.

Les prix ont ensuite effacé leurs gains durant la semaine à la suite de la publication des dernières prévisions de l’USDA plutôt rassurantes en matière de disponibilités : le ministère a maintenu ses prévisions de stocks aux USA mais revu en hausse la récolte brésilienne. Le soja a également été pénalisé par le regain d’inquiétude en Chine où les signes d’une recrudescence de l’épidémie de peste porcine africaine se sont multipliés et font craindre un affaissement de la demande animale dans les mois à venir.

Les prix du tourteau de soja ont été particulièrement impactés par ce dernier élément. Ils ont cédé presque 18 $/t en Argentine (à 424 $/t), 16 $/t à Chicago (à 443 $/t) et 12 €/t à Montoir à 424 €/t.

Le tournesol français s’apprécie davantage

Le prix du tournesol n’a pas été épargné par l’appréciation des graines concurrentes. Le cours à Saint-Nazaire a gagné 10 €/t ce mois-ci (à 565 €/t) afin de rationner une demande s’avérant trop importante face aux faibles stocks restants.

Le cours Fob Ukraine s’est aussi renchéri de 10 $/t (à 725 $/t), faute de disponibilités pour satisfaire la forte demande des triturateurs.

Tallage

À suivre : compétitivité des blés français, conditions climatiques sur les cultures d’hiver dans l’hémisphère Nord, recrudescence de la peste porcine africaine en Chine, avancée des récoltes au Brésil et climat en Argentine (soja et maïs), prix du pétrole.

Votre analyse quotidienne du marché - Céréales

Légère baisse du blé

Les prix du blé reculaient légèrement mardi 27 juillet 2021 en fin d’après-midi, dans un marché attentif à la progression de la moisson en Europe et chez les pays importateurs.
Votre analyse quotidienne du marché - Oléagineux

Le colza en hausse, soutenu par l’huile de palme

Les prix du colza progressaient mardi 27 juillet 2021 sur le marché européen dans le sillage de l’huile de palme et du soja.