Les prix de la plupart des céréales et oléagineux français sont en légère hausse. Celui du blé reste cependant toujours comprimé par les attentes sur la récolte russe. Les taxes chinoises imposées à l’orge australien bénéficient aux exportations françaises. Le temps sec profite, quant à lui, aux cours du colza et soja.

Léger rebond pour le blé

Les blés français ont connu un léger rebond au cours de la semaine dans le sillage d’une hausse des prix à Chicago et grâce à l’annonce d’un appel d’offres algérien. L’Algérie a acheté un volume évalué à 560 000 tonnes, à 231,5 €/t CAF pour chargement en septembre-octobre. D’après les retours des opérateurs, les volumes seraient principalement originaires des pays baltes mais également de l’Allemagne et de la France.

Les blés français se sont toutefois contractés jeudi avant de repartir à la hausse vendredi. D’une semaine sur l’autre, l’échéance de septembre d’Euronext gagne 2 €/t, atteignant 181 €/t jeudi. Les prix rendu Rouen gagnent environ 1 €/t, à 180,5 €/t. Le marché américain a été un facteur de soutien des prix européens du blé sur la semaine, contrairement à la parité euro/dollar qui pèse toujours sur la compétitivité des blés européens. Le 19 août, l’euro a même atteint son plus haut niveau face au dollar depuis mars 2018, à plus de 1,19, avant de se relâcher légèrement le lendemain.

La France, avec sa petite récolte de blé, a du mal à se positionner à l’exportation face aux concurrents. Les volumes exportés à ce jour sont principalement destinés à l’Algérie et à la Chine. La France continue à bénéficier des tensions que la Chine entretient avec plusieurs de ses partenaires commerciaux habituels. Les chargements de la France vers la Chine se poursuivent à un rythme soutenu en ce début de campagne. Près de 200 000 tonnes de blé ont déjà été chargées depuis le 1er juillet vers cette destination. Ce flux va se poursuivre sur les prochains mois, compte tenu des volumes déjà achetés.

Les révisions à la hausse de la récolte russe restent également un frein à la hausse des prix européens. Les dernières projections propulsent la récolte russe à plus de 80 Mt (jusqu’à 82 Mt selon certains prévisionnistes), bien au-dessus de ce qui était anticipé il y a encore quelques semaines. Dans la zone de la Volga, les rendements atteignent des niveaux records. Toutefois, des déceptions pourraient survenir concernant les rendements dans les dernières zones récoltées. Des craintes émergent notamment pour l’Oural et pour la Sibérie. À ce jour, 15 % des récoltes sont réalisées en Sibérie, et les rendements enregistrés sont inférieurs aux rendements moyens des cinq dernières années. Par ailleurs, des ports de la mer Noire devraient augmenter les frais de chargement d’environ 3 $/t à partir du 1er octobre. Cela entraînerait une hausse substantielle des frais de logistique sur cette origine.

Ailleurs dans le monde, les projections pour l’Australie sont toujours optimistes, avec des pluies bienvenues au mois d’août sur une grande partie du pays. Au Canada, où les prévisions de production sont également très élevées, de légers retards ont été pris dans les premières récoltes dans l’est des Prairies en raison de pluies localisées. En revanche, en Argentine, la sécheresse sévère, considérée comme la pire des dix dernières années, a limité les surfaces consacrées au blé et pèse désormais sur les prévisions de rendement. De plus, la Bourse de Buenos Aires alerte sur les conséquences de gelées intenses survenues cette semaine, et qui pourraient réduire le potentiel de rendement des cultures les plus avancées.

L’orge française reste bien plus chère que les autres

La semaine a été plutôt active sur le marché mondial. La Thaïlande a acheté plus de 100 000 tonnes d’orge australienne tandis que le Japon et la Turquie ont chacun lancé un appel d’offres. La France n’est pas sur la liste des origines prétendantes à ces appels d’offres puisqu’elle demeure l’une des origines exportatrices les plus chères.

La Chine ayant imposé des taxes dissuasives à l’encontre des orges australiennes, la France est largement mobilisée pour fournir à la Chine d’importants volumes d’orge. Cette demande continue de soutenir les prix français, tandis que les autres origines exportatrices voient leur prix reculer d’une semaine sur l’autre. L’Australie enregistre la baisse la plus marquée de la semaine (–6 $/t). Privée du marché chinois, elle pourrait accumuler des stocks pléthoriques à des niveaux rarement atteints.

De plus, les bonnes conditions climatiques en Australie sont favorables au cycle des céréales d’hiver après deux années de sévère sécheresse. Cependant, une fois la demande chinoise en orge française tarie (potentiellement une fois la récolte canadienne engrangée), alors les prix français pourraient chuter sous la pression des autres origines exportatrices actuellement bien plus compétitives (l’orge russe est cotée 20 $/t sous l’orge française).

Pour les orges de brasserie, les prix ont peu évolué et restent plus chers que les orges brassicoles anglaises et scandinaves. Les prix brassicoles français sont également soutenus par la demande chinoise (au moins 120 000 tonnes devraient être chargées sur la dernière semaine d’août). La différence entre les prix brassicoles d’hiver et de printemps n’est que de 2 €/t, comme la semaine dernière. Ce faible écart pourrait se maintenir au cours de la campagne, puisque les disponibilités en orge d’hiver apte à la brasserie sont inférieures à celles d’orge de printemps cette année en France.

Les prix français de maïs évoluent peu

Les prix du maïs américain ont été reconduits au cours de la semaine, tandis qu’en Ukraine et en Argentine les prix ont gagné 3 $/t et même jusqu’à 6 $/t au Brésil. La récolte en Ukraine démarre tout juste, tandis qu’au Brésil une bonne partie est déjà dans la benne.

Les dernières prévisions indiquent que les rendements aux États-Unis pourraient être supérieurs à la moyenne, ce qui explique que les maïs américains aient résisté à la pression haussière des autres origines productrices. Un tour de plaine très attendu est en cours aux États-Unis. Il pourrait influencer le marché dans les jours à venir, cette période de l’année étant fortement sujette aux « weather market » pour le maïs. Le but de ce tour de plaine sera notamment d’évaluer sur le terrain les dégâts occasionnés par la tempête Derecho qui a frappé l’Iowa le 10 août 2020.

Les prix français de maïs ont été tiraillés entre des évolutions en ordre dispersé à l’échelle mondiale et des précipitations disparates sur le territoire français. D’après Céré’Obs, 62 % des surfaces françaises de maïs se trouvaient dans un état bon à excellent au 17 août, soit un niveau identique à l’année dernière à la même période. Sur le Rhin, les cotations ont gagné 1 €/t pour les deux récoltes À Bordeaux en revanche, le maïs récolté en 2019 a perdu 1 €/t, tandis que celui de la récolte de 2020 a gagné 3,5 €/t (à respectivement 188 €/t et 167,5 €/t).

Le colza français reprend des couleurs

Les prix du colza français ont bénéficié d’une légère reprise cette semaine, soutenus par le temps sec qui touche une partie de l’Union européenne et de la région de la mer Noire. La légère hausse du cours du pétrole a aussi apporté un peu de soutien aux prix de la graine oléagineuse cette semaine. Ainsi, le prix du colza Fob Moselle a augmenté de 4 €/t entre le 13 et le 20 août, et les cours sur Euronext ont augmenté de 2 €/t sur novembre 2020, et de 3,25 €/t sur l’échéance de février 2021.

Les moissons de colza ne sont pas encore terminées dans le nord de l’Union européenne. Le temps y a été particulièrement sec sur les quatre dernières semaines, ce qui pourrait affecter les rendements dans toute la zone scandinave et balte. En ce qui concerne la nouvelle récolte, les semis pourraient se dérouler par endroits dans des conditions trop sèches. L’humidité des sols est très inférieure à la normale (au 21 août) dans une grande partie est de la France, en Allemagne, en République tchèque et en Pologne. Les intentions de semis pourraient ainsi ne pas être atteintes dans ces régions si des pluies conséquentes n’arrivent pas rapidement.

En revanche, l’humidité des sols est proche de la normale dans les îles britanniques, dans le centre, le nord et l’ouest de la France, ainsi qu’en Europe du Centre et de l’Est. Du côté de la mer Noire, les inquiétudes sont grandissantes pour les semis. L’Ukraine et la Moldavie sont particulièrement affectées par la sécheresse.

Au niveau mondial, les prix du colza sont au contraire sous pression. Les cours du canola ont reculé de près de 2 $/t sur la semaine en raison de bonnes conditions pour les cultures sur la fin de cycle. Par ailleurs, les ventes des agriculteurs sur le marché s’accélèrent à l’approche de la moisson afin de libérer les capacités de stockage. La production canadienne s’annonce en effet pour le moment plutôt bonne sur la nouvelle campagne. Les conditions sont également favorables pour le canola en Australie, qui a bénéficié de bonnes précipitations sur les dernières semaines en cette fin d’hiver austral.

Le soja rebondit avec les perspectives de temps sec

Pour le soja, la conjoncture reste positive sur la semaine. Les prix augmentent de 2 $/t sur le marché de Chicago pour l’échéance de novembre. Les achats de soja par les opérateurs chinois sont réguliers. Les ventes déclarées cette semaine s’élèvent à 450 000 tonnes. Par ailleurs, les conditions se sont légèrement dégradées la semaine dernière, avec notamment l’impact de l’ouragan sur les champs de l’Iowa. Toutefois, les cultures de soja sont globalement en très bonne condition, ce que confirme un crop-tour en cours dans le Midwest.

Des précipitations régulières et des températures proches ou un peu supérieures à la normale sont de plus attendues sur les 15 prochains jours. Les risques de fortes pertes de production semblent à ce stade de la campagne écartés. La production de soja américain reste ainsi attendue en nette hausse en 2020. Au Brésil, les semis de soja démarrent habituellement au mois de septembre. Les conditions sont pour le moment correctes à bonnes en termes d’humidité des sols, sauf dans le sud du pays. De fortes précipitations y sont toutefois attendues. Si elles se matérialisent, les craintes de manque d’eau pour les semis de la fève de soja pourraient être levées.

Le tourteau de soja voit son prix remonter nettement cette semaine. Il grimpe de 9 €/t à Montoir et de 4 $/t sur le marché de Chicago. Les tourteaux bénéficient d’un soutien des cours des tourteaux argentins (+9 $/t cette semaine). Les agriculteurs argentins ont en effet récemment réduit nettement leurs ventes de fève, pour se prémunir d’une chute du peso argentin. Cela limite les volumes disponibles pour les triturateurs.

Les prix du tournesol et du pois restent stables

Les cours du tournesol sont reconduits cette semaine, tant en qualité oléique qu’en qualité standard (à 350 €/t à Saint-Nazaire). En mer Noire, la récolte démarre tout juste. Les premiers rendements sont particulièrement médiocres, les zones les plus au sud ayant été très affectées par la sécheresse des dernières semaines. Néanmoins, le potentiel de l’ensemble des surfaces devrait permettre à nouveau une très bonne récolte mondiale. La demande en tournesol des triturateurs devrait rester soutenue dans les mois à venir.

Le cours du pois reste, quant à lui, inchangé : il est toujours coté à 214,5 €/t départ Marne.

Tallage

À suivre : conditions de culture en Amérique du Nord (maïs, soja, canola), avancée des récoltes de colza et de tournesol (Europe, mer Noire), demande chinoise, parité euro/dollar, prix du pétrole.

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