Les prix du blé sont repartis à la hausse en milieu de semaine. Ils affichent des gains de 1 à 2 €/t à 180 €/t rendu Rouen et 188 €/t rendu la Pallice pour l’ancienne récolte (base juillet). Les prix de la nouvelle récolte ont suivi la même tendance de légère reprise. Le retour de balancier est plus marqué sur Euronext (+11,5 €/t à 207 €/t sur l’échéance mai) jeudi après-midi, mais les évolutions de cette échéance sont fortement influencées par sa clôture imminente.

Les exportations françaises sont restées très soutenues au cours du mois d’avril 2020 et c’est le principal élément de support des prix. Cela vient confirmer une prévision d’exportations de blé français à au moins 13,2 millions de tonnes vers les pays tiers, voire plus. La Chine figure parmi les acheteurs importants on estime qu’elle va consommer un peu plus de 1,5 million de tonnes de blé français pendant la campagne.

Le Maroc n’est pas en reste ses importations s’accélèrent avec l’approche d’une récolte médiocre. Le pays a d’ailleurs annoncé hier qu’il était sur le point de prolonger l’exemption des taxes d’importation jusqu’à la fin de l’année 2020. Cela est contraire à ce qui se passe d’habitude, le Maroc souhaite généralement plutôt stopper les importations au moment de l’arrivée de sa propre récolte.

La France n’est pas le seul pays concerné par la très forte activité à l’export en fin de campagne la Pologne, l’Allemagne et les pays baltes sont dans la même situation si bien que l’Union Européenne (UE) ne sera pas loin d’atteindre le record de 35 millions de tonnes d’exports de blé cette année (20,8 millions de tonnes seulement l’an passé).

Un marché encore très attentif à la météo et dépendant de la crise sanitaire

L’affaissement de l’euro au cours de la semaine a aussi contribué à la légère remontée des prix. Toutefois, plusieurs facteurs d’apaisement se sont également manifestés. Premièrement, il a plu, certes de manière très irrégulière, sur l’ouest de l’UE et la mer Noire, et de nouvelles pluies sont attendues pour la prochaine semaine de l’Espagne au nord de la Russie. Néanmoins, certaines zones risquent d’être moins arrosées, le sud de la Russie et le nord de la France notamment.

Les opérateurs restent donc en alerte : après les dégâts que la sécheresse d’avril a suscités, tout nouveau « pépin climatique » serait rapidement haussier. C’est le même scénario aux États-Unis (USA) où des pluies sont annoncées sur les plaines du Sud pour la semaine prochaine et cela devrait être bénéfique pour les rendements du blé d’hiver.

En revanche, les prévisions à moyen terme sont assez sèches aux USA. Par ailleurs, des craintes de gelées ont fait surface pour le week-end du 9 et 10 mai 2020, dans le Midwest, elles pourraient endommager les blés d’hiver. Dans ce contexte, les prix US se sont raffermis cette semaine alors que les prix russes ont continué à lâcher du lest avec une réduction de la demande à l’exportation (dont profite l’UE) et les pluies récemment arrivées.

Le Canada a publié cet après-midi le niveau de ses stocks à la fin mars 2020 : en blé, ces stocks ont augmenté de 1,6 % par rapport à la fin mars l’en dernier. Les intentions de semis ont aussi été publiées avec une hausse de 3,3 % en blé (hausse modérée, due surtout au blé dur et au blé d’hiver).

Partout dans le monde, les conséquences de la crise du coronavirus se font sentir : les grandes compagnies mondiales revoient leurs résultats en baisse et la FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture) a publié le 7 mai 2020 son index des prix alimentaires qui chute pour le troisième mois consécutif. On note toutefois des divergences importantes entre les produits, les prix du maïs et du sucre s’étant effondrés alors que ceux du blé et du riz ont grimpé en avril.

Une fin de campagne bien pesante en orge

Les prix de l’orge n’ont pas suivi ceux du blé en ancienne récolte. Ils ont perdu 1 €/t cette semaine à 147 €/t rendu Rouen (base juillet), toujours sous l’influence des stocks non vendus qui demeurent très importants.

La morosité sur le créneau brassicole avec la forte chute des utilisations de bière renforce les surplus brassicoles qui se reportent ainsi sur le segment fourrager. Les orges brassicoles ne sont d’ailleurs plus cotées pour la récolte 2019 et celles de la récolte 2020 voient leur prix rester stable en variétés d’hiver (162 €/t Fob Creil en base juillet). Pas de cotation cette semaine pour les orges de printemps de la récolte 2020.

Lourdeur mondiale en maïs

Les prix du maïs, aussi, cèdent du terrain cette semaine : ils abandonnent 3 €/t Fob Rhin (à 160 €/t en base juillet) et 1 €/t Fob Atlantique (161,5 €/t). Le bilan du maïs est plutôt lourd et le maïs tente de gagner de la demande en alimentation animale aux dépens des autres céréales. Les prix français ont évolué à contre-courant de la tendance mondiale cette semaine, le maïs US ayant regagné 8 $/t après sa forte chute de la semaine dernière, les maïs ukrainiens et argentins entre 2 et 3 $/t. Le risque de gelées ce week-end est inquiétant pour les plantules tout juste sorties de terre.

Ce facteur, combiné à la remontée du pétrole sur la semaine a soutenu les prix du maïs en fin de semaine sans que cela affecte les maïs européens, protégés désormais par un droit d’importation qui vient de grimper de 5,27 €/t à 10,4 €/t le 5 mai.

Néanmoins, ce sont surtout des facteurs baissiers qui restent dans le collimateur aux USA les semis de maïs ont fortement progressé aux USA et atteignaient déjà 51 des intentions en semaine 18 (contre 39 en moyenne), la demande animale aux USA est ralentie à cause des perturbations sanitaires et la demande pour la production d’éthanol, même si elle arrête de chuter, reste très basse. En outre, les relations ne sont pas au beau fixe entre la Chine et les USA et les achats chinois attendus par certains opérateurs tardent à se matérialiser pas vite.

Le prix du soja recule sous l’effet d’une demande mondiale morose

Cette semaine, le cours du soja US recule encore sur le marché à terme de Chicago, tombant à 305 $/t sur mai 2020 (-2,5 $/t) et à 308 $/t sur novembre (-5 $/t). Du côté de la demande à l’exportation pourtant, un courant d’achat chinois sur les deux dernières semaines, qui totaliserait 1,5 à 1,7 million de tonnes de soja US pour des livraisons d’ici août 2020 a animé le marché. Mais c’était sans compter sur les nouvelles menaces de Donald Trump d’augmenter les droits de douane sur une batterie de produits chinois importés. En effet, la Chine a peu acheté aux US depuis début 2020, lui préférant des volumes colossaux de soja brésilien.

La marchandise a été proposée à des prix très attractifs en prix Fob Brésil depuis début 2020 grâce à une bonne récolte et à une chute de la valeur du réal brésilien face au dollar US. Les volumes de soja achetés aux US semblent aujourd’hui insuffisants pour l’administration américaine. Elle craint que l’objectif promis par la Chine d’acheter 200 milliards de dollars de produits US (dont 40 milliards de dollars de produits agricoles) ne soit pas atteint en 2020. Ces menaces ont ainsi pesé sur les cours US.

La faible demande en huile de soja du secteur biodiesel, touchée de plein fouet par la chute des consommations de carburants à l’échelle mondiale depuis la crise du Covid-19, a également pesé sur les prix du soja US. Le prolongement du confinement en Inde, annoncé en fin de semaine dernière, fait également craindre une chute de la demande alimentaire indienne et des importations d’huiles.

Le prix de l’huile de soja recule ainsi de 1 % sur le marché de Chicago sur la semaine alors que le pétrole a rebondi de presque 60 % sur la semaine, à 24 $ le baril à New York. La fin progressive des mesures de confinement dans de nombreux pays relance – certes modérément – la demande en carburants fossiles.

Enfin, les très bonnes conditions de semis aux USA apportent également de la pression sur les cours du soja. Cette semaine, les semis US ont en effet progressé à une vitesse remarquable. Les surfaces atteignent 23 % des intentions au 3 mai, contre 8 la semaine précédente et seulement 5 en 2019.

Les prix des tourteaux de soja reculent également cette semaine, de 1 $/t à Chicago et de 2 €/t à Montoir (à 333 €/t). La demande animale est affectée par les fermetures de certaines usines de production de viandes aux USA, et par la morosité de la consommation de viandes à l’échelle planétaire. Cette dernière est due à la perte de revenus des ménages dont l’emploi a été affecté par la crise du Covid-19, et par la crise économique.

L’UE a dévoilé hier ses prévisions de croissance 2020 de l’UE : elle serait de -7,4 % dans l’UE et de -8,2 % en France.

Les prix du colza de la nouvelle récolte remontent

Alors que sur l’ancienne campagne, la faible demande à court terme pèse sur le prix (-6 €/t pour le colza Fob Moselle), les prix du colza sur 2020 grimpent. Sur Euronext, l’échéance août 2020 a augmenté de 6 €/t entre le 29 avril et le 6 mai, à 373 €/t. Les pertes de production des dernières semaines sont la cause de cette remontée des prix. En effet, nous estimons maintenant la récolte de l’UE 28 à seulement 17 millions de tonnes en 2020, soit pratiquement au même niveau qu’en 2019. L’automne et l’hiver ont été exceptionnellement pluvieux cette année.

Ces forts excès pluviométriques, à une période où les besoins en eau des plantes sont limités, avaient déjà soulevé des craintes quant aux potentiels de rendements. Les conditions se sont brutalement asséchées depuis début mars. Le manque de pluies en mars et avril a apporté un bémol supplémentaire sur les potentiels. Il faut ajouter à cela une pression parasitaire importante, favorisée par un hiver doux. Un épisode de gel tardif a même été observé fin mars et a conduit à quelques dégâts. Ces aléas climatiques et les pertes qu’ils ont entraînées ont ainsi fait remonter les prix du colza sur les derniers jours.

Le retour des pluies depuis la dernière décade d’avril a toutefois permis de stabiliser les perspectives de rendements à l’échelle européenne. Les précipitations ont été largement supérieures à la normale dans l’ouest de l’UE (Royaume-Uni, France, Allemagne) et proches des normales de saison en Europe centrale et de l’est. Le retour des pluies a aussi été plutôt bénéfique en Ukraine et dans le sud de la Russie.

Prix du tournesol en hausse

Le prix du tournesol bénéficie lui aussi d’une éclaircie cette semaine : il augmente de 5 €/t à Saint-Nazaire (à 340 €/t) et de 5 $/t en mer Noire (prix Fob). Le tournesol rencontre une demande plutôt dynamique. En effet, les marges de trituration sont très attractives sur les derniers mois de la campagne 2019/20. Par ailleurs la demande en huile de tournesol souffre moins des conséquences de la crise mondiale du Covid-19 que les autres huiles. Elle est très peu utilisée par l’industrie du biodiesel, et elle est davantage consommée au sein des foyers pour la préparation des repas que dans les structures de restauration collectives, encore fermées dans plusieurs pays de l’UE.

Par ailleurs, le temps très sec dans l’UE et en mer Noire durant les mois de mars et avril 2020 a légèrement réduit les perspectives de surfaces de la nouvelle récolte. Cela a soutenu les prix sur les deux campagnes. L’absence de précipitations a toutefois permis aux semis de progresser rapidement. En Ukraine ils atteignaient 72 % des intentions au 4 mai 2020, et dépassaient de 21 % les surfaces semées l’an dernier à la même date.

Les récentes pluies ont été bénéfiques pour l’émergence des jeunes plants. Elles ont toutefois été inférieures à la normale dans le sud du pays. La situation des plantes pourrait rapidement s’y dégrader si des pluies n’arrosent pas rapidement cette région.

Tallage

À suivre : conditions climatiques en Europe et mer Noire (blé, maïs, orge, colza, tournesol), achats de soja US par la Chine, mesures de rétorsion éventuelles des USA envers la Chine, prix du baril de pétrole, mesures de confinement/déconfinement à l’échelle mondiale, semis en Amérique du Nord (maïs, soja et canola).

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