Les céréales françaises ont vu leur prix grimper encore plus haut cette semaine à la suite des pluies australiennes et de l’appréciation des blés russes, avant une correction ces deux derniers jours en blé. Le prix du colza, quant à lui, affiche des prix en baisse en raison d’une demande des triturateurs qui commence à faiblir.

Forte hausse des prix jusqu’au milieu de la semaine pour le blé

Après avoir oscillé autour du niveau de 300 €/t, le prix du blé sur Euronext a nettement franchi ce seuil au milieu de la semaine atteignant, en cours de séance le mercredi 24 novembre 2021, 313,5 €/t pour l’échéance de décembre et 311,5/t pour l’échéance de mars.

Depuis, la pression retombe légèrement avec une cotation de 301,25 €/t en milieu d’après-midi le vendredi 26 novembre pour l’échéance de mars, un niveau toutefois encore supérieur à la clôture de cette échéance vendredi dernier (+4,5 €/t). Sur le marché physique, malgré l’affaissement des deux derniers jours, les prix ont gagné 12 €/t rendu Rouen, à 305,5 €/t, et 11 €/t à La Pallice, à 305,5 €/t aussi (base juillet).

Les prix français ont de nouveau été poussés par l’euro qui n’en finit plus de s’affaisser face au dollar (−1 % cette semaine à 1,12 dollar pour un euro). Mais aussi, ils ont suivi la tendance générale d’appréciation sur le marché mondial due à l’affolement des opérateurs face à la restriction annoncée et répétée des exportations russes en seconde moitié de campagne (certains craignant même un arrêt éventuel) doublée de mauvais temps en mer Noire et mer d’Azov, retardant les chargements.

Le nouvel achat de la Turquie cette semaine pour 385 000 tonnes de blé à 12,5 % de protéines a aussi soutenu les cours, ceux de la mer Noire notamment. Les pluies australiennes ont également joué un grand rôle dans la nouvelle hausse des prix mondiaux, même si, en prenant du recul, il apparaît que ce pays pourra toute de même exporter de larges quantités meunières grâce à ses rendements élevés. Les pluies vont d’ailleurs diminuer sur l’est du pays au cours des prochaines semaines : un élément favorable pour la poursuite des récoltes.

Revirement et tsunami algérien

Après les hausses de prix du début de la semaine, on observe une chute en Europe, les marchés américains étant fermés pour la fête de Thanksgiving. Ce revirement n’est pas surprenant car les blés français sont très chers par rapport à la concurrence.

Aussi, le tsunami déclenché par l’Algérie, à la suite de son acceptation d’un taux de 1 % de grains punaisés dans les importations de blé du pays a probablement influencé les prix. Les opérateurs revoient ainsi en forte baisse les prévisions d’exportation de blé français vers cette destination au profit des blés russes. Certes, comme les exportations russes ne pourront pas dépasser le niveau de 31-32 millions de tonnes, la France exportera sans doute vers d’autres destinations d’Afrique, aux dépens des blés russes, ce qu’elle n’exportera pas vers l’Algérie.

Néanmoins, cet épisode est plutôt inquiétant pour les ventes de la France. L’affaissement des prix du pétrole sur la semaine (avec l’annonce de Biden de relâcher des réserves de pétrole américain sur le marché) et la remontée des cas de Covid-19 avec la mise en place de confinements de part et d’autre ont également soufflé un vent baissier.

Enfin, la récolte avance en Argentine (18 % récoltés au milieu de la semaine) et les estimations de récolte restent élevées comme en atteste la dernière publication de la Bourse de Buenos Aires qui remonte son chiffre de 19,8 à 20,3 millions de tonnes. Les ventes de blé se poursuivent au départ de ce pays qui va beaucoup compter ces prochains mois pour l’équilibre du bilan mondial.

Maintien d’une bonne demande mondiale en orge

Cette semaine le marché de l’orge a été marqué par un achat important de la Turquie pour 370 000 tonnes et un achat de la Jordanie pour 120 000 tonnes. Cette dernière a d’ailleurs lancé un nouvel appel d’offres aujourd’hui pour 120 000 tonnes supplémentaires. La Turquie et la Jordanie ont déjà réalisé des achats massifs depuis le début de la campagne ; leur rythme d’achat est très soutenu et bien supérieur à ce qui a déjà été observé dans le passé.

La demande est donc très importante et les prix des orges ont de nouveau grimpé cette semaine pour la France et l’Ukraine. Dans l’Hexagone, l’orge fourragère rendu Rouen a gagné 9 €/t cette semaine pour atteindre 276 €/t (soit 318 $/t), tirée aussi vers le haut par la baisse de l’euro. En revanche, les prix russes et australiens n’ont pas varié à respectivement à 298,5 $/t et 283 $/t.

Dans les ports français, l’activité a repris vers la Chine avec actuellement 170 000 tonnes d’orge en cours de chargement. La chine a été plutôt silencieuse cet automne, après des difficultés logistiques dans les ports pour les déchargements chinois. Ce manque d’activité du géant asiatique a toutefois été masqué par une bonne demande émanant du Moyen-Orient.

Les prix pourraient poursuivre leur ascension dans les prochaines semaines si la demande se maintient. Néanmoins, l’avancée des récoltes australiennes et le début imminent de la récolte en Argentine devraient engendrer une détente des prix sur le début de l’année 2022.

Plus d’un tiers des volumes en cours de chargements dans les ports français concerne des orges de brasserie. Ces achats ont engendré un renchérissement des orges brassicoles : celle de printemps a gagné 10 €/t, à 365 €/t, et celle d’hiver 6,5 €/t, à 341,5 €/t.

Hausse du maïs à la suite du blé

Le maïs français s’est de nouveau apprécié cette semaine, poussé par le blé et par la baisse de l’euro. Les prix ont gagné 11 €/t sur la façade atlantique française (à 263 €/t, soit 299 $/t) et 4 €/t Fob Rhin, à 263 €/t également (base juillet).

La progression a pourtant été nettement moins marquée aux États-Unis (où les prix n’ont gagné que 1 $/t cette semaine à 264 $/t Fob Gulf), en Ukraine (+1 $/t) ou en Argentine (+3 $/t). Le maïs brésilien a même perdu 3 $/t.

La pause des marchés américains causée par la fête de Thanksgiving explique peut-être une partie de la léthargie du marché mondial cette semaine. Mais c’est aussi la digestion de bonnes récoltes (encore revues à la hausse en Ukraine par exemple), qui pèse sur les prix mondiaux.

Dans l’Union européenne en revanche, une large demande de la part du secteur animal, allouée au départ au blé est en train de rebasculer vers du maïs. Par ailleurs, les maïs français sont encore attractifs sur le sud et le nord de l’Union européenne face aux maïs ukrainien : cela soutient la demande adressée au maïs français, dont la récolte touche à sa fin.

Stabilisation du cours du soja sur le marché mondial

Le prix du soja sur le rapproché s’est consolidé à Chicago à 465 $/t (stable sur la semaine). Les conditions climatiques sont toujours favorables pour une bonne implantation et émergence des cultures du soja au Brésil. Les opérations de semis progressent bien (86 % des intentions étaient réalisées au 21 novembre). Elles sont totalement terminées dans le Mato Grosso, plus gros état producteur de soja du Brésil, et les plants y sont dans un excellent état.

Les zones où un déficit hydrique commençait à s’installer ont reçu des pluies bienvenues sur les derniers jours (Rio Grande do Sul, au sud du pays, et zone de Matopiba, dans le nord-est du Brésil). De bonnes précipitations sont de plus attendues sur les prochaines semaines sur l’ensemble du pays, ce qui présage d’un très bon démarrage de cycle.

Par ailleurs, les exportations américaines vers la Chine se sont avérées très faibles sur octobre 2021 (−77 % par rapport à octobre 2020), ce qui a été confirmé par les déclarations des douanes chinoises samedi 20 novembre. Les ventes déclarées par les États-Unis sur les 7 derniers jours ont également été très faibles, ce qui a ajouté de la lourdeur sur le marché américain du soja.

Toutefois, la récolte américaine de soja prend du retard, perturbée par la situation dépressionnaire dans le Midwest américain. Cela restreint l’offre disponible sur le rapproché pour les triturateurs américains comme pour les importateurs. De plus, les ventes de soja par les agriculteurs argentins sont toujours très en retard par rapport à la campagne précédente, et traduisent une stratégie de rétention qui se poursuit, à la suite d’une forte dévaluation du peso argentin.

Le gouvernement brésilien a, quant à lui, annoncé cette semaine la hausse des taux d’incorporation obligatoire du biodiesel à 13 % à partir de janvier 2022. Ce taux avait été abaissé à 10 % depuis plusieurs mois en raison de la forte hausse des prix de l’huile de soja et de l’offre limitée en huile sur le marché local. Cela soutiendra la consommation de fèves par les triturateurs dès le début de l’année prochaine.

Enfin, la demande en huile de soja sur le marché mondial reste relativement soutenue : l’Égypte vient de procéder à un achat de presque 70 000 tonnes, à la suite d’un appel d’offres du Gasc (l’autorité égyptienne en charge des céréales), alors que celui-ci a renoncé à se fournir en huile de tournesol.

Ainsi, les éléments haussiers et baissiers se sont compensés cette semaine. Les prix à Chicago sont également stables sur l’échéance de mai 2022 (+0,2 $/t), tout comme les prix du soja Fob Brésil sur le rapproché (+0,75 $/t). En revanche, les très bonnes conditions au Brésil ont un peu pesé sur les prix brésiliens pour des livraisons mai 2022 (−4 $/t entre le 18 et le 25 novembre).

Effondrement des cours des tourteaux

Que ce soit sur le marché américain, argentin ou français, les cours du tourteau de soja se sont effondrés en une semaine. Ils ont perdu presque 29 $/t Fob Argentine, après un bon de 21 $/t la semaine précédente. En France, la correction est de 12 €/t à la baisse, après une remontée de 35 €/t la semaine précédente.

En raison de la forte dynamique de trituration du soja aux États-Unis et des bonnes marges de trituration industrielle dans la plupart des pays consommateurs, les disponibilités en tourteaux sont en effet élevées, ce qui accroît la concurrence entre vendeurs, et limite toute hausse des prix sur le long terme. En France, la chute du prix a été tempérée par la diminution de la parité euro/dollar.

Le prix du pois en France a au contraire progressé cette semaine, gagnant 5 €/t, pour atteindre le nouveau record de 330 €/t. Les très faibles disponibilités mondiales (notamment au Canada) et la forte demande en protéines végétales dans le secteur de l’agroalimentaire, afin d’élaborer des produits végétariens ou véganes continuent de soutenir les cours du protéagineux.

Recul des prix du colza en France

Avec des triturateurs européens déjà bien couverts en colza pour les mois d’hiver, les achats se concentrent maintenant d’avantage sur le soja et le tournesol afin d’alimenter les usines de trituration sur les mois suivants. Ces oléagineux permettent en effet de dégager des marges industrielles solides sur le premier semestre de 2022.

Ainsi, le léger désintérêt des acheteurs pèse sur le prix du colza, qui recule de 7 €/t sur la semaine en rendu Rouen, et de 5 €/t en Fob Moselle. Au contraire, sur le marché canadien, la demande des triturateurs reste soutenue malgré la chute des disponibilités par rapport à l’an dernier.

Selon l’office canadien de la statistique Statcan, la trituration de canola sur le mois d’octobre 2021 n’a diminué que de 6 % par rapport à octobre 2020, alors que la production canadienne est estimée en recul de 30 % par rapport à 2020. Cela soutient les prix, qui ont augmenté encore de 11 $/t en une semaine, pour atteindre un nouveau record de 815 $/t à Winnipeg sur le rapproché.

Recul des cours du tournesol

Le très bon niveau de la récolte de tournesol en France et une légère remontée du nombre d’offres de ventes dans la zone de la mer Noire ont pesé sur les cours. Les prix des tournesols de variété standard et oléique perdent 5 €/t sur la semaine, mais restent néanmoins à des niveaux de prix historiquement élevés.

Tallage

À suivre : ventes de la France à l’Algérie, impact des pluies sur la récolte australienne, comportement de l’Argentine à l’exportation, profil (substitution blé/maïs) des formules animales, prix de l’énergie et des engrais, achats d’huiles des pays émergents, conditions climatiques au Brésil et en Argentine (soja), prix du pétrole, conditions de cultures pour le colza en Asie et en Europe, contexte sanitaire mondial (cas de Covid).

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