Les prix des céréales perdent de nouveau du terrain cette semaine alors que le complexe oléagineux continue de profiter de la hausse du prix du pétrole et des huiles.

Pression de récolte du blé aux USA

La chute des prix s’est accélérée cette semaine pour les blés français : ils ont abandonné 5 €/t rendu Rouen, à 177 €/t, et 3 €/t à La Pallice, à 178 €/t, sur juillet-septembre.

La moisson aux États-Unis bat son plein, en avance par rapport à l’an dernier (15 % des blés d’hiver récoltés) et cela pèse sur Chicago cette semaine où les cotations du blé SRW (blé de qualité meunière basse) sont redescendues à leur niveau le plus bas depuis le mois d’octobre.

L’USDA a pourtant dégradé la situation des blés dans sa note du début de la semaine : seulement 52 % des plantes sont dans un état bon à excellent, soit un point de moins que la semaine passée. Mais cela n’a pas empêché la baisse.

L’influence baissière américaine s’est conjuguée à la remontée des perspectives de la récolte de blé en Russie. Après les estimations de déboires importants dus à la sécheresse du mois d’avril, les pluies du mois de juin ont amélioré la situation et les observations de terrain le reflètent.

Ainsi, la récolte russe est de nouveau estimée à un niveau se rapprochant des 80 millions de tonnes alors que certains opérateurs la voyaient chuter sous les 75 millions il y a quelques semaines encore.

Parallèlement, le gouvernement russe a annoncé qu’il n’y aurait pas de quota sur les exportations de blé du pays au cours de la première moitié de campagne. C’est donc l’ensemble de ces facteurs qui ont pesé sur Euronext (–3 €/t sur la semaine) et sur les prix physiques sur le marché français.

Des blés français peu compétitifs malgré leur baisse récente

En France, l’état des blés se stabilise, selon les résultats de CéréObs (FranceAgriMer) ce vendredi 19 juin 2020, avec 56 % des plants en conditions bonnes à excellentes. Un bilan à l’image de celui de la semaine dernière, mais en forte baisse par rapport aux 80 % de l’an dernier à la même date.

Les conditions de remplissage sont plutôt bonnes et il s’agit maintenant de savoir comment cela se combinera aux gros dégâts dus à l’hiver et au printemps qui se traduisent par une densité médiocre des plantes au mètre carré.

Au début de la semaine, le service de prévision des rendements de la Commission européenne (Mars) a revu son rendement européen en baisse, à –6,6 % par rapport à l’an dernier. Même si des améliorations ont lieu en toute fin de cycle, nous prévoyons que l’Europe est partie pour perdre 16 millions de tonnes de blé, ce qui limitera fortement ses disponibilités exportables pendant la campagne. Mais pour l’instant, ce n’est pas ce facteur qui influence les prix.

Avec cet affaissement de leur prix, les blés français se rapprochent des blés russes, à 12,5 % de protéines (205 $/t Fob pour les blés français, contre 202 $/t pour les blés russes à 12,5 %).

Néanmoins, les blés français valent 10 $/t de plus que les blés russes un peu moins protéinés (11,5 %) et sont légèrement plus chers que les blés allemands, baltes et polonais et nettement plus chers que les blés bulgares et roumains. Ils ne sont donc guère compétitifs comme en atteste une nouvelle fois l’achat égyptien de cette semaine.


L’Égypte vient en effet de contracter 240 000 tonnes de blé tendre à un prix moyen de 218 $/t à l’arrivée (8 $/t de moins que lors de l’achat du 10 juin) dont 60 000 tonnes de blé roumain, 60 000 tonnes de blé ukrainien et 120 000 tonnes de blé russe pour chargement 25 juillet-5 août.

La Tunisie, de son côté, a acheté 159 000 tonnes de blé meunier sur juillet à septembre à un prix moyen de 214,4 $/t à l’arrivée.

Orge : les orges françaises peu attractives également

Le prix des orges fourragères a suivi la tendance baissière du blé. L’orge perd 3 €/t à Rouen cette semaine, à 158 €/t rendu. Cela représente une perte de 4 $/t (l’euro s’est encore un peu apprécié cette semaine) pour un prix Fob en dollar des orges françaises à 182 $/t.

Malgré cette baisse, comme en blé, les orges françaises demeurent plus chères que les orges de la mer Noire (174,5 $/t Fob). En conséquence, on peut estimer que les orges françaises seront délaissées pour la fourniture à l’Arabie Saoudite du gros achat de 1,1 million de tonnes contracté lundi 15 juin dernier.

Les orges de la mer Noire (russes notamment) ont plus de chance et les orges australiennes aussi après l’effondrement de leur prix en réaction à la forte taxation mise en place par la Chine sur les orges australiennes.

La Tunisie a acheté 50 000 tonnes d’orge jeudi 18 juin à un prix de presque 196 $/t à l’arrivée. Cela supposerait un prix de départ proche de 175 $/t, inférieur de 7 $/t environ aux valeurs actuelles, pour que les orges françaises aient pu être choisies.

Les orges fourragères françaises demeurent donc chères par rapport à la concurrence et par rapport à l’importante disponibilité mondiale qui se profile à l’horizon.

Sur le segment brassicole, le prix des orges d’hiver reste stable sur octobre, à 168 €/t Fob Creil (en base juillet). Cela représente une prime de 15 €/t par rapport à l’orge fourragère Fob Moselle. Cette prime s’est accrue de 3 €/t cette semaine, le prix des orges d’hiver brassicoles n’ayant pas bougé alors que celui des orges fourragères baissait.

La situation s’annonce en effet juste équilibrée (sans plus) en orge d’hiver avec une baisse de production attendue face à une demande qui sera soutenue à l’exportation par les besoins chinois.

Pas de cotation cette semaine pour les orges de printemps dont la situation s’annonce plus lourde si la récolte européenne atteint bien nos prévisions.

Le maïs suit les autres céréales à la baisse

Peu de changement pour la cotation Fob Rhin cette semaine alors que le maïs Fob Atlantique abandonne presque 6 €/t à 158 €/t sur juillet-septembre (base : juillet), soit 189 $/t Fob Bordeaux.

Les maïs US et ukrainiens se rétractent aussi légèrement cette semaine (de 1 à 2 $/t), alors que les maïs ukrainiens et brésiliens gagnent en valeur (+1,5 $/t).

En moyenne, le prix du maïs sur le marché mondial a été orienté en hausse depuis le début de juin et la baisse de la notation hebdomadaire sur l’état des maïs US y a encore contribué au début de la semaine, de même que des rumeurs d’achats de la part de la Chine.

C’est toutefois une phase de stabilisation que nous observons ces derniers jours : les prix US ne peuvent guère grimper plus haut avec la perspective d’une récolte record au cours de cet automne. Ils viennent de perdre en compétitivité ces dernières semaines. D’un autre côté, la récolte n’est pas encore engrangée et les maïs US (et de l’ensemble de l’hémisphère Nord) doivent maintenant traverser la phase de pollinisation sans encombre avant que les prix ne reprennent leur baisse.

En Europe, les pluies bénéfiques de juin, la concurrence des maïs importés (avec notamment l’arrivée prochaine des maïs brésiliens en Europe) et la perspective d’une réduction imminente du droit d’importation pèsent sur les prix.

Les graines de soja en hausse aux USA

Compte tenu de l’intérêt grandissant des acheteurs chinois pour la fève US, les prix du soja à Chicago affichent une légère hausse de presque 3 $/t sur le rapproché (à 321 $/t) depuis la semaine dernière.

Les écarts de prix demeurent plus favorables à l’origine US qu’à la marchandise brésilienne sur les échéances de juillet et d’août et cette attractivité est même plus marquée sur le début de la campagne de 2020-2021.

Depuis le 12 juin 2020, les exportateurs US ont rapporté la vente de 390 000 tonnes vers la Chine sur la nouvelle campagne. Cette dernière pourrait également être à l’origine de l’achat de 120 000 tonnes de soja exportées par les US pour une destination indéterminée.

De plus, des opérateurs ont récemment signalé une commande additionnelle d’un triturateur étatique chinois pour une livraison de soja en provenance de la côte du Pacifique nord-ouest prévue pour décembre.

Les cours du soja US ont également été soutenus par les espoirs d’une amélioration des relations commerciales entre les deux puissances à l’issue d’une rencontre entre le secrétaire d’État US et un haut diplomate chinois mercredi dernier.

Quelques incertitudes sur les achats chinois à venir

Bien que les entreprises chinoises aient acheté près de 70 % de leurs chargements auprès des USA durant les deux dernières semaines, la dynamique d’achat demeure en deçà des attentes sur la fin de campagne de 2019-20.

En effet, les triturateurs chinois doivent actuellement « digérer » l’afflux massif récent de soja brésilien dans les ports chinois qui devrait permettre de couvrir l’essentiel des besoins en trituration sur le court terme.

D’autre part, on note cette semaine une hausse des coûts de fret en raison de la forte reprise de la demande asiatique pour différentes matières premières (acier notamment) engendrant une raréfaction des bateaux. Cette situation altère les marges de trituration de certains opérateurs et pourrait peser sur la demande.

Le tourteau de soja se replie légèrement aux USA, mais reste stable dans l’UE

Les cours du tourteau de soja à Chicago n’ont pas suivi ceux de la fève. Ils ont même très légèrement reculé de 1 $/t par rapport à la semaine dernière (à 318 $/t) en raison d’une morosité de la demande du secteur animal, alors que l’offre en tourteau demeure élevée.

Selon la dernière publication du Nopa (association des triturateurs US), la trituration en mai s’est élevée à 169,9 millions de boisseaux. Ce chiffre un peu inférieur aux attentes constitue tout de même un niveau record pour la saison.

En l’absence d’activité notable sur le marché UE, les prix à Montoir sont restés plutôt stables.

En pois fourrager, les prix départ Marne ont gagné 3 €/t, à 217 €/t, sur la semaine du fait de stocks de fin de campagne plutôt faibles et de perspectives de récolte à la baisse.

Le complexe oléagineux soutenu par la hausse du pétrole

Le complexe oléagineux a été soutenu par la hausse du prix du pétrole depuis la semaine dernière. En effet, les opérateurs s’attendent à une reprise rapide de la demande en or noir avec la levée des mesures de confinement dans plusieurs pays. Cet optimisme a été renforcé par les récentes prévisions d’un fort rebond de la demande en énergie fossile de l’Agence internationale de l’énergie.

De plus, l’annonce des mesures de soutien à l’économie états-unienne par la Fed était rassurante pour les opérateurs du marché. Ainsi, les cours de l’ensemble des huiles végétales sont en hausse sur une semaine. Le prix d’huile de palme a surtout progressé avec la perspective d’achats massifs de la Chine et de l’Inde.

Cependant, la crainte d’une deuxième vague du virus maintient le cours du pétrole sous la barre des 40 $ le baril, ce qui reste un facteur modérateur pour les prix du complexe oléagineux.

Le colza poursuit la hausse

En plus du soutien des huiles, la tension sur l’offre continue de soutenir les prix du colza. La récolte européenne reste toujours prévue sous les 17 millions de tonnes. La surface a chuté au niveau le plus bas depuis 2006 d’une part, et le déficit hydrique ainsi que les attaques des ravageurs ont impacté les rendements potentiels.

En France, les prix du colza progressent ainsi de 4,5 €/t, à 365 €/t rendu Rouen, et de 2,5 €/t, à 378 €/t en fob Moselle. Sur Euronext, le prix était en hausse de 1,5 €/t, à 377 €/t.

Dans l’est des prairies canadiennes, le temps sec perdure et apporte un soutien supplémentaire aux cours qui progressent de 5 $/t, à 348 $/t sur Winnipeg.

Le tournesol en petite hausse

En France, le prix du tournesol nouvelle récolte gagne 5 €/t, à 335 €/t à Saint-Nazaire, dans le sillage de l’huile de tournesol à Rotterdam. Sur les champs, l’état des cultures est globalement satisfaisant et les conditions climatiques sont favorables au développement des plants.

Dans la zone de la mer Noire, le prix Fob moyen est resté inchangé sur une semaine, à 405 $/t, en raison de la rareté des affaires conclues.

En Ukraine, les conditions des cultures sont plutôt bonnes. Le déficit hydrique reste néanmoins à surveiller en Russie.

Tallage

À suivre : conditions climatiques dans l’hémisphère Nord, prix du pétrole, risque de seconde vague épidémique, niveau de la récolte de blé russe, résultats des récoltes de céréales et de colza dans l’UE

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Légère baisse du blé

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Votre analyse quotidienne du marché - Oléagineux

Le colza en hausse, soutenu par l’huile de palme

Les prix du colza progressaient mardi 27 juillet 2021 sur le marché européen dans le sillage de l’huile de palme et du soja.