Stabilisation en céréales à paille dans un contexte mondial soutenu pour le blé ; les oléagineux bénéficient des perspectives d’accord entre les USA et la Chine. Telle est la synthèse de la semaine.

Stabilité des prix du blé

Les prix du blé se sont stabilisés après le petit fléchissement de la semaine dernière, entre 178 et 179 €/t rendu Rouen (base : juillet). Cela représente une progression de 1 $/t en prix Fob, à 208 $/t, l’euro s’étant apprécié face au dollar au cours de la semaine. Les grèves en France ne perturbent pas encore trop fortement l’approvisionnement portuaire mais les mouvements intérieurs commencent à être impactés.

Les blés français valent 3 $/t de moins que les blés russes à 12,5 % de protéines mais ils sont à parité avec les blés meuniers ukrainiens à 11,5 % de protéines, restés assez stables cette semaine eux aussi.

Tous ces blés se retrouvent donc aujourd’hui dans un mouchoir de poche et la dernière vente à l’Égypte cette semaine en atteste. Après n’avoir retenu que l’origine russe le 3 décembre, l’Égypte a en effet réparti ses achats le 10 décembre entre la Roumanie, la France (2 bateaux, soit 120 000 tonnes), l’Ukraine et la Russie. Cela pour un volume total de 355 000 tonnes à un prix moyen de 238 $/t à destination, supérieur de plus de 2 $/t à celui de la semaine dernière.

Bien que cela ne soit pas rendu public, les ventes de la Russie à l’Iran continuent de soutenir le marché. Il s’agit d’une lame de fond dont l’ampleur n’est pas encore complètement connue : le gouvernement du pays a annoncé un besoin d’importation élevé (proche de 5 millions de tonnes). Il apparaît difficile qu’en tel volume soit acheté rapidement étant donné les difficultés des opérateurs pour financer les ventes vers cette destination, d’une part. La récolte iranienne n’était pas si mauvaise cette année d’autre part et le besoin exprimé semble exagéré. Quoi qu’il en soit, il n’est pas exclu que ce pays achète plus que les 2 millions de tonnes qui sont déjà dans les « bouquins » actuellement, et si cela se produit, ce sera haussier.

Les exportations UE bien engagées en blé

La Russie, dont les exportations ne peuvent guère dépasser les 35 millions de tonnes cette année, doit abandonner de la demande à d’autres exportateurs pour pouvoir servir l’Iran. L’Europe, et la France notamment, en profite.

Les blés américains ont beau voir leur prix chuter encore un peu cette semaine pour essayer de se rapprocher des autres origines mondiales (ils étaient trop chers jusqu’à maintenant), les exportations de l’UE vont bon train. L’Europe a déjà chargé 12 millions de tonnes de blé vers pays tiers contre 8 millions seulement à la même date l’an dernier.

Les exportations de la France n’ont pas progressé aussi vite que celle de l’UE (3,6 millions de tonnes au lieu de 3,4 l’an dernier) car les ventes à l’Algérie, pays qui représente le plus gros débouché pour les blés français, ont été moins dynamiques que l’an dernier. Malgré tout, avec la demande restante de l’Algérie, du Maroc, de l’Afrique subsaharienne et de l’Égypte, la France a de belles perspectives devant elle pour exporter vers pays tiers, à coup sûr, au moins 2 millions de tonnes de plus que l’an passé sur l’ensemble de la campagne. Le bilan publié par FranceAgriMer cette semaine est venu confirmer cet état de fait.

Par ailleurs, de nombreux appels d’offres sont en cours, de la Syrie, de Taïwan, de la Tunisie, de l’Éthiopie. L’activité actuelle soutient donc les prix et le fait que l’USDA ait revu à la baisse cette semaine sa prévision des stocks de blé aux USA y a contribué.

Enfin, parmi les éléments de soutien aussi cette semaine, figure la publication des emblavements français par le ministère de l’agriculture avec un chiffre qui entérine des semis de blé en forte baisse (de plus de 5 %) et qui seront encore probablement révisés plus bas à cause des pluies qui bloquent la fin des semis.

Baisse des prix brassicoles pour 2020

Comme pour le blé, le prix des orges fourragères est resté assez stable cette semaine. Les orges rendus Rouen valent 162,25 €/t (base : juillet), soit 192 $/t Fob, ce qui reste un niveau supérieur à celui des orges russes (186 $/t) mais proche de celui des orges ukrainiennes (190 $/t).

Deux appels d’offres importants sont en cours, l’un pour la Turquie (300 000 tonnes) qui se terminera le 17 décembre et l’autre pour la Tunisie (50 000 tonnes) qui va se clôturer aujourd’hui 13 décembre. Il est probable que l’Ukraine écoule ses derniers volumes disponibles vers la Turquie. Ensuite, elle ne sera plus en mesure de mettre en danger les exportations de l’UE car ses disponibilités seront épuisées. La Russie, en revanche, garde encore de gros volumes à exporter et un bilan qui s’annonce lourd pour la fin de la campagne. Les orges européennes devront donc faire face à cette concurrence encore vive.

Au sein de l’UE, ce sont surtout l’Allemagne et la France qui exportent encore. Les orges baltes ainsi que les orges bulgares et roumaines sont déjà très largement engagées. Il est à noter aussi l’excellente compétitivité de l’orge anglaise au cours des quatre premiers mois de campagne qui a permis au pays d’aligner un panamax (bateau de 60 000 tonnes) vers l’Arabie Saoudite. Le Royaume-Uni n’avait plus exporté vers cette destination depuis mars 2016. Néanmoins, les orges anglaises se sont renchéries depuis. Et le vote du 12 décembre qui a donné la majorité absolue à Boris Johnson va probablement encore accroître leur prix via la hausse de la livre qui en a résulté.

En orge de brasserie, les prix de la récolte de 2019 sont restés stables (à 161 €/t Fob Creil pour les orges d’hiver et 162 €/t pour les orges de printemps). Ceux de la récolte de 2020 se sont affaissés légèrement en revanche, de 1 €/t pour les orges d’hiver (à 171 €/t en base juillet) et de 2 €/t pour les orges de printemps (à 177 €/t).

La perspective d’une forte hausse des surfaces de printemps en remplacement des blés qui ne peuvent être semés continue de peser sur les prix des orges de 2020 même s’il est trop tôt pour avoir une bonne vision de la récolte à venir.

Le maïs à la traîne

Les prix du maïs étaient à la baisse au début de la semaine, en France comme sur le marché mondial. Jeudi soir, le maïs Fob Bordeaux se situait à 163,5 €/t, en baisse de 1,25 €/t par rapport à la semaine dernière. La situation restait comprimée par des importations élevées dans l’UE. À la fin de la semaine néanmoins, la vente de 1,6 million de tonnes de maïs par les USA au Mexique est venue doper les prix américains et la Bourse des grains de Chicago a repris quelques dollars. Cela se conjugue avec une situation plutôt tendue au Brésil à court terme, la suite des exportations très élevées qui ont eu lieu au cours de l’été. Le Brésil devra en effet attendre l’arrivée de sa nouvelle récolte au printemps pour retrouver d’amples disponibilités. Actuellement, il est en train d’importer du maïs argentin. La perspective d’un dénouement ou en tout cas d’un accord partiel entre les USA et la Chine prochainement semblait ravivée la fin de la semaine et le tweet de Donald Trump jeudi 12 décembre a contribué aussi à faire grimper Chicago. La conséquence d’un éventuel accord sera plus importante pour le soja que pour le maïs. Néanmoins, les exportations de maïs américain vers la Chine profiteront d’une situation un peu plus normalisée.

Il reste peu d’éléments baissiers désormais au niveau mondial alors que les yeux se tournent maintenant vers l’estimation de la récolte de maïs aux États-Unis, que l’USDA publiera le mois prochain. Elle n’a pas été modifiée ce mois-ci mais une révision n’est pas à exclure en janvier, les opérations de récolte traînant encore en longueur.

Léger rebond du soja

Cette semaine, les cours du soja ont évolué de façon assez volatile sur le marché américain, tantôt en hausse, tantôt en baisse. L’optimisme qui entourait les négociations commerciales entre les USA et la Chine a été toutefois prépondérant et a été l’élément de soutien principal pour les cours de la fève de soja. Ils ont rebondi de 5 $/t, à 330 $/t, à Chicago sur la semaine.

Les propos de Trump exprimant son optimisme sur un futur accord commercial avec la Chine via Twitter ont en effet ravivé le marché du soja. Néanmoins, il convient de rester prudent sur la mise en place de cet accord à cause des incertitudes concernant les droits de douane américains sur les produits chinois (qui devaient être relevés le 15 décembre). Parallèlement cette semaine, la Chine a ouvert un nouveau quota d’importations exempté de droits de douane pour 1 million de tonnes de soja des USA. L’ouverture de ce quota a été rapidement suivie d’achats par les opérateurs chinois, qui se couvrent pour la période de janvier à février, les disponibilités brésiliennes de l’ancienne campagne étant actuellement épuisées. Cela a aussi eu un effet positif sur les prix.

Du côté du climat, la situation reste favorable en Argentine où les semis de soja progressent. Quelques petites zones dans les provinces de Córdoba et de Santa Fe restent sèches mais cela ne remet pas en cause pour le moment les très bonnes perspectives de production du pays. Au Brésil, des pluies bénéfiques sont attendues dans les principales zones de production de soja, ce qui laisse entrevoir une récolte de soja prometteuse à 121 millions de tonnes (selon le ministère de l’Agriculture brésilien) dépassant le record de 2017-2018.

De leur côté, les cours du tourteau de soja se sont repliés (–8 $/t, à 328 $/t à Chicago) malgré le rebond du soja. Les cours des tourteaux de soja sud-américains, au vu des bonnes conditions climatiques pour le développement des sojas jusqu’ici, ont fortement reculé cette semaine et par ricochet ont « plombé » les cours américains. Les prix français du tourteau de soja à Montoir ont poursuivi le même mouvement en évoluant en baisse mais de façon limitée (–2 €/t, à 331 €/t). La bonne demande des fabricants d’aliments a limité le recul du cours du tourteau de soja.

Malgré la baisse des tourteaux de soja, les prix du pois fourrager ont rebondi de 5 €/t, à 210 €/t, départ Marne, faisant suite à quelques achats de couverture des fabricants d’aliments.

Bonne tenue du tournesol

Face à une bonne demande en huile de tournesol, toujours bien placée par rapport à ses concurrentes, les cours du tournesol ont évolué en hausse marquée cette semaine.

À Saint-Nazaire, ils gagnent 10 €/t, à 360 €/t, tandis que dans la zone de la mer Noire ils ont rebondi de 4 $/t. Cette hausse des prix en mer Noire s’explique par une bonne demande de la part de la Turquie où les marges de trituration sont excellentes à l’heure actuelle.

Le colza poursuit son rebond

Cette semaine, les cours du colza ont poursuivi leur rebond sur le marché d’Euronext (+4,75 €/t, à 399,25 €/t). Sur le marché physique, la hausse des prix a été moins marquée, avec des progressions de 2,5 €/t en rendu Rouen et 3,5 €/t en Fob Moselle.

Plusieurs éléments ont apporté du soutien aux cours oléagineux européens cette semaine.

Tout d’abord, la révision en forte baisse des surfaces de colza par le ministère de l’Agriculture français (–4,9 % par rapport à 2018, le niveau le plus bas depuis 2002), et le faible rétablissement des surfaces pour la récolte de 2020 à l’échelle européenne ont soutenu les cours.

Ensuite le prix de l’huile de palme a encore progressé. Le maintien d’un déficit hydrique depuis plusieurs semaines en Malaisie et en Indonésie laisse craindre une baisse de production d’huile de palme sur le premier semestre de 2020. Par ailleurs, la publication du rapport du Malaysian Palm Oil Board au début de la semaine a montré une réduction marquée de la production de palme en Malaisie (–14 % en novembre par rapport à octobre).

Parallèlement, les cours du soja ont également évolué en hausse sur le marché de Chicago.

Le rebond des prix du baril de pétrole, en raison d’une baisse de la production des pays de l’Opep en novembre, a aussi été un facteur de soutien pour les cours du colza.

Enfin, cette note haussière a été renforcée par la progression des cours du canola canadien à Winnipeg qui gagnent 3 $/t sur la semaine, faisant suite à la publication du rapport de StatCan vendredi dernier. À 18,65 millions de tonnes, la production de canola en 2019-2020 est ressortie à un niveau inférieur aux attentes des opérateurs et serait en baisse de 8 % par rapport à l’année dernière.

Tallage

À suivre : fin des semis de blé en France, compétitivité des orges et des blés français, estimation de la récolte de maïs aux USA en janvier, relations diplomatiques sino-américaines, politique argentine, prix du pétrole, demande en huiles végétales.

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