Les céréales et le colza pâtissent de la remontée de l’euro. Les tourteaux, quant à eux, tirent leur épingle du jeu cette semaine à la suite de la hausse des taxes en Argentine.

Nouvelle chute des prix du blé cette semaine

Le retrait des cours du blé amorcé la semaine dernière s’est renforcé : les prix du blé sur le marché français ont abandonné entre 3 et 5 €/t, à 178,5 €/t rendu Rouen et La Pallice (base : juillet). L’échéance de mars d’Euronext a perdu de son côté 3,5 €/t, cotée à 187 €/t en milieu d’après-midi vendredi 6 mars. Malgré cette chute en euro, les blés français se retrouvent presque stables en dollar sur le marché mondial. En effet, l’euro a repris des couleurs cette semaine face au dollar (1,119 contre 1,096) après la décision de la Réserve fédérale américaine de baisser ses taux d’intérêt. Le ralentissement de l’économie mondiale lié à la crise du coronavirus a finalement poussé les autorités US à intervenir. Cette mesure a immédiatement fait chuter le dollar, ce qui a permis une remontée du prix des blés US en dollar sur le marché de Chicago. Cette remontée fut cependant de courte durée, les blés US ayant besoin de gagner en compétitivité face à leurs concurrents. Par ailleurs, les prix russes ont continué, quant à eux, de s’affaisser et cela a exercé une pression baissière sur l’ensemble des origines mondiales.

Le marché du blé reste « inversé »

Les perspectives de la nouvelle récolte influent de plus en plus les prix de l’ancienne récolte malgré la prévision de stocks faibles à l’échelle de l’UE à la fin de la campagne en cours. Les conditions de développement des cultures sont bonnes dans la zone de la mer Noire, région où les producteurs espèrent toutefois des pluies pour permettre une remontée des réserves du sous-sol. En Europe, c’est le contraire : l’ensemble de l’Ouest est marqué par un excès d’humidité. Les semis d’hiver tardifs n’ont pas pu se dérouler correctement et les perspectives de rendement se dégradent. La situation est donc contrastée entre la Russie d’une part où la production reste attendue au-dessus de 81 millions de tonnes (hausse de près de 8 millions de tonnes par rapport à 2019) et l’UE où la production de blé tendre risque de chuter de 10 millions de tonnes. Actuellement, les bonnes perspectives russes poussent le prix des blés russes à la baisse entre 190 et 195 $/t Fob) sur juillet-août (pour des blés à 12,5 % de protéines), ce qui représente un « décompte » de quasi 20 $/t par rapport aux cotations pour une livraison en mars. Ce très fort « décompte » russe affecte aussi les prix européens malgré la perspective de baisse de la récolte. C’est ainsi que les prix français Fob Rouen se positionnent à environ 208 $/t (184 €/t) pour le mois d’août contre 213 $/t (soit 191 €/t) sur mars. On note quand même que la décote de la nouvelle récolte en France (–5 $/t) reste beaucoup moins marquée que celle des blés russes.

De son côté, l’Argentine a repris les enregistrements d’exportation après avoir décidé d’augmenter la taxe à l’exportation pour les graines de soja. Peu d’impact sur le marché du blé toutefois à cause de l’ampleur des ventes et des enregistrements déjà effectués les mois précédents.

La baisse du prix du blé soutient les achats

En France les exportations de février ont été soutenues et l’activité demeure dynamique avec pourtant un peu de déception en ce qui concerne la demande du Maroc qui reste basse malgré la faible récolte que le pays avait engrangée l’été dernier.

Sur le marché mondial, plusieurs achats de blé fourrager de la part de la Corée, de la Thaïlande (180 000 tonnes) et des Philippines (275 000 tonnes) ont eu lieu récemment portant sur les mois d’été (ancienne et nouvelle campagnes). Ces achats viennent refléter le regain récent de compétitivité du blé face au maïs. Plus proche de l’UE, et en blé meunier, la Tunisie a réalisé des achats cette semaine (117 000 tonnes) alors que la Turquie, la Jordanie et l’Éthiopie ont lancé des appels d’offres importants (305, 120 et 400 000 tonnes respectivement).

Nouvelle baisse en orge

Les prix des orges françaises continuent de perdre du terrain (–3 €/t à Rouen, à 151,25 €/t en base juillet) même si, comme en blé, la remontée de l’euro les maintient à un niveau stable sur le marché mondial (à 191 $/t Fob). Les prix des orges concurrentes sont restés assez stables aussi, soutenus par les chargements en cours à destination de l’Arabie Saoudite. La Tunisie a de nouveau acheté de l’orge cette semaine (c’est son troisième achat depuis le 20 février pour un volume total de 200 000 tonnes) et la Jordanie a acquis 60 000 tonnes (120 000 tonnes depuis le 26 février). Ce dernier pays est toutefois déjà passé sur des achats concernant la prochaine campagne. Contrairement au cas du blé, les prix de la nouvelle récolte sont quasi égaux à ceux de l’ancienne : les orges françaises valent près de 180-182 $/t Fob pour l’échéance de juillet-août comme pour les échéances de mars-avril. Or, les prix de la mer Noire, en ce qui les concerne, affichent un « inverse » de 10 $/t (176 $/t pour la nouvelle récolte contre 186 $/t pour l’ancienne), ce qui pourrait venir comprimer les prix européens et français à court terme.

Sur le segment brassicole, les prix n’ont pas bougé en ancienne récolte (159 et 161 €/t Fob Creil en base juillet pour les orges d’hiver et de printemps) ; ils ont abandonné en revanche 1 €/t pour la récolte de 2020 alors que les semis de printemps prennent du retard à cause des pluies. Ce retard ne suscite toutefois pas de grandes inquiétudes pour l’instant étant donné la forte hausse attendue de la production d’orge de printemps cet été dans l’UE.

Le maïs chute aussi

Les prix du maïs français déclinent encore cette semaine (–2 €/t) à 166 €/t Fob Rhin (base : juillet). Cela s’explique par le manque de compétitivité des maïs français qui souffrent d’un regain de concurrence de la part des maïs provenant des pays tiers importés dans le sud et le nord de l’UE. Ces maïs importés sont favorisés par la nette chute du dollar cette semaine.

Sur le marché mondial, la perspective du maïs s’annonce de plus en plus lourde pour la prochaine campagne, en raison d’intentions de semis très élevées sur le territoire US ou le maïs continue d’apparaître, pour les producteurs, nettement plus attractif que le soja.

Le cours du soja se stabilise

Après une semaine d’effondrement général des prix des graines et des huiles, les cours mondiaux se sont resaisis cette semaine sur fond de détente diplomatique. En effet, le gouvernement chinois a attribué à plusieurs triturateurs locaux l’autorisation d’importer du soja en provenance des États-Unis sans aucun droit de douane. Cette autorisation est valable un an. Elle vient concrétiser l’accord commercial signé entre USA et Chine le 15 janvier dernier. Ainsi, les achats de ces triturateurs devraient démarrer dès le mois de mars mais pourraient surtout s’accélérer durant l’été, une fois épuisée la plus grosse part des disponibilités brésiliennes. Le soja US a vu son prix grimper jusqu’à frôler 9 $ le boisseau le 4 mars (environ 330 $/t). Toutefois, la hausse a été effacée les jours suivant faisant suite à l’arrivée de nouvelles rassurantes sur les récoltes en Amérique du Sud. Les conditions continuent d’être favorables pour les cultures en Argentine, et les retours de moisson au Brésil montrent toujours de très bons rendements. L’incertitude de la demande chinoise a fait aussi baisser les prix sur la fin de la semaine. Malgré les annonces rassurantes des deux administrations, les premiers achats chinois se font en effet désirer. Les épidémies de fièvre africaine porcine et de coronavirus laissent de plus toujours planer une grande incertitude sur la consommation de viandes et d’huiles dans les mois à venir. Les prix n’ont ainsi augmenté que de 1 $/t sur la semaine à 327 $/t à Chicago. Ils ont même perdu 2 $/t sur la nouvelle campagne (à 334 $/t sur novembre 2020).

Les prix du tourteau de soja ont augmenté plus fortement, soutenus par les changements de taxe sur les exportations de soja en Argentine. Le nouveau gouvernement a décidé d’augmenter une nouvelle fois ces taxes, à 33 % notamment pour les plus gros producteurs de soja (les agriculteurs se voient affectés d’une taxe différente en fonction du volume de soja produit sur leurs fermes chaque année). Cette taxe risque de limiter l’intérêt à produire du soja en Argentine. Ainsi, les prix des tourteaux montent de 4 $/t sur la semaine, le marché s’attendant désormais à une forte baisse de la surface et de la production sur la prochaine campagne. Le tourteau de soja à Montoir augmente lui de 4 €/t (ou 12 $/t).

La baisse de la parité euro/dollar prive les colzas d’une reprise des cours

Les prix des huiles exprimés en dollars US à Rotterdam ont grimpé assez nettement sur la semaine, avec une remontée de 1,5 % pour l’huile de palme, de 2 % pour l’huile de colza et presque 5 % pour l’huile de tournesol. La Chine aurait en effet acheté plusieurs chargements d’huile de palme. De plus, l’approche du Ramadan a aussi enclenché une vague d’achats pour les différentes huiles dans de nombreux pays. Enfin, la détente des relations entre l’Inde et la Malaisie, faisant suite à la démission du Premier ministre malaisien, fait remonter l’optimisme des marchés pour la demande indienne. En colza toutefois, ces nouvelles haussières sont contrebalancées par l’avancée des récoltes en Inde. La production indienne s’annonce encore meilleure que l’an dernier, avec un rendement en progression. La mousson puis les précipitations hivernales ont été abondantes cette année. Les prix des colzas dans l’UE ont toutefois augmenté en dollars, à la suite des huiles, mais la chute de la parité euro/dollar faisant suite à la baisse des taux directeur de la Fed (banque centrale des États-Unis) a entravé l’évolution en euros. Le colza recule ainsi de 6 €/t à Rouen sur la semaine (à 377 €/t).

Le prix du tournesol est limité aussi par l’évolution de la parité euro/dollar. Alors que son prix augmente de presque 8 $/t, il est stable en euros à Saint-Nazaire sur la semaine.

Le pois inchangé

Le prix du pois fourrager se maintient sur la semaine. Bien que le pois soit peu attractif dans les rations animales, les prix sont soutenus par le faible taux de commercialisation et des stocks relativement bas chez les collecteurs français (–9 % au 31 janvier 2020 par rapport à la même date en 2019).

Tallage

A suivre : précipitations au printemps dans l’est de l’UE et en mer Noire (zones à risque de sécheresse élevé pour le colza, besoin d’humidité pour les céréales de printemps), situation hydrique dans l’Ouest de l’UE, semis de maïs aux USA, avancée des récoltes au Brésil, climat en Argentine (soja), évolution de la demande mondiale, parité euro/dollar.

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