Les céréales à paille et le colza s’apprécient cette semaine mais le maïs et les tourteaux chutent.

L’exportation et le climat, facteurs de soutien en blé

Les prix du blé font le yoyo : ils ont nettement remonté cette semaine après la chute de la semaine dernière. Le blé rendu Rouen de la récolte de 2019 s’affiche, ce 10 avril 2020, à 194,75 €/t en base juillet (+7 €/t) et celui de la nouvelle récolte à 186,5 €/t, en hausse de 5 €/t. À la veille de sa fermeture ce vendredi 10 avril 2020, Euronext a clôturé à 198 €/t pour l’échéance de mai, 7 €/t plus haut que son niveau de vendredi 3 avril 2020

Plusieurs facteurs haussiers ont contribué à cette évolution. L’activité à l’exportation a nettement soutenu les prix. Les chargements de la France vers les pays tiers pendant le mois de mars 2020 s’élèvent à près de 1,6 million de tonnes à destination de l’Afrique du Nord et subsaharienne surtout, mais aussi de la Chine et de l’Arabie Saoudite.

Le climat assez sec qui prévaut actuellement en Europe et dans la zone de la mer Noire commence à inquiéter : il ne permet pas une valorisation optimale des apports d’azote et risque de dégrader les potentiels de rendement des céréales d’hiver et le bon démarrage des céréales de printemps.

Le service de la statistique du ministère de l’Agriculture français est venu, d’ailleurs, ajouter une petite note haussière. Il a révisé de nouveau son estimation des surfaces de blé en baisse de 1,6 % depuis sa dernière estimation, à 4,6 millions d’hectares, ce qui représente une chute de 7,5 % par rapport à l’an passé.

Les perspectives pour la récolte de blé ne font que se dégrader au Royaume-Uni également, et la mer Noire n’est pas en reste où les conditions sèches entraînent des coupes, ce mois-ci, dans nos prévisions de production en Russie et en Ukraine.

Les politiques d’échange ajustées face au Covid-19

Hormis les conditions météo et l’activité à l’exportation, les prix ont été soutenus aussi par les mesures prises par plusieurs pays en réaction à la pandémie du coronavirus.

La Roumanie a annoncé le 9 avril 2020 qu’elle stoppait ses exportations en dehors de l’Union européenne pour la fin de la campagne. Même si l’essentiel des exportations de ce pays est déjà réalisé, cela correspond tout de même à un peu moins de 0,5 million de tonnes qui ne seront pas livrées et devront être remplacées par une autre origine européenne. La Roumanie suit ainsi l’Ukraine, la Russie et le Kazakhstan dans la liste des pays qui renforcent actuellement le contrôle sur les sorties.

Face à ce retrait de certains exportateurs, des pays importateurs affichent, en revanche, une volonté de sécuriser leurs approvisionnements. C’est le cas de l’Égypte qui vient d’annoncer qu’elle importerait 800 000 tonnes pendant sa période de récolte (donc rapidement) alors qu’elle interdit d’habitude les importations pendant cette période afin que le blé importé ne bénéficie pas des subventions accordées au blé local.

L’Arabie, de son côté, vient de demander aux investisseurs privés saoudiens possédant des terres à l’étranger d’importer 355 000 tonnes dans le pays pour accroître les réserves stratégiques.

Enfin, parmi les facteurs de soutien, on peut citer aussi les discussions au sein de l’Opep + (Opep augmenté de la Russie et de plusieurs petits producteurs mondiaux) concernant une réduction de leur production de pétrole en mai et juin. Faisant suite à leur réunion d’hier, ces pays semblent prêts à une réduction mais il réclamant aussi aux USA et au Canada de faire leur part, ce qui est en discussion ce vendredi 10 avril 2020 au G20.

Des facteurs baissiers en blé à ne pas négliger

Même si les facteurs haussiers l’ont largement remporté cette semaine, ils ne doivent pas occulter des éléments baissiers qui sont à suivre de près : la perte d’activité liée aux conséquences de la lutte contre le coronavirus, sur le marché intérieur européen, est très marquée, que ce soit dans les secteurs du lait, de la meunerie, de la malterie et de l’éthanol.

Cette situation pourrait rapidement venir peser sur les prix et elle concerne plusieurs régions du monde. L’USDA (ministère américain de l’Agriculture) a d’ailleurs déjà commencé à le refléter en relevant sa prévision des stocks de blé mondiaux à la fin de la campagne de 2019-2020 dans sa publication d’hier soir.

Enfin, il ne faut perdre de vue que la récolte russe, bien que revue à la baisse récemment, s’annonce nettement supérieure à celle de l’an dernier. Cela reste également un facteur de compression qui explique en partie la nette décote des prix du blé de la récolte de 2020, y compris en France, par rapport à ceux de la récolte de 2019.

L’orge tiraillée entre la demande du Proche-Orient et les importations ukrainiennes

L’orge fourragère a de nouveau suivi le mouvement du blé cette semaine mais ses variations sont légèrement plus modérées : elle gagne 3 €/t en ancienne campagne, à 156 €/t rendu Rouen (base juillet), et 5 €/t en nouvelle campagne, à 162,5 €/t. Elle se renchérit à la suite du nouvel appel d’offres que l’Arabie Saoudite vient de lancer pour des chargements sur juillet-août, juste après son achat de 1,2 million de tonnes, bouclé le 23 mars 2020. La rapidité du retour de ce pays sur le marché mondial illustre, d’une part, des besoins importants à un moment où ses stocks sont faibles, mais aussi la volonté, comme en blé, d’assurer ses réserves.

De son côté, la Jordanie a acheté 60 000 tonnes d’orge pour chargement en septembre.

Les importations du Moyen-Orient constituent donc, en orge aussi, un facteur de soutien pour les prix.

En revanche, l’Europe a importé une large quantité d’orge ukrainienne à la fin du mois de mars (270 000 tonnes) dans le cadre du contingent à droit zéro. Une grande partie de ces achats a été faite par l’Espagne, juste au moment où les orges françaises avaient vu leur prix augmenter nettement il y a deux semaines et où les flux français vers l’Espagne avaient été ralentis par la mise en place des mesures de confinement. Ces larges quantités importées, alors que l’Europe est déjà très excédentaire, devraient venir peser sur les prix.

Les valeurs brassicoles baissent la tête : Fob Creil, les orges brassicoles perdent 2 €/t en hiver (à 162 €/t sur octobre 2020) et 3 €/t au printemps (à 167 €/t). La réduction de la consommation de bière liée au confinement n’est pas de bon augure pour les orges brassicoles.

Le maïs toujours à la baisse

Les prix du maïs ne suivent pas la tendance haussière de l’orge et du blé : ils restent stables sur la façade atlantique, à 161,75 €/t Fob Bordeaux (base juillet), et perdent 2,5 €/t, à 162,5 €/t Fob Rhin.

Le bilan européen pour le maïs est lourd et les importations qui s’annoncent encore pèsent sur les prix. En France, contrairement à ce que nous avions mentionné la semaine dernière, ces importations concernent surtout le nord du pays.

Le maïs est touché aussi par la forte contraction des activités éthanolières, que ce soit en Europe ou outre Atlantique. Le 9 avril 2020, l’USDA, dans sa publication mensuelle, a justement entériné une nette révision en baisse de 9 millions de tonnes (–7 %) des utilisations de maïs en 2019-2020 par l’industrie de l’éthanol aux USA.

Les moindres perspectives de récoltes sud-américaines font rebondir la fève US

Les mouvements de prix de la fève ont été limités au début de la semaine en raison d’exportations hebdomadaires américaines conformes aux attentes et de faibles volumes d’échange sur la Bourse de Chicago.

Les cours se sont toutefois légèrement raffermis (+2 $/t au total sur la semaine) à la suite de la révision en baisse du chiffre de la récolte sud-américaine publié par l’USDA. Les pertes de rendements liées à la sécheresse ont notamment fait reculer les prévisions au Brésil (–1,5, à 124,5 millions de tonnes) et en Argentine (–2, à 52 millions de tonnes).

De même, l’agence Conab a revu à la baisse sa prévision de récolte au Brésil (2,1, à 122,1 millions de tonnes) pour tenir compte de la moindre productivité à l‘hectare dans le sud du pays fortement impacté par le déficit hydrique.

Néanmoins, le potentiel haussier de ces révisions semble avoir été largement contenu par la forte révision à la hausse des stocks américains (+1,5, à 13,1 millions de tonnes). En effet, l’USDA anticipe de moindres perspectives d’exportations dans son dernier rapport, et donc une offre additionnelle qui ne serait pas totalement absorbée par le dynamisme de la trituration locale.

D’autre part, si la crainte d’une paralysie logistique dans les ports argentins semble s’être un peu estompée, les opérateurs suivent avec attention le très bas niveau de la rivière Paraná qui pourrait perturber les chargements et la navigation aux alentours de Rosario.

Les prix des tourteaux s’affaissent avec la demande

À l’inverse de la fève, les tourteaux de soja cotés sur le marché de Chicago ont abandonné du terrain au cours de cette semaine. Ils ont reculé de pratiquement 12 $/t (à 322 $/t) compte tenu d’un accroissement des stocks aux USA et d’une demande animale ralentie dans le secteur porcin et dans celui de la volaille.

En France, le tourteau vendu à Montoir affiche une dévalorisation encore plus forte (–28 €/t, à 347 $/t). Cette baisse exacerbée résulte d’un effritement de la prime de risque lié à l‘apaisement des craintes sur les problèmes de logistique en Amérique du Sud.

Le pois fourrager a, en revanche, mieux résisté à la baisse des prix des tourteaux en ne cédant que 5 €/t sur la semaine (à 215 €/t départ Marne).

Les cours du colza progressent dans le sillage de l’huile de palme

Cette semaine, les prix du colza ont été entraînés à la hausse par l’huile de palme et le rebond du pétrole, mais aussi en réponse à des perspectives de récolte en dégradation dans l’Hexagone. Les cours rendu Rouen et Fob Moselle ont ainsi gagné près de 10 €/t sur la semaine (à 365 €/t et 375 €/t respectivement).

Dans ses dernières estimations, Agreste (service de la statistique du ministère de l’Agriculture en France) a revu en légère baisse la sole française (à 1,075 million d’hectares) qui est désormais prévue en recul de 2,8 % sur une année.

L’inquiétude gagne également les opérateurs dans l’est du pays où les conditions des cultures se seraient dégradées à cause des dégâts du gel. Ces hausses de prix sur le marché physique se sont propagées aux cotations d’Euronext qui ont progressé avec la même vigueur (à 372,25 €/t).

Le rebond de l’huile de palme a également donné une forte impulsion au colza. En Malaisie, les opérateurs se sont inquiétés de la fermeture de plantations et d’usines d’extraction dans le cadre de la lutte contre le coronavirus. Ces fermetures auraient entraîné la perte de 500 000 tonnes de production, selon les premières estimations.

Le pétrole a également apporté un peu de soutien, faisant suite au regain d’espoir d’une entente entre les principaux acteurs du cartel sur une diminution de la production mondiale.

Cette semaine, le cours du canola au Canada s’est raffermi pour les mêmes raisons que le colza. De plus, la Chine et le Canada ne sont pas encore parvenus à trouver un accord définitif sur la reprise des volumes d’exportations de canola canadien, ce qui n’a pas été de nature à soutenir les prix.

Le rebond du tournesol se poursuit

Le tournesol français a de nouveau bénéficié de la hausse des cours du colza cette semaine : les prix gagnent 5 €/t à Saint-Nazaire (à 340 €/t). Les graines profitent d’un soutien encore plus marqué dans la zone de la mer Noire où les cours Fob s’apprécient de 8 $/t en réponse au dynamisme de la demande à l’exportation de ses produits.

Tallage

À suivre : conditions météo pour l’impact sur les cultures d’hiver et les semis de maïs, négociations en cours et prix du pétrole, évolution de l’activité industrielle faiant suite aux confinements, récolte en Amérique du Sud et possibilités d’exportation

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