Les céréales françaises poursuivent leur progression, tirées par le blé dans un contexte rendu inquiétant par les taxes russes, les inquiétudes hivernales aux États-Unis et en Russie ainsi qu’une demande mondiale qui ne se dément pas.

Les blés français poursuivent leur ascension

Le blé est monté au niveau de 240 €/t rendu Rouen hier soir, jeudi 25 février 2021 (base juillet), et a dépassé 245 €/t sur le Matif pour l’échéance mars. Les cotations semblent s’affaisser légèrement ce vendredi 26 février 2021 tout en se maintenant à un haut niveau, le plus haut depuis mai 2013 pour l’échéance la plus rapprochée.

Le principal facteur explicatif est le rythme soutenu des ventes à l’exportation. Même si les ventes à la Chine risquent de ne pas atteindre ce qui était prévu il y a quelques mois à cause de la concurrence australienne, les chargements français à destination de l’Afrique du Nord et de l’Afrique sub-saharienne sont importants et ceux vers Cuba sont plus élevés que prévu.

La France et l’Union européenne auront beau exporter nettement moins que l’an dernier vers les pays tiers (-44 % pour la première et -26 % pour la seconde), les volumes déjà engagés sont importants par rapport à l‘offre. Les stocks de blé attendus en fin de campagne s’annoncent historiquement bas. Cette situation soutient les prix au point que les blés européens sont en train de perdre en compétitivité sur le sud de l’UE au profit des blés ukrainiens. Sur le volet de l’export, la forte montée des prix risque aussi de faire perdre de l’intérêt aux blés européens si ces derniers se maintiennent plus haut que la concurrence.

Soutien du marché mondial pour les blés français

Justement, les origines concurrentes ont grimpé aussi : les prix russes ont ainsi gagné 10 $/t depuis la semaine dernière et les prix US 11 à 13 $/t.

Contrairement aux semaines passées, les blés russes repartent à la hausse car, de nouveau, les opérateurs essaient de maximiser leurs ventes avant l’augmentation de la taxe à l’export dans ce pays au 1er mars. Les très basses températures sur le sud et le centre de la Russie suscitent aussi des inquiétudes pour l’état des blés d’hiver. La hausse des cours aux États-Unis a, elle, reflété la dégradation des conditions des blés d’hiver dans la grande région de production du Kansas ; elle est aussi due à la publication en fin de semaine dernière de la première prévision de l’USDA du bilan de blé américain en 2021/22. Cette dernière affiche en effet une nouvelle réduction des stocks aux États-Unis.

Les blés français ont donc été influencés par ces mouvements et ils sont maintenant nettement plus chers que les blés russes (303 $/t Fob Rouen contre 288 $/t Fob Novorossiysk).

L’ensemble de ces facteurs et l’incertitude que font planer les taxes russes à l’export sur l’approvisionnement mondial du blé poussent donc les prix vers le haut. À noter toutefois que l’inverse entre les prix de l’ancienne et de la nouvelle récolte est important et qu’il s’est encore accru cette semaine (à -38 €/t en base juillet) avec une hausse beaucoup plus faible pour les prix de la nouvelle récolte que pour ceux de l’ancienne.

Le flux chinois soutient encore les prix de l’orge

L’orge a maintenu aussi la progression entamée la semaine dernière mais son évolution est moins marquée que celle du blé. Elle gagne 4 €/t à 216 €/t pour l’ancienne campagne et 2,5 €/t à 206 €/t rendu Rouen (base juillet) pour la nouvelle récolte.

Avec la petite reprise de l’euro face au dollar, les orges françaises s’apprécient quand même de 6 $/t sur le marché mondial, à 274 $/t Fob Rouen. Les orges françaises s’étaient fait rattraper par les orges de la mer Noire au cours des semaines passées mais elles repassent en tête, les plus chères du marché mondial (14 $/t au-dessus des orges ukrainiennes, +20 $/t par rapport aux orges australiennes et +30 $/t par rapport aux orges russes) ! C’est la demande chinoise qui continue de soutenir les prix.

L’Argentine va pourtant réaliser un record d’exportations d’orge à la Chine cette campagne (+1,1 million de tonnes) contre 37 000 tonnes seulement en 2019/20 et le Canada est parti aussi pour un volume très élevé vers la Chine. Malgré tout, à cause de l’ampleur de ses besoins, la Chine continue de puiser dans les réserves françaises, avec encore 200 000 tonnes chargées ces derniers jours.

Les prix brassicoles suivent de nouveau la hausse des valeurs fourragères, gagnant 1 €/t pour les variétés d’hiver et 3 €/t pour les variétés de printemps, à 218 et 220 €/t Fob Creil, base juillet.

Le maïs soutenu par le marché mondial

Le maïs grimpe aussi mais plus modérément que le blé. Fob Rhin, il vaut 227 €/t (+2 €/t) cette semaine en base juillet. Fob façade atlantique, il vaut 227,5 €/t, soit 4 €/t de plus que la semaine dernière.

Le marché français des céréales à paille d’une part et les prix du maïs sur le marché mondial soutiennent les valeurs françaises. Le maïs US est en effet lancé dans une grande bataille avec le soja afin de gagner de la surface pour les semis du printemps. A priori, la bataille n’est pas gagnée puisque le rapport de prix aux États-Unis entre le soja et le maïs sur les échéances de la fin de l’année 2021 est en faveur du soja.

Il est prévu néanmoins que la surface de maïs pourra augmenter à cause d’un niveau de prix rémunérateur, bien que moins attractif que celui du soja. Mais le maïs ne doit rien « lâcher » et cela soutient les prix US. En parallèle, les perspectives sèches pour les prochains jours en Argentine inquiètent pour le rendement des maïs semés le plus tardivement.

La forte tension sur le marché du soja soutient les prix

Le soja à Chicago s’est encore apprécié cette semaine (+11 $/t à 517 $/t) sous l’effet des faibles perspectives de stocks de fèves aux États-Unis et du retard de récolte qui persiste au Brésil.

Dans son dernier communiqué, l’USDA a fait état de stocks prévisionnels très fragiles en campagne 2020/21 ainsi qu’en 2021/22. L’administration américaine anticipe en effet une très forte demande chinoise, conséquence du rétablissement rapide du cheptel porcin qui devrait accaparer l’offre mondiale en soja jusqu’en 2022.

Les prix ont aussi profité de la lenteur de la moisson brésilienne, qui rallonge la campagne d’exportation des États-Unis. La progression des machines dans les cerrados brésiliens a récemment été freinée par la survenue de pluies sur des parcelles déjà matures, ce qui fait peser un risque sur les rendements.

Au 18 février 2021, 85 % des surfaces devaient encore être récoltées alors qu’il restait 69 % à moissonner l’an passé à date égale. La hausse du prix du soja a toutefois été tempérée par des déclarations de ventes assez décevantes sur la semaine, qui ont engendré des prises de profits par les opérateurs du marché à terme de Chicago.

Le prix du tourteau de soja a légèrement reculé

Les prix du tourteau ont baissé sur la semaine (-2 $/t à 468 $/t) en raison d’un tassement de la demande animale et de prises de profits sur les marchés financiers.

En Chine, la session de ce vendredi 26 février 2021 s’est déroulée dans le rouge vif en raison d’un regain d’inquiétude concernant l’épidémie de peste porcine. Son ampleur pourrait en effet avoir été largement sous-estimée dans les dernières communications du gouvernement chinois. Le contrat de mai 2021 du tourteau de soja échangé sur la bourse de Dalian (Chine) a ainsi cédé presque 5 % au cours d’une seule séance.

À Montoir, le tourteau de soja a également reculé sur la semaine (-5 €/t à 452 €/t), dans le sillage des prix mondiaux.

Le prix du colza français s’approche des 500 €/t

Une nouvelle flambée des cours des huiles végétales cette semaine a entraîné en forte hausse l’ensemble des cotations du colza. De plus, sous l’effet d’un retard persistant des récoltes de soja au Brésil, et des prévisions de temps sec et chaud sur l’Argentine, le cours de l’huile de soja a grimpé de presque 90 $/t en une semaine à Rotterdam. Le déficit criant en huile de tournesol a fait bondir les cours de cette huile de pl de 100 $/t entre le 18 et le 25 février 2021.

La vague de froid qui a traversé les pays de la mer Noire a par ailleurs sûrement entraîné des pertes de surfaces de colza, mais leur ampleur est encore difficile à évaluer. Le cours du pétrole a asi soutenu les cours des colzas et des huiles avec une hausse de 5 % sur la semaine liée à un récent pic de consommation dans les régions de l’hémisphère nord touché par des températures glaciales.

L’huile de colza a été ainsi entraînée en forte hausse par ses concurrentes (+52 $/t sur la semaine) à un nouveau record de 1333 $/t ce qui a permis un rebond historique des cours du colza. En rendu Rouen, les cours remontent de 28 €/t à 492 €/t le jeudi 25 février, et en Fob Moselle, de 28,5 €/t à 496 €/t. Au Canada, la faiblesse des stocks continue de faire grimper les prix du canola, à pl de 620 $/t sur le rapproché (+31 $/t sur la semaine).

Sur la journée de ce vendredi 26 février 2021, les cours du soja sur le Matif sont a priori en train de se corriger en baisse à la suite du soja, touché par des rumeurs grossissantes d’une nouvelle crise sanitaire d’ampleur pour le secteur porcin chinois.

Les prix nouvelle campagne du colza ont été cette semaine entraîné en hause par ceux de l’ancienne : ainsi le colza de l’échéance novembre 2021 sur Euronext a augmenté de 9,5 €/t en une semaine. Il présente actuellement un décompte de presque 70 €/t par rapport au prix de l’échéance mai 2021 (cours de l’ancienne campagne).

Le tournesol français au plus haut historique

En France, le prix du tournesol a atteint un record historique de 555 €/t à Saint-Nazaire jeudi soir (+10 €/t depuis la semaine dernière). Cette hausse résulte du net rebond du cours de l’huile, qui a dépassé les 1500 $/t à Rotterdam hier. Les marges de trituration se maintiennent à des niveaux très élevés, soutenant la demande industrielle en graine de tournesol.

En mer Noire, le prix Fob du tournesol s’est stabilisé à 705 $/t. À ce niveau, les origines mer Noire ne sont pas compétitives rendues Union Européenne et Turquie (principaux importateurs sur le marché mondial). La demande à l’exportation semble ralentir en raison de prix très hauts.

En revanche, sur le marché local ukrainien, le prix de la graine continue de progresser (+19 $/t à 819 $/t). Les producteurs pratiquent toujours une forte rétention, alors que les triturateurs peinent à honorer leurs contrats de vente d’huile de tournesol.

Tallage

À suivre : conditions climatiques sur les blés d’hiver et le colza dans l’hémisphère nord, semis de printemps en Rsie (céréales, tournesol), effet de la taxe RSE sur les prix des céréales, demande chinoise en orge, avancée des récoltes au Brésil et climat en Argentine (soja), résurgence de la peste porcine en Chine (céréales et tourteaux)

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