La situation climatique entraîne des révisions en baisse des récoltes de céréales (blé principalement) du soja et du colza. Les prix réagissent à ces dégradations des potentiels.

Révision en baisse de la récolte mondiale de blé

Les perspectives de récolte mondiale se dégradent de nouveau cette semaine pour le blé. Cela concerne surtout la Russie et l’Amérique du Nord.

En Russie, les sources locales tablent maintenant sur une récolte située entre 75 et 80 millions de tonnes. Le Kazakhstan n’est pas en reste : il s’y confirme déjà que la récolte de blé sera en forte chute par rapport à celle de 2020. Il a plu récemment en Russie sur la Sibérie, ce qui est favorable aux rendements, mais la situation reste inquiétante plus au centre du pays dans les régions Central ou de la Volga.

En Amérique du Nord, la sécheresse continue d’amputer les rendements potentiels dans le nord des États-Unis et au Canada. Aux États-Unis, les résultats provenant des tours de plaine cette semaine sur les blés de printemps sont venus confirmer des rendements potentiels bien en dessous de la moyenne. Cela a fait s’envoler la cotation du blé à Minneapolis (marché à terme où sont cotés les blés de printemps US). Les autres places américaines ont suivi, tirées par ces blés de printemps et par les autres dégradations dans le monde. Au total, les blés d’hiver US gagnent presque 10 $/t sur la semaine.

En pleine période de dégagement, les blés de la mer Noire n’ont pas échappé au mouvement de hausse et affichent des progressions de prix de 2 à 5 $/t selon les qualités.

Inquiétudes qualitatives dans l’Union européenne

En Europe, la moisson est encore perturbée par les excès de précipitations et les perspectives restent humides pour la semaine à venir. Des réductions de récolte par rapport aux potentiels de départ vont sans doute se produire à l’ouest et au nord de l’Union européenne, mais les très gros volumes récoltés dans le sud-est vont compenser cela. La qualité reste néanmoins encore une grosse source d’inquiétude.

Face aux déceptions concernant l’offre, la demande mondiale reste vive : l’Égypte vient d’acheter 180 000 tonnes de blé cette semaine dont 120 000 tonnes de blé ukrainien et 60 000 tonnes de blé roumain. La Jordanie a quant à elle acheté 60 000 tonnes, et la Turquie est « aux achats » actuellement pour 395 000 tonnes de blé meunier.

Ce contexte a poussé les prix français, en forte hausse cette semaine : + 10,75 €/t rendu Rouen à 219 €/t en base juillet. En milieu d’après-midi, la cotation septembre sur Euronext, bien qu’en légère descente, affichait une évolution de +7 €/t par rapport à la clôture de vendredi dernier.

Nette progression des cours de l’orge fourragère

À Rouen, l’orge fourragère a gagné 10,75 €/t depuis la semaine dernière pour atteindre 217 €/t.

La qualité de la récolte est la grande question du moment, et il est déjà acté que les poids spécifiques sont bas, voire même très bas dans certaines régions. Malgré les problèmes qualitatifs, la récolte 2021 française d’orge est estimée en hausse par rapport à 2020.

Actuellement, plus de 300 000 tonnes d’orge sont en train d’être chargées dans les ports français, toutes à destination de la Chine, ce qui tire les prix. Le record mensuel des exportations de la France vers la Chine devrait être atteint et peut-être même dépassé sur juillet 2021.

Sur ce marché, et à ce moment de la campagne, l’orge française est en concurrence avec l’ukrainienne. Cette dernière est très agressive depuis un mois, en raison d’une récolte d’orge très importante qui subit une pression de dégagement accentuée par la compétition avec la récolte de blé qui s’annonce également très élevée dans ce pays. Les exportations de l’Ukraine sont très actives aussi à destination de la Chine et l’orge ukrainienne s’est légèrement renchérie de 2 $/t cette semaine à 224,5 $/t. Malgré tout, l’orge française reste toujours beaucoup plus chère (+38 $/t) que son homologue de la mer Noire et l’écart s’est même accru cette semaine.

Les prix mondiaux de l’orge restent soutenus par une forte demande chinoise mais aussi par des besoins importants au Proche Orient. La Turquie, où la récolte s’est effondrée à cause de la sécheresse, a lancé cette semaine un appel d’offres qui se terminera début août 2021 pour 515 000 tonnes. Le Qatar est aussi sur le marché pour un volume de 100 000 tonnes.

Les prix sont soutenus également par des conditions climatiques hostiles aux orges en Amérique du Nord. Au Canada les températures dépassent de 2 à 4 °C les moyennes saisonnières sur les zones de production. Les orges mûrissent très rapidement et même si quelques pluies sont apparues, elles n’ont pas permis d’empêcher la forte dégradation des rendements.

Dans l’hémisphère sud, les conditions sont bien meilleures. Les semis d’orge sont terminés en Argentine. En Australie les pluies récentes bien réparties sur les zones de production sont bénéfiques aux cultures d’hiver.

Les orges de brasserie très affectées par les déboires climatiques

Pour les orges de brasserie, les prix ont fortement grimpé cette semaine puisque l’orge brassicole de printemps s’est renchérie de 20,5 €/t à 234 €/t et celle d’hiver s’est renchérie de 17 €/t à 221 €/t.

La prime entre le prix des orges brassicoles et celui des orges fourragères s’établit maintenant à presque 40 €/t pour les orges de printemps et à 25 €/t pour les orges d’hiver, soit des niveaux nettement supérieurs à ceux de la campagne passée. Ces primes conséquentes témoignent des problèmes de qualité rencontrés cette année, ainsi que de la reprise d’activité des malteurs après une période de chute d’activité due à la situation sanitaire.

Prix du maïs hésitants à un haut niveau

La semaine a été marquée par une mise sous pression modérée des prix des maïs nord et sud-américains, avec des pertes de l’ordre de 2 à 8 $/t. Le ralentissement de la demande pour l’éthanol aux États-Unis et des chiffres de ventes US à l’export dans le bas des attentes ont pesé sur les prix. Les conditions de croissance de maïs aux États-Unis, qui sont correctes, ont également contribué à cette baisse.

Néanmoins, si les prix sur le marché mondial se retrouvent plus bas que la semaine dernière, cela masque des mouvements de hausse temporaire qui illustrent la tension du bilan mondial et la forte sensibilité du maïs à plusieurs aléas haussiers qui peuvent faire monter les prix très rapidement.

Parmi ces éléments haussiers figurent les révisions en baisse de la récolte mondiale de blé, avec notamment des blés de printemps mis à rude épreuve aux États-Unis et au Kazakhstan. À cela s’ajoute une incertitude sur la récolte de maïs US, qui, malgré le retour des pluies sur une bonne partie sud de la Corn Belt, continue de soulever des inquiétudes sur sa partie nord à cause de la sécheresse. L’incertitude est également de mise sur les récoltes de maïs de la zone mer Noire, avec des conditions sèches et chaudes prépondérantes depuis quelques semaines.

C’est ainsi que les prix du maïs français ont tranché pour une hausse sur la semaine, aussi bien en ancienne qu’en nouvelle récolte. Le maïs Fob Bordeaux s’affiche par exemple en cette fin de semaine à 215 €/t (base juillet, échéance octobre-novembre 2021), soit +5 €/t par rapport à la semaine dernière. Le maïs Fob Rhin, lui, s’est renchéri de 3 €/t, à 224 €/t (base juillet, échéance janvier-juin 2022). Le bilan français de maïs en ancienne récolte est particulièrement tendu, et la tension se répercute sur la nouvelle campagne (2021-2022).

Hausse des cours du colza sur la semaine

Le colza s’est apprécié dans l’Hexagone au cours de la semaine. Il a gagné 10 €/t sur le fob Moselle (à 545 €/t) et 6 €/t sur le rendu Rouen (à 540 €/t). De même, les cotations ont grimpé sur Euronext, avec des gains de 2,75 €/t sur l’échéance de novembre (à 531,75 €/t) et 10,5 €/t sur l’échéance de janvier (à 537 €/t).

Les prix du colza ont réagi à l’appréciation du soja dont les perspectives de production dans une partie du Midwest sont menacées par le manque d’eau accumulé depuis le début de cycle.

Au Canada, les opérateurs envisagent toujours des pertes de rendement significatives sur la nouvelle récolte à cause des épisodes de chaleur intense qui ont affecté les plaines il y a quelques semaines. Le prix du canola canadien demeure très élevé, il s’est même légèrement apprécié de 2 $/t sur la semaine (à 704 $/t) en raison des incertitudes climatiques persistantes.

La hausse du prix des huiles de palme (résultant des difficultés de récoltes en Asie du Sud-est) et de colza, ainsi que la remontée du pétrole au cours de la semaine ont apporté un soutien additionnel à la graine de colza.

Les cours de la fève de soja sont soutenus

En une semaine, les prix du soja à Chicago se sont appréciés de 7 $/t sur le rapproché (à 527 $/t) et de 6 $/t sur l’échéance de novembre (à 506 $/t). Ce soutien des prix s’explique par les conditions de culture plutôt décevantes dans l’ouest des grands lacs en raison du déficit hydrique. Selon les dernières notations des cultures, la part des surfaces totales se trouvant dans un état bon à excellent a reculé de 2 points pour s’afficher à 58 %. La révision en baisse a été particulièrement marquée dans les états de l’Iowa et du Minnesota, qui perdent respectivement 6 et 7 points pour arriver à 62 et 36 % (ces états sont les deuxième et troisième producteurs américains en volume).

Si les pluies prévues pour les prochaines semaines sont suffisamment généreuses, elles devraient limiter des pertes potentielles de rendement. Il est à noter que les trois quarts des surfaces ont fleuri et que la moitié a déjà atteint le stade de remplissage des gousses, ce qui est relativement précoce au regard des campagnes antérieures.

Dans l’Union européenne à 27, la récolte 2021 est attendue à 2,7 millions de tonnes. La production française ne devrait toutefois pas dépasser 435 000 tonnes en raison d’un printemps trop frais et d’un début de mois de juillet excédentaire en précipitations.

Le cours du tourteau s’est légèrement replié

Le tourteau s’est déprécié de 7 $/t à Chicago (à 357 $/t) et de 13 $/t à Montoir (à 403 €/t). Cela s’explique par une demande assez peu dynamique, plutôt en faveur des céréales qui, traditionnellement, concurrencent fortement le tourteau dans les aliments composés à cette période de l’année.

En Europe de l’Ouest, l’offre de céréales de qualité fourragère dans les filières animales s’annonce très bonne compte tenu des nombreux déclassements qualitatifs attendus.

Évolution en ordre dispersé des cours du tournesol

Les prix de la graine de tournesol à Saint-Nazaire se sont un peu affaissés sur la semaine (-5 €/t à 505 €/t) en raison de conditions de culture plutôt satisfaisantes. Un temps frais et humide a été observé début juillet en France mais la remontée des températures (sans excès) ainsi que l’accalmie des pluies qui a suivi a été favorable à la floraison des tournesols. En revanche, les prix ukrainiens nouvelle récolte se sont valorisés de 7,5 $/t (à 515 $/t) dans le sillage de l’huile.

Tallage

À suivre : résultats des blés russes, climat dans les prairies canadiennes (colza, blé et orge), dans le Midwest (maïs et soja), en mer Noire (blé de printemps, maïs et tournesol), récoltes de blé et d’orge en UE et mer Noire, demande mondiale en huiles des pays émergents, prix du pétrole.

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