Les annonces de l’Inde en termes d’exportations de blé et le prix du pétrole ont fait grimper les prix agricoles au début de la semaine. La tension baissait en revanche à la fin de la semaine à la suite des précisions indiennes, de quelques pluies, de la reprise des exportations d’huile de palme au départ de l’Indonésie et des perspectives de baisse de l’incorporation de biodiesel dans l’Union européenne.

Les prix du blé grimpent très haut puis redescendent

Les prix du blé finissent la semaine à un niveau supérieur à celui de la semaine dernière, résultant d’une très forte hausse au début de la semaine suivie d’un retrait depuis mercredi. Le prix du blé de la récolte de 2021 se situe ainsi à 420,25 €/t rendu Rouen (base juillet), en hausse de 17,00 €/t sur la semaine.

La hausse a été moins prononcée pour la récolte de 2022, à 421,25 €/t (+8,50 €/t). Sur Euronext, avec la chute en cours cet après-midi, l’échéance de septembre se situe actuellement à 418,00 €/t, en progression de seulement 1,50 €/t par rapport à la clôture de vendredi dernier. Entre-temps, cette échéance avait terminé à 438,25 €/t lundi soir.

L’ensemble des origines mondiales, à l’exception de l’Ukraine, ont vu leur blé se renchérir fortement au début de la semaine avec l’annonce de l’Inde, samedi dernier, de stopper ses exportations de blé.

L’Inde souffle le chaud et le froid sur le blé

L’Inde joue un rôle important sur la scène internationale. Ses bonnes récoltes, plusieurs saisons consécutives, lui ont permis d’exporter 3 millions de tonnes de blé en 2020-2021 (campagne de juillet-juin) et plus de 8 millions de tonnes sur la campagne de 2021-2022.

Nous prévoyions des exportations proches de 7 millions de tonnes pour la campagne de 2022-2023. Or, le pays a interdit ses exportations en raison de la difficulté d’approvisionnement à laquelle faisait face l’agence gouvernementale (FCI) qui constitue des réserves de blé pour le programme d’aide aux plus pauvres. En raison de la demande à l’exportation, les producteurs, pour cette campagne, reçoivent un prix plus élevé de la part des exportateurs privés que celui payé par la FCI.

L’Inde a donc voulu assurer le fonctionnement de son programme d’aide intérieure. Cela nous laisse penser, qu’une fois celui-ci rempli, elle pourrait reprendre ses exportations. En outre, les ventes à l’étranger n’ont pas été complètement interdites : les quantités déjà couvertes par des documents signés (lettre de crédit) ont été autorisées à continuer. Puis, au fil de la semaine, le gouvernement indien a permis que les marchandises sous douane puissent aussi quitter le pays (beaucoup d’opérateurs disposent de blé déjà arrivé dans les ports et situé en silos portuaires).

L’Inde a dit qu’elle s’était engagée à vendre 500 000 tonnes à l’Égypte et qu’elle tiendrait cet engagement. Elle a également spécifié que les ventes de gouvernement à gouvernement resteraient possibles : l’Arabie Saoudite et les Émirats comptent bien sur cet engagement ainsi qu’une dizaine d’autres pays.

En conséquence, après la panique du début de la semaine, les opérateurs ont compris que l’Inde ne serait pas absente du marché mondial cette année. Même si elle vend un peu moins que prévu et si ses ventes passent, pour une plus large part que prévu, par le gouvernement plutôt que par les opérateurs privés. Cela a contribué à apaiser les esprits à la fin de la semaine.

Les efforts de l’ONU pour permettre les sorties ukrainiennes

Sur un autre front, l’ONU a réitéré ses efforts cette semaine pour essayer de parvenir à un accord entre plusieurs grandes puissances (États-Unis, Union européenne, Turquie, Ukraine, Russie) afin de faire sortir les céréales bloquées dans les ports ukrainiens.

Les discussions sont en cours mais les déclarations russes laissent prévoir que la tâche sera ardue. Néanmoins, ces discussions sont une étape de plus que les opérateurs suivent de près, après le plan lancé par la Commission européenne la semaine dernière, pour essayer de mobiliser les grains ukrainiens.

Dans ce contexte, il semble que l’Égypte ait refusé un bateau de blé ukrainien, « accaparé » par la Russie et acheminé vers l’Égypte par la Russie. Le ministre des Affaires étrangères ukrainien a remercié l’Égypte pour ce refus.

Quelques pluies apaisantes même si trop faibles

La situation climatique reste inquiétante en France. FranceAgriMer a de nouveau réduit ses notations au 16 mai par rapport à celles de la semaine dernière, à 73 % des blés en état bon à excellent contre 82 % la semaine dernière. Toutefois, les quelques pluies arrivées cette semaine et celles annoncées la semaine prochaine, même faibles, pourraient apporter un petit soulagement par endroits.

Aux États-Unis, les résultats du « crop tour » annuel dans le Kansas annoncent des rendements très bas pour les blés d’hiver. Des pluies annoncées dans les plaines du Sud apportent également un peu de soulagement même s’il est bien tard pour redresser la barre et permettre une amélioration des rendements d’hiver.

Les prix des orges brassicoles s’enflamment

Les prix de l‘orge fourragère française ont augmenté en ancienne récolte (+8,00 €/t, à 426,25 €/t rendu Rouen, base juillet) mais ils ont baissé de 7,00 €/t, à 390,00 €/t, pour la nouvelle récolte. L’ancienne récolte a été influencée par la hausse des prix du blé qui s’est portée aussi sur le prix des orges australiennes.

La nouvelle semble commencer à refléter le fait que la demande adressée à la France risque de ne pas augmenter par rapport à celle de 2021-2022. Pourquoi ? À cause du retour des exportations canadiennes, d’une baisse possible des besoins chinois et d’une concurrence russe. Cette dernière serait encore ravivée si l’ONU parvenait à mettre en place son plan pour l’aide à l’exportation des céréales ukrainiennes.

Les orges de brasserie, elles, continuent de s’enflammer : leur prix, pour la récolte de 2022, a gagné 30,00 €/t pour les variétés d’hiver et de printemps. Cela reflète les grosses inquiétudes climatiques dans l’ouest de l’Union européenne.

Hausse du maïs au début de la semaine puis affaissement

La semaine a été mouvementée pour les prix des céréales et le maïs n’a pas échappé à la règle. Par rapport à la semaine dernière, le maïs Fob Bordeaux perd 2,00 €/t en ancienne récolte, à 357,00 €/t (base juillet). Le maïs Fob Rhin de la récolte de 2021 perd quant à lui 9,00 €/t, à 342,00 €/t (base juillet), retrouvant son niveau de la fin d’avril. Les prix ont cependant fortement augmenté pour la récolte de 2022, passant, en base juillet, au-dessus de ceux de la récolte de 2021 (363,00 €/t Fob Bordeaux et 357,00 €/t Fob Rhin).

Les prix du maïs avaient atteint des sommets au début de la semaine, en sympathie avec le blé, à la suite de l’annonce de l’Inde d’interdire ses exportations de blé. D’autres éléments haussiers ont également fait augmenter les prix de la récolte de 2022 de maïs. Tout d’abord, l’enlisement du conflit en Ukraine pourrait avoir des répercussions encore plus fortes sur la campagne de 2022-2023 (qu’il n’en a eue jusqu’à présent sur 2021-2022) en termes d’exportations ukrainiennes.

Aussi, les conditions sèches pour les céréales en Europe, et plus particulièrement en France, inquiètent. Les semis de maïs sont maintenant terminés en France et les levées largement engagées. Des pluies sont donc nécessaires alors que des restrictions d’irrigation supplémentaires menacent.

Dans le même temps, la deuxième récolte de maïs au Brésil continue d’être révisée en baisse, modérée par les analystes locaux à la suite du temps sec qui a prévalu sur la deuxième moitié de cycle.

Les prix sont toutefois en repli en cette fin de semaine et perdent donc une partie des gains engrangés au début de la semaine. Le marché des céréales semble avoir digéré l’annonce de l’Inde tandis que les semis de maïs aux États-Unis ont mis un coup d’accélérateur cette semaine, dissipant en partie les craintes sur les potentiels de rendements.

Le soja rebondit

Les prix mondiaux du soja ont repris des couleurs cette semaine du fait de la hausse des prix du pétrole (+6 % en une semaine, à 112 $ le baril, avec la forte baisse des stocks de brut aux États-Unis), mais aussi en raison du retard qui persiste pour les semis de soja américains.

Le temps reste en effet assez humide dans les zones de soja aux États-Unis, ce qui continue de freiner les travaux d’ensemencement. Au 13 mai, les semis de soja n’étaient réalisés qu’à hauteur de 30 % contre 39 % en moyenne à cette période de l’année.

Ces derniers jours, une partie du Midwest a encore été arrosé par des précipitations supérieures à la moyenne (Indiana, Ohio), et de fortes précipitations sont encore attendues dans une grande majorité des régions productrices de soja pour les prochains jours. Le retard ne devrait donc pas être rattrapé rapidement. Si ces conditions persistent en juin, cela pourrait affecter la surface américaine et la production de 2022.

De plus, des ventes à l’exportation ont été déclarées à l’USDA (secrétariat américain à l’Agriculture) pour des livraisons sur la nouvelle récolte, ce qui a aussi contribué à « booster » les cours. Ainsi, à Chicago, le contrat novembre 2022 a augmenté de 12,5 $/t entre le 12 et le 19 mai.

Rendement au-dessus des attentes en Argentine

Le prix de la nouvelle récolte du soja Fob Brésil a progressé plus fortement (+18,5 $/t) en raison des pertes sur la récolte de maïs, qui soutiennent les cours de la céréale et du soja local par ricochet. La sécheresse dans le Mato Grosso a affecté le rendement de la seconde récolte de maïs (safrinha).

Par ailleurs, la récolte de soja au Brésil touche à sa fin. Les derniers champs seront récoltés dans les prochains jours dans le sud du pays. Les pluies qui sont tombées récemment retardent toutefois un peu les travaux.

En Argentine, environ deux tiers des surfaces sont récoltés à ce jour. Les rendements s’avèrent pour le moment supérieurs aux attentes, et supérieurs à l’an passé. Les champs qui ont pu être semés (et ont échappé à la sécheresse de janvier-février) ont bénéficié de bonnes conditions climatiques tout au long du cycle de culture. La récolte argentine n’atteindra toutefois pas son potentiel initial étant donné que de nombreux champs ont été ravagés par le manque d’eau et ne seront pas récoltés. La surface argentine totale est ainsi plus basse que ce qui était envisagé il y a quelques mois.

En Ukraine, au 12 mai, les semis de soja étaient plus avancés qu’à l’accoutumée à cette période de l’année (+100 000 ha environ à 730 000 ha). Le moindre besoin en intrants de cette culture semble la favoriser nettement auprès des agriculteurs ukrainiens.

Le prix du tourteau augmente aussi

Sur la semaine, le prix du tourteau de soja a augmenté de 12,00 €/t à 520,00 €/t à Montoir dans le sillage des cours mondiaux, mais aussi sous l’effet d’une demande soutenue des fabricants d’aliments.

La hausse marquée des prix du blé fourrager sur les cotations courant jusqu’à la fin de la campagne de 2021-2022, joue en défaveur de la compétitivité de ce produit face au tourteau de soja. L’attractivité des tourteaux est actuellement très élevée, ce qui favorise la part des tourteaux aux dépens des céréales dans les aliments industriels.

Les cours du pois évoluent en ordre dispersé

Cette semaine, le prix du pois fourrager a perdu 14 €/t à 390 €/t départ Marne sur le rapproché, malgré la hausse des prix du tourteau de soja. Les pois souffrent d’un désintérêt des acheteurs.

Au contraire, les prix pour la nouvelle campagne ont progressé de 35 €/t en deux semaines à 435 €/t, départ Marne. La principale raison de cette hausse est le temps sec qui sévit actuellement en France.

Baisse du colza sous la pression de l’huile de palme

En début de semaine, les cours du colza en France ont légèrement augmenté en raison de la hausse des prix du pétrole, tirés par la levée progressive des restrictions sanitaires à Shanghai, la demande d’adhésion de la Suède et de la Finlande à l’Otan, mais également par le retard des semis du canola au Canada (pluies excessives).

Toutefois, alors que le pétrole a continué de grimper, les prix du colza ont diminué sous la pression des huiles à la fin de la semaine. En effet, le prix de l’huile de palme a fortement chuté à la suite de l’annonce par le gouvernement indonésien de la reprise des exportations d’huile de palme à partir du 23 mai.

Par ailleurs, le marché a aussi été influencé par le fait que l’utilisation de l’huile de colza dans l’Union européenne, à des fins énergétiques, pourrait diminuer à court et moyen terme. En effet, en réponse à la forte hausse du prix des carburants (consécutive à l’éclatement de la guerre en Ukraine) mais également afin d’assurer la sécurité alimentaire, plusieurs pays européens réfléchissent à la modification de leurs obligations d’incorporation afin de diminuer l’utilisation d’huile (notamment de colza) dans la production de biodiesel.

Alors que la Finlande a déjà réduit son obligation, d’autres pays réfléchissent à cette option. En Allemagne, le projet de baisse de l’incorporation des biocarburants semble de plus en plus crédible. Les premiers échos laissent présager une élimination progressive de l’utilisation des biocarburants de première génération dès 2023.

Le gouvernement pourrait abaisser l’utilisation des biocarburants issus de cultures pour respecter le quota de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) de l’Allemagne à 2,5 % en 2023, contre 4,4 % cette année. De plus, cet objectif devrait diminuer progressivement à zéro d’ici à 2030, ce qui engendrerait une baisse de l’utilisation d’huile de colza, remplacée par des huiles alimentaires recyclées.

Finalement, cette semaine les cours du colza en France ont diminué de 26 €/t, atteignant 821 €/t rendu Rouen et 823 €/t en Fob Moselle.

Peu d’évolution pour le tournesol

En France, les prix du tournesol de la nouvelle récolte ont évolué en ordre dispersé depuis la semaine dernière. Ils sont en hausse de 5 €/t à 850 €/t pour la qualité oléique, alors qu’ils sont en baisse de 5 €/t à 820 €/t pour la graine standard à Saint-Nazaire.

Le planning des emblavements est plutôt respecté dans l’Hexagone. Toutefois, le manque de pluies soulève des inquiétudes quant aux perspectives de récolte en France.

Les cotations du tournesol ukrainien rendu Ouest-UE sont reconduites sur la semaine, à 740 $/t. Les plantations de tournesol en Ukraine progressent, mais accusent un retard de 29 % par rapport à l’an dernier, à cause du conflit actuel entre l’Ukraine et la Russie.

Les zones de production majeures de tournesol sont en grande partie situées dans l’est de l’Ukraine, dans des régions très exposées aux affrontements. Les conditions climatiques sont pour le moment plutôt correctes pour les cultures de printemps en Ukraine.

Tallage

À suivre : climat en Europe et Amérique du Nord, change euro/dollar, exportations de blé indiennes, efforts de l’ONU visant à permettre l’exportation des céréales ukrainiennes, prix du pétrole, avancée des semis en Ukraine (tournesol), au Canada (canola), aux États-Unis (soja), situation sanitaire en Chine, situation économique mondiale.

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